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En demandant le départ de la force française Sabre installée au Burkina depuis une décennie et actuellement régie par l’accord militaire signé par les deux pays en 2018, le président de la transition Burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, met de facto une pression sécuritaire et politique sur Faure Gnassingbé, le chef de l’Etat togolais.

Quelle corrélation entre le départ des forces françaises du Burkina et une pression sur le Togo?

Pour le comprendre, il faut d’abord revisiter l’évolution de la situation sécuritaire au Mali, après le départ de la force Barkhane. En effet, en fermant sa dernière base au Mali en août 2022, Barkhane a laissé un pays largement infesté de groupes armés terroristes (GAT). En 10 ans de présence, malgré la lutte des forces françaises, des forces européennes, des forces onusiennes et des forces maliennes, le terrorisme a métastasé.

Peu après le départ de l’armée française du Mali, on a assisté à une intensification des attaques terroristes, particulièrement sur la population vulnérable, y compris dans les zones où la présence des forces françaises n’était pas effective. On peut raisonnablement en déduire que les terroristes se sont dits qu’ils pouvaient profiter du vide laissé par le départ de la force Barkhane.

D’un point de vue quantitatif, l’arrivée du groupe russe Wagner avec un millier de soldats n’est pas de nature à compenser les trois mille militaires français ayant quitté le Mali. Il faut attendre voir si le renforcement des équipements, notamment en aéronefs et de renseignement, en provenance de Russie, va donner un avantage opérationnel aux forces armées maliennes. Il faut surtout attendre voir si la situation sécuritaire s’améliore concrètement pour la population.

Barkhane c’est des milliers de soldats, Sabre c’est 400 personnes environ. Barkhane, c’est un corps expéditionnaire interarmes, Sabre, c’est des forces spéciales. Même si l’opération Sabre ne joue pas au Burkina un rôle similaire à celui de Barkhane au Mali, ni dans son envergure ni dans sa mission, il n’est pas déraisonnable de penser que les terroristes, d’un point de vue psychologique, se sentent moins vulnérables et donc plus audacieux après le départ des français du Burkina. On pourrait donc s’attendre à une intensification des actions terroristes sur le territoire burkinabè, comme cela a été le cas au Mali.

Et justement, le terrorisme ayant franchi la frontière du Burkina et frappant aussi au Togo depuis plus d’un an, dans la région septentrionale, on peut s’attendre logiquement à ce que cette intensification des attaques se manifeste également au Togo. Ce qui va considérablement accroître la pression sur les forces armées togolaises.

Et malheureusement, pour le moment la population togolaise n’est pas d’un grand secours, comme on l’aurait souhaité, pour les soldats qui se battent au front avec bravoure, parfois même au sacrifie de leur vie.

Bien sûr Faure Gnassingbé est actuellement en pleine opération de charme pour séduire la population septentrionale et la gagner à la cause. On le comprend. Mais une opération coup de poing, même avec beaucoup d’argent, est-elle en mesure de produire des résultats dont on a besoin dans l’immédiat, alors que des décennies durant, la gouvernance d’exclusion a largement marginalisé et précarisé cette population ? Le doute est permis.

Bien entendu, la géographie du Togo n’est ni celle du Mali ni celle du Burkina. Toute chose étant égale par ailleurs, si la situation sécuritaire venait à se dégrader significativement au Togo, alors la pression ne sera plus uniquement sur les militaires au front dans le nord, mais elle se déplacera jusqu’au sud, à la présidence, elle se posera même sur les épaules du chef de l’Etat, et alors, elle changera de nature et deviendra une pression politique.

Le Togo est un pays politiquement fragile avec une situation sociale très volatile. Si la pression sécuritaire déborde le strict cadre des militaires et s’installe à la présidence, alors il n’y a plus de digue, plus aucun filet de sécurité. On peut donc redouter un risque politique, presque inéluctable, comme cela s’est déjà vu ailleurs dans la sous-région. C’est un risque qu’il faut anticiper.

Que doit faire Faure Gnassingbé ?

Les signaux ne sont plus faibles. Les événements se produisent au vu et au su de tout le monde et chacun peut en comprendre le sens et faire ses analyses. Le Togo a manqué d’anticiper le terrorisme sur son territoire depuis l’apparition du phénomène en 2012 dans le Sahel, bien que le Togo y soit engagé militairement. Maintenant qu’il ne s’agit plus d’aller aider les autres, mais de défendre son propre territoire et sa propre population, il faut sortir des postures de politiques politiciennes. Ce n’est plus le temps d’une politique pour contrer et rendre l’opposition aphone.

C’est le temps de privilégier les intérêts du Togo et de défendre les Togolais. C’est le temps de rassurer les Togolais, non pas en se disant qu’il suffit de sortir l’argent, et comme les Togolais ont faim ils vont accourir, mais de leur donner à nouveau ce qui leur manquent le plus, de la considération, de la valeur et de la dignité.

C’est aussi le temps de sortir de son enfermement sur soi et de tendre la main, une main sincère, à toutes celles et tous ceux qui veulent apporter leurs contributions au mieux-être des Togolais. Dans ce risque sécuritaire, on a besoin de tout le monde. Il faut absolument une ouverture politique.

C’est en prenant cette hauteur, et surtout en prenant les bonnes décisions, que le chef de l’Etat peut impulser la dynamique qui éviterait au Togo les pires convulsions. Les Togolais en seraient bénéficiaires, à commencer par Faure Gnassingbé lui-même.

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Nataniel Olympio

Président du Parti des Togolais

Source : Togo actualité