Togo : Aux portillons des grandes dictatures

95

Togo : Aux portillons des grandes dictatures

Le 7 août 2019, l’Assemblée Nationale a procédé à la modification de la loi N° 2011-010 du 16 mai 2011 relative aux conditions de manifestations publiques au Togo. Amendée en profondeur, la loi dite «Loi Bodjona» fait donc place à un arsenal juridique qui rétrécie la liberté de manifestation au Togo. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la démocratie togolaise déjà hémiplégique.

Les paroles et actes !

«Lui, c’est lui. Moi c’est moi», disait Faure Gbassingbé en 2006, annonçant ainsi les couleurs de son règne qu’il songeait radicalement meilleur que celui de son feu père, avec tant de victimes et souvenirs affreux.

Si l’héritier du 05 Février 2005, au travers de ses diverses réformes, a relativement réussi à contenir la colère des togolais au lendemain des événements malheureux de 2005, cela n’a visiblement été qu’un effet d’annonce. Car, les paroles paraissent bien en déphasage avec les actes. Les années qui auront suivi ont permis aux togolais de découvrir une nature surprenante du Prince et de sa conception du pouvoir. Un troisième mandat finissant qui n’aura pas assouvi l’appétit de Faure qui déblaye le terrain en vue d’un quatrième mandat. Quit à retoucher, de façon intéressée, les lois de la république en vue de parvenir à l’objectif 2020 que certains analystes rallongent de dix (10) ans supplémentaires.

L’Assemblée Nationale, l’outil de la forfaiture

Après donc les réformes constitutionnelles du 08 mai 2019 qui annoncent clairement les intentions du fils à Eyadema, place au rétrécissement de la loi régissant les manifestations publiques au Togo. De tous les amendements apportés au texte, on retiendra que toute manifestation publique n’aura désormais qu’un seul point de départ, une seule itinéraire, un seul point de chute et ne pourra se tenir qu’entre 11heures et 18 heures. Aussi, toute manifestation publique est interdite sur les routes nationales et devant les institutions de la République, les représentations diplomatiques et consulaires et autres camps militaires. «Qu’est-ce qui reste donc à ajouter pour que l’on n’en conclut que les manifestations publiques sont désormais interdites au Togo», se demande un activiste politique au sujet de cette loi qui a tout d’une loi liberticide, dénonçant ainsi les agitations d’un parlement aux ordres avec des députés nommés pour la forfaiture.

Même si le gouvernement s’en défend par son souci de lutter contre l’extrémisme violent et le terrorisme qui menacent toute la sous-région, il n’en demeure pas moins vrai que cette démarche apporte de l’eau au moulin des critiques qui voient en Faure Gbassingbé, un monarque qui allie dictature et modernité. Car, une analyse bien objective de la situation politique du pays, ces dernières années, prouvent à suffisance que pour rien au monde, Faure ne veut se faire conter 2020.

Et pour ce faire, tous les moyens sont bons pour sauter le verrou de cette échéance à ène inconnus. En témoignent les actes de la Représentation Nationale que des observateurs ont vite dénommée une Assemblée nationale de mission. Laquelle qui se tachera durant sa législature de dérouler le tapis rouge pour son «champion» dans ses ambitions. Et quelques mois seulement après sa mise en place, cette institution aura confirmé tout le doute que l’on avait sur elle. Malheureusement, c’est sans tenir compte des conséquences néfastes d’une telle démarche régressive sur la démocratie déjà hémiplégique du pays.

Aux portillons des dictatures

En effet, la poursuite, dans une posture de légalité, de la caporalisation suivie du verrouillage systématique des institutions et lois de la République hisse au fil des jours le pays au rangs des pays à la démocratie hypothéquée dans le monde. Désormais, l’on est tenté de rapprocher la gouvernance politique du Togo à celle pratiquée dans les plus grandes dictatures du monde, notamment en Corée du Nord, au Turkménistan, à l’Ouzbékistan, au Kazakhstan ou au Tadjikistan. Des pays considérés aujourd’hui comme les paradis de la dictature.

Dirigés par des leaders constamment réélus avec plus de 90% des voix et qui ont gardé le culte de la personnalité issu de l’héritage soviétique, ces pays, en plein essor économique, tout comme le prétend le Togo à travers ses réformes politiques et économiques, demeurent des régimes autoritaires, gouvernés par des autocrates qui ont placé leurs proches aux postes clés du pouvoir. Il en est ainsi, outre le dirigeant nord coréen Kim Jun Un, de Nursultan Nazarbaïev, président du Kazakhstan et réélu avec 97,7% des suffrages en 2015. Sa fille Dinara Kulibaeva et son gendre Timur Kulibaev sont propriétaires de la Halyk Bank, l’un des plus grands établissements financiers du Kazakhstan. C’est aussi le cas de la Biélorussie considérée comme la dernière dictature d’Europe où l’ancien apparatchik du régime soviétique, Alexandre Loukachenko est à la tête du pays depuis 1994, en ayant été réélu 4 fois avec près de 80% des voix à chaque élection. Ce régime dictatorial s’est durci progressivement, passant des espoirs démocratiques de l’indépendance en 1991 (à la chute de l’URSS), à une dictature s’inspirant du modèle soviétique.

En Afrique, elles sont une vingtaine de dictatures recensées avec 11 présidents africains à la tête de leur pays depuis plus de 15 ans, comme Idriss Déby, président du Tchad depuis 27 ans, Denis Sassou-Nguesso, au pouvoir depuis plus de 20 ans au Congo, ou encore Faure Gbassingbé du Togo. D’entre tous, l’exemple du Tchad est assez révélateur des dictatures africaines. Dès son accession au pouvoir, Idriss Déby s’entoure des membres de son ethnie, les Zaghawa, et les place au sommet de la hiérarchie militaire, ou à des postes importants. Afin de garder un semblant de démocratie, des élections présidentielles ont lieu, en 1996, 2001, 2006, 2011, et 2016, donnant à chaque fois Déby gagnant avec près de 60% des voix, dès le 1er tour. En matière économique, les richesses naturelles du Tchad servent à assurer la pérennité de la dictature. Ainsi, l’exploitation du pétrole tchadien, débuté en 2003, a permis de financer non pas le développement du pays, mais plutôt l’armée tchadienne.

Que dire de l’Erythrée? Moins connue et médiatisée que les autres dictatures dans le monde, la dictature érythréenne est pourtant une des plus violentes et sanglantes d’Afrique. Elle est dirigée d’une main de fer par le président Issaias Afewerki (dirigeant du parti unique du pays) depuis l’indépendance du pays il y a 24 ans.

En plus de ressembler point à point à ces pays dans la gouvernance clanique, c’est triste de constater que Faure Gnassingbé à force de toiletter en permanence les textes pour ses propres intérêts, loge le Togo au sein du gota des nations où la dictature s’offre en mode de gouvernance. Triste pour le Togo, pourtant prédestiné par nos aïeux, l’Or l’Humanité.

Source : Fraternité

27Avril.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here