Togo, Gangstérisme militaire à Sokode et Kparatao : Faure Gnassingbé sait-il encore ce qu´il fait?

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Togo, Gangstérisme militaire à Sokode et Kparatao : Faure Gnassingbé sait-il encore ce qu´il fait?

Si la situation n’était pas assez dramatique, si la vie d´hommes, de femmes et d´enfants n´était pas en jeu, nous pourrions comparer ce qui s´est passé à Sokodé et à Kparatao dans la nuit du 28 au 29 Octobre 2018 à un film western où des bandits viennent souvent terroriser les habitants d´une localité en tirant en air, ou en tuant pour dévaliser la banque ou la poste des lieux, jusqu´à ce qu´un pistolero vienne délivrer les villageois.

Avec Gnassingbé Éyadéma on nous avait parlé d´“éléments incontrôlés“ de l´armée qui semaient la terreur et qui avaient fini par torpiller la première transition démocratique dirigée par Joseph Kokou Koffigoh. Ces „éléments incontrôlés“, pourtant contrôlés par Éyadéma, étaient les exécutants de la stratégie de la terreur initiée par les irréductibles autour du défunt dictateur.

Avec Faure Gnassingbé le même manque d´empressement pour une véritable alternance au sommet de l´état est au rendez-vous. On reprend les mêmes méthodes brutales pour assouvir le rêve d´un règne éternel du prince. C´est ainsi qu´apès le 19 Août 2017 Faure et son beau frère Abalo Kadanga décidèrent d’envoyer des parachutistes à Bafilo, Mango et Sokodé pour une expédition punitive sur des populations qui osent parler de démocratie en réclamant le départ du prince-héritier du Togo.

À Tchaoudjo surtout, ces militaires indésirables pour les populations sont devenus une épée de Damoclès qui planent au dessus de leurs têtes. Des check-points sont érigés un peu partout pour filtrer et contrôler les passants et il n´est pas rare que des bastonnades pleuvent de temps en temps pour un oui ou pour un non.

Les populations ayant compris le jeu, ont appris à ne pas se laisser provoquer. Mais sans doute envoyés pour une mission macabre, et ne trouvant rien à se mettre sous la dent, les parachutistes choisissent de provoquer plus ouvertement. C´est ainsi qu´il y a une semaine ils bloquent tout un quartier pour causer un vandalisme qui ne dit pas son nom: ils font changer par des peintres les couleurs du parti PNP à la devanture de son siège à Sokodé. Personne n´ose broncher face à des militaires togolais à la gâchette facile. Le lendemain, le siège du parti au pouvoir UNIR est incendié, après qu´on ait pris soin de ranger certains objets de valeur. Ici aussi personne n´est dupe pour tomber dans le piège. Le comble de l´horreur fut atteint à partir de la nuit du 27 au 28 Octobre 2018 quand les militaires envahissent certains quartiers de Sokodé sans raison apparente et commencent à bastonner toute personne rencontrée n´ayant pas eu le temps de s´enfuir à leur apparition. C´était le sauve-qui-peut, la débandade générale, car personne ici n´a oublié les Septembre et Octobre noirs de 2017.

Dans la nuit du 28 au 29 Octobre 2018 les militaires prennent d´assaut les quartiers Didaurè, Kouloundè et Kparatao (village natal du leader du PNP) et se mettent à tirer des gaz et des balles réelles contre un ennemi invisible jusque tard dans la nuit. Les populations apeurées se terrent chez elles sans être sûres d´avoir la vie sauve, car pendant les expéditions punitives de Septembre à Octobre 2017, les nombreuses victimes de bastonnades de la part de nos forces de défense, avaient été poursuivies jusque dans leurs chambres. Et aujourd’hui, nous pouvons parler de miracle s´il n´y a pas eu de victimes d´après nos enquêtes. À Kparatao les tirs en l´air s´étaient concentrés au centre du village pendant plusieurs heures. Pendant que les uns semaient la terreur en tirant sans discontinuer, d´autres militaires étaient occupés à endommager un autre monument historique rappelant l´épopée glorieuse des guerriers de Tchaoudjo érigé en face du grand vestibule non moins historique. Ils ont réussi à calciner le monument et à y faire des trous sans le faire tomber. Un monument c´est comme un grand homme, on peut lui ôter la vie, mais on ne peut jamais tuer ses idées, on en fait un martyr.

Après avoir vainement accusé un certain parti politique de djihadisme, nous sommes en droit de nous demander aujourd’hui qui est vraiment djihadiste entre une formation politique dûment constituée et ceux qui détruisent des monuments historiques à la manière des djihadistes maliens?

Un calme précaire règne aujourd´hui à Didaurè, Kouloundè et Kparatao; mais jusqu´à quand? Une armée qui accepte de jouer le rôle de branche armée d´un parti politique, fût-t-il du pouvoir, soulève beaucoup d´interrogations. Que dit Faure Gnassingbé, Ministre de la défense, Chef suprême des armées et normalement Président de tous les togolais? Et tous ces officiers supérieurs sortis des grandes écoles militaires, que disent-ils? Que pensent-ils? Sont-ils d´accord qu´à cause de quelques individus, l´honneur de l´armée togolaise, leur honneur, soient foulés au pied? Sont-ils d´accord que l´armée qui est supposée défendre le territoire, donc la vie des citoyens, détruise la vie de ses mêmes citoyens?

Togo, Gangstérisme militaire à Sokode et Kparatao : Faure Gnassingbé sait-il encore ce qu´il fait?

Quant aux leaders de l´opposition réunis au sein de la coalition des 14, il est temps de prendre le taureau par les cornes. À leur place je chercherais à placer la sécurité des togolais, la levée des sièges militaires, la libération sans condition des prisonniers politiques, le retour des militaires dans les casernes, ou à défaut une intervention militaire de la CEDEAO ou de l´ONU pour protéger les citoyens des régions à risques, avant toutes revendications politiques.

Sinon à quoi serviraient les meilleures réformes politiques si l´adversaire ne connaît que le langage de la violence? C´est pourquoi il faut tout faire pour lui en retirer les moyens.

Samari Tchadjobo
Allemagne

27Avril.com

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