Togo-Ouro-Djikpa Tchatikpi : « On peut remettre ce pays sur les rails sans passer par un coup d’Etat militaire »

En binôme avec Habia Nicodème dans une union dénommée “Acteurs de la vie sociopolitique pour une lutte citoyenne”, Tchatikpi Ouro-Djikpa, ancien bras droit de Salifou Tikpi Atchadam, jette un regard sur l’actualité politique du Togo. Il a été interrogé par les journalistes à la sortie d’une conférence de presse animée le 1er février 2022 par son regroupement.

Quel message au peuple togolais ?

Tchatikpi Ouro-Djikpa : D’abord je vous remercie pour ce travail que vous faites, sans vous nos actions ne dépasseront pas nos frontières, encore moins aller au-delà. Avant de vous répondre, j’ai une pensée pour le peuple togolais et sa diaspora. Le peuple togolais est celui qui depuis le 5 octobre 1990 jusqu’aujourd’hui a payé le prix de ce dont il s’est engagé corps et âme avec sa diaspora en appui. C’est le seul pays aujourd’hui qui au-delà des avancées remarquées ici et là est resté dans le statut quo. Malgré tout ce peuple-là reste debout, la diaspora est à la pointe, le peuple à l’intérieur du pays est debout de Cinkassé jusqu’à Aného. Je voudrais avoir une pensée et un remerciement sans fin, un soutien sans fin et un encouragement à ce peuple-là de garder le cap parce que si durant 30 ans on n’a pas eu un résultat probant, ça ne veut pas dire que demain ou après demain nous ne pouvons pas l’avoir. Si n’a pas marché hier, cela ne veut pas dire que demain ça ne marchera pas. Aujourd’hui, je suis en vert (NDLR : allusion faite à son habit), c’est une expression de l’espoir que j’ai pour le peuple togolais et sa diaspora dans ce combat qui est aujourd’hui un combat sans fin mais chaque chose a un début et une fin.

Quelle est la position des Acteurs socio-politiques par rapport à l’arrestation de certains Togolais de la diaspora ?

Tchatikpi Ouro-Djikpa : Ce n’est pas facile aujourd’hui dans notre pays d’être politicien et s’engager, il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir se soutenir comme ça sans craindre quelque chose. Notre pays, c’est un pays dans lequel tout le système, tous les orifices du système respiratoire du peuple sont bouchés. Pour cela nous avons alerté les tenants du pouvoir de la situation pensant qu’ils vont prendre acte et pouvoir faire en sorte que la situation s’améliore pour les uns et pour les autres au sein de la population, mais nous pensons que notre régime mène une danse qu’on appelle la saga qui consiste à faire un pas devant et deux pas derrière. Donc on libère deux par la droite et on apprend plus que deux par la gauche. C’est pratiqué ce qu’on appelle la saga. Notre pays, le Togo si c’est un ordinateur, c’est un ordinateur planté. Sur un ordinateur planté, on n’implémente jamais d’autres programmes ou d’autres systèmes pour que ça fonctionne, ça ne fonctionnera pas.

Pour ceux qui ont la notion de la gastronomie, j’aimerai dire que le Togo ressemble à une pâte morte, lorsqu’une pâte est morte dans la marmite quelle que soit la quantité de farine qu’on rajoute pour pouvoir la récupérer ce sera chose vaine. Le Togo est une pâte morte. Tout ce qu’on fait pour essayer de le reprendre ça ne passera pas. Vous avez l’histoire de CNAP, CPC,… (NDLR : les cadres politiques de discussions entre les partis politiques) c’est une façon de rajouter de la farine dans la pâte morte, ça ne fonctionnera pas. Qu’est-ce qu’il faut faire ? On fait la balle à terre.

J’ai envie de parler aux tenants du pouvoir. Quand on appelle rapport de force, il n’est pas seulement militaire, il n’est pas seulement physique. Un rapport de force de force est aussi moral et psychologique. Aujourd’hui au Togo, nous avons atteint ce rapport de force qui est lié à la morale, qui est lié à la psychologie. C’est dire que les tenants du pouvoir ne peuvent pas se ragaillardir pour dire que nous sommes, nous y sommes. Ils ne peuvent pas le faire surtout avec le vent de la sous-région. Ils ne peuvent pas dormir sur les deux oreilles. Le peuple togolais aussi ne peut pas s’en enorgueillir pour dire que nous sommes un peuple libre : non ! Ça s’appelle le rapport de force morale. Nous sommes arrivés à un carrefour où ni l’un ni l’autre ne gagne. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On met balle à terre et on divise la proie en deux. C’est pour cela que nous parlons des assises nationales. On n’a pas besoin d’un coup d’Etat militaire d’abord avant de s’asseoir au niveau d’une assise nationale et avant d’en arriver à ce qu’on appelle transition politique ou démocratique.

Le Togo a toujours donné le mauvais exemple dans la sous-région, en Afrique et dans le monde. Si aujourd’hui, les tenants du pouvoir, les acteurs de la vie socio-politique, des élites et tout ce qui va avec arrivaient à se retrouver dans un salon, ensemble de Cinkassé jusqu’à Aného, tout ce qui est comme acteur on s’assoit sous l’arbre à palabre en termes des assises nationales : on fait l’état des lieux du pays dans tous les domaines, on identifie les problèmes majeurs et on fait des approches de solutions. On met sur pied ce qu’on appelle le cahier de charge de la transition, on met sur pied les institutions de la transition, avant d’en arriver à la transition.

Au niveau de la transition, il sera l’objet de marquer la rupture avec le système néo-colonial et colonial, restaurer les emprises territoriales, ancestrales, communautaires, c’est de ça il s’agit. Avant d’arriver à la construction de l’Etat, il faut construire de nouveaux états, avec de nouveaux contrats, restaurer la souveraineté du peuple longtemps confisquée, il faut réconcilier le peuple avec lui-même.

Sur le plan social que faire ?

Tchatikpi Ouro-Djikpa : Avec une pâte morte, il n’y a pas de solution si ce n’est de revenir à la base. Balle à terre. Les togolaise doivent revenir. On peut remettre ce pays sur les rails sans passer par un coup d’Etat militaire ça va faire l’objet d’un exemple positif que le Togo donnera au monde entier.

La victoire sur vous n’est pas une victoire. La victoire du régime sur un opposant n’est pas une victoire. La victoire si elle doit être une victoire nationale ; nous avons besoin de nous rassembler autour d’une table pour dire ce qui ne va pas. Nous avons manqué le cap. Aujourd’hui, il n’y a rien à faire pour le Togo si ce n’est de se retrouver sur le plan national en termes d’assises. La solution, la panacée c’est d’abord et avant tout les assises nationales.

Qui pour convoquer ces assises ?

Tchatikpi Ouro-Djikpa : Ceux qui ont le pouvoir. Ce n’est pas eux qui ont organisé la CNAP, le CPC…, ce sont des raccourcis. Ce que le régime propose ce n’est que des raccourcis. La pâte est morte, on ajoute de farine or il faut mettre tout ça là de côté, on remet une nouvelle marmite sur le feu et on re-prépare mais cette fois-ci en bonne et due forme.

Source: Togoscoop

Source : icilome.com

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