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Togo : les péripéties d’un Togolais qui voulait faire sa carte d’identité

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Le lundi 22 février 2023, je me suis rendu dans un commissariat pour renouveler ma carte d’identité qui avait expiré depuis octobre 2022. En arrivant à 10h précises, j’ai remarqué une foule de personnes qui attendaient avec des dossiers en main. Certains étaient là pour les mêmes raisons que moi, c’est-à-dire pour renouveler leur carte d’identité, tandis que d’autres étaient présents pour faire délivrer leur carte d’identité pour la première fois.

Il y avait beaucoup de monde assis sur des bancs disposés en ordre. J’ai été surpris de constater que ce qui s’y passait il y a cinq ans, lorsque j’ai obtenu ma carte d’identité pour la première fois, n’avait pas changé d’un pouce.

Ma première fois lors de l’établissement de ma carte d’identité

En 2018, je me suis rendu pour la première fois au commissariat pour faire délivrer ma première carte d’identité. Et j’ai fait un point intéressant. En effet, lorsque vous vous rendez au commissariat pour faire établir une carte d’identité et que vous souhaitez être servi rapidement, vous devez connaître quelqu’un sur place ou connaître quelqu’un qui connaît quelqu’un d’autre travaillant dans les locaux.

Bref, peu importe si vous arrivez au commissariat à 5 heures du matin. La personne la plus susceptible d’être servie en premier est celle qui a un contact local au sein du poste de police.

Et ce fut la même scène qui se répéta

Ma deuxième fois lors du renouvellement de ma carte d’identité

Le lundi 22 février, je me suis rendu au commissariat pour faire renouveler ma carte d’identité. Et bien que je sois arrivé à 10 heures du matin, il y avait des gens qui étaient venus dès 6 heures du matin et attendaient d’être reçus.

Malheureusement, nous ne connaissions personne là-bas. De nouvelles personnes sont arrivées et leurs dossiers ont été traités immédiatement. Parfois, ces personnes faisaient juste un appel téléphonique. Un policier apparaît alors. Ils discutent un peu, puis prend son dossier pour l’emmener aussitôt dans la pièce où les cartes ont été tirées. Ils n’ont même pas pris la peine de cacher leur mauvaise pratique. Et nous, qui sommes-nous alors ? Personne ? Presque tout le personnel du poste de police s’est livré à cette pratique déloyale. J’étais là, assis et observant tout. C’est ainsi que j’ai attendu, patient encore et encore.

Tout leur semblait normal. Ils n’étaient même pas gênés et nous regardaient comme si nous étions transparents. Personne n’osait demander, de peur d’être engueulé ou, au pire, de ne pas être reçu du tout.

Nous nous sommes assis là à regarder les gens être accueillis alors que nous étions ignorés. C’était douloureux et j’avais envie de pleurer. Mon cœur battait plus vite et ma respiration devenait plus lourde. Je me suis dit dans ma tête : qui suis-je pour intervenir ? J’avoue que l’envie m’a pris de crier, de crier si fort qu’ils allaient enfin m’entendre. Mais j’avais peur des représailles si jamais je décidais de m’emporter.

Pour obtenir une simple carte d’identité, il est nécessaire d’avoir un contact qui puisse nous aider. J’avais honte à leur place. Ceux qui n’essaient même pas de cacher leurs actions. Ils le font ouvertement. C’est comme s’ils se disaient : « Vous êtes ici chez vous. Si vous n’êtes pas convaincu, la porte est juste derrière vous ». Ou peut-être qu’ils se disent aussi : « Je suis policier. C’est ta parole contre la mienne. Qui êtes-vous pour porter plainte contre un agent des forces de l’ordre ?»

C’est incroyable comme rien n’a changé en cinq ans. Malgré tous les discours sur l’amélioration des services publics, rien ne semble avoir été fait pour régler ce genre de problème. J’imagine que des milliers de personnes dans la même situation que moi subissent le même sort chaque jour. Et le pire, c’est que nous nous sentons impuissants face à cette injustice. Nous sommes censés être des citoyens, mais nous nous sentons traités comme des nuls.

C’était l’heure de la pause. La reprise était donc pour 14h30. Nous n’avions pas bougé d’un pouce, étant toujours là, attendant qu’un policier ait pitié de nous alors que nous n’étions même pas considérés. J’ai vécu cette même scène il y a 5 ans, alors que je me faisais délivrer ma première carte d’identité. J’y suis allé à 6h du matin et je ne suis pas parti avant 18h. La demande est forte. Bien sûr, mais cela n’empêche pas l’ordre d’être respecté. Servir tout le monde selon l’heure d’arrivée.

Et notez que je n’ai retiré ma carte qu’au bout de trois semaines. Et c’est comme ça que ça se passe généralement. L’obtention d’une pièce d’identité prend généralement deux à trois semaines à compter du jour du dépôt et de la prise de photos.

Et pour tout le monde, ce n’était pas normal. Mais personne n’a osé hausser le ton. Ils diront pour leur défense qu’ils ne reçoivent que des personnes âgées, des femmes enceintes, des femmes portant leur bébé, des personnes handicapées… Mais c’est faux.

Je ferai une liste succincte de ceux qu’ils reçoivent en priorité, en plus de la liste des personnes citées plus haut. Bref, ils reçoivent leurs amis et amis, ainsi que les amis de leurs amis. Tout ce qu’il a fallu, c’est que quelqu’un appelle et signale qu’il avait un de ses amis là-bas. Immédiatement, nous le recevons.

Nous devions faire quelque chose. Et c’est là que j’ai décidé de prendre les choses en main. Entre-temps, un policier est sorti de la pièce et a essayé de mettre de l’ordre en rangeant les gens dans l’ordre d’arrivée. Mais dès qu’il est entré dans la pièce parce qu’il faisait partie des personnes qui prenaient les photos, leurs magouilles ont recommencé.

Je l’ai approché pendant la pause pour essayer de lui expliquer notre situation. J’ai dit : « Bonsoir, monsieur. J’ai vu que tu es sorti entre-temps pour mettre les choses en ordre. Mais dès que tu es parti, le bordel a repris. »

Il m’a coupé la parole et m’a demandé : « Maintenant, qu’est-ce qui te préoccupe ? »

J’ai repris en disant : « Monsieur, nous recevons des gens par connaissance, et malgré le fait que nous soyons là depuis 6 heures, ils ne nous regardent même pas. »

Il m’a de nouveau coupé la parole et m’a demandé en me regardant droit dans les yeux et en essayant de m’intimider :

« Maintenant, qu’est-ce qui te préoccupe ? Que veux-tu ?

Les quelques policiers autour de nous écoutaient et souriaient. J’ai ressenti une grande honte.

C’est alors que j’ai répondu: “Fais quelque chose pour nous aussi?” »

Il m’a juste dit : “j’ai compris” en tournant le regard. Il s’est éclipsé.

Je retournai à ma place et sortis mon stylo. C’est ainsi que j’ai écrit ce que je venais de vivre. Je veux pleurer.

“Que pouvais-je faire?” C’était moi contre ce monde injuste, plein de despotisme. La question de l’ordre, du mérite, de la justice n’appartenait manifestement pas aux qualités des représentants des forces de l’ordre, comme on le dit souvent. Ils ne sont que les grands orchestrateurs du désordre. A qui vais-je parler de cette injustice ? La seule personne qui m’a semblé confiante m’a déçu. Il s’est retourné contre moi.

Qui aurait pu protester ? Personne. Personne ne voudrait être la cible d’un groupe de policiers aussi unis dans leurs actes non conformes.

Heureusement j’ai mon blog. Au moins ici je peux m’exprimer, essayer de dire à quelqu’un de bon cœur qui lira mon post, de changer les choses s’il en a le pouvoir, où qu’il soit. Faites-leur prendre conscience de ce que j’ai vécu et dites-leur de le partager autour d’eux. Tout seul, je ne pourrai pas, et il y a des gens qui ne me croiront pas.

C’est injuste. La façon dont ils ont agi. Et le pire est une injustice à laquelle se livrent les soi-disant représentants de l’ordre. Voir les responsables de l’application des lois se livrer à de telles pratiques a été un coup dur pour moi. Et j’ai compris que l’habit est très loin de faire le moine. Je me suis demandé : si c’est juste pour obtenir une carte d’identité : qu’en est-il des autres services ? Faire établir sa nationalité, chercher un emploi… Qu’est-ce que ce serait ? Je me demande…

Serge Frogtéba BAMA

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Source : Togo actualité

Source : Togoweb.net