Togo-Arnaque et vente parallèle des médicaments au CHU Kara : Prof Moustafa Mijiyawa interpellé par OPS-AFRIQUE

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Mustafa Mijiyawa

Au Togo, le secteur de la santé, complètement négligé par le régime en place depuis des décennies, est devenu un terreau fertile pour les opportunistes sans scrupules. Un repaire des vautours pour qui la valeur de la vie humaine semble avoir perdu toute signification. Des individus avides d’argent qui piétinent leur serment d’Hippocrate, mettant un trait sur leur conscience, exploitant impitoyablement les pauvres citoyens en quête de soins médicaux.

Dans ce pays de 8 000 000 d’habitants où la corruption est la chose la mieux partagée au sommet de l’Etat, où l’impunité est érigée en mode de gouvernance, il n’est pas étonnant de voir certains praticiens hospitaliers (médecin, sage-femme, assistant, infirmier) posant, en toute liberté, des actes attentatoires à la déontologie et à l’éthique de leur profession. Soit détourner les malades des hôpitaux publics vers les cliniques privées, soit voler des médicaments des malades ou leur vendre les produits à la place des pharmaciens.

Courant ce mois de septembre, deux cas de cette mauvaise pratique des praticiens hospitaliers qui relèvent de l’arnaque, ont été signalés à l’Observatoire pour la Promotion de la Santé en Afrique (OPS-AFRIQUE). L’association dans un courrier, a ensuite saisi Prof Moustafa Mijiyawa, ministre en charge de la Santé.

Lisez !

Observatoire pour la Promotion de la Santé en Afrique (OPS-AFRIQUE)

 BP : 60556 Lomé-Bè

 Siège social : Lomé, Qté Atiégou, P/Golfe

Tél : +228 91 10 92 56/ 98 75 59 01

Email : [email protected]

Réf /N°002 / 09-2023/OPS/PR                         

A

 Monsieur  le Ministre de la Santé et de l’Hygiène Publique

Objet : Dénonciation de mauvaises pratiques au sein du CHU-Kara

Monsieur le Ministre,

Dans notre mission de veille sanitaire, nous avons été saisis par une famille sur une situation qui prévaut au CHU-Kara.

Il s’agit d’un patient admis en soins pour morsure de serpent et dont les parents estiment être abusés par le corps médical. Des faits que nous jugeons graves et dont nous portons à votre connaissance.

En effet Monsieur le  Ministre, le 20 septembre 2023, un jeune homme  a été évacué au CHU kara pour morsure de serpent et admis en soin à la réanimation.

Le médecin traitant lui a prescrit le sérum antivenimeux Inoserp. La pharmacie du CHU Kara ne disposant pas de ce sérum, les parents se sont rendus à la pharmacie LAFIA où ils découvrent que les deux flacons prescrits coûtent 137.750F CFA.

Alors que la famille se concertait à l’hôpital pour réunir les sous et s’en procurer, le médecin soignant leur propose le produit à 60.000F la boîte, qui contient deux flacons.

Une heure plus tard, après l’analyse de sang, il prescrit le même produit et empoche encore 60.000F. Voyant l’état du patient se dégradé, il prescrit une troisième fois le même produit au lendemain. Il a donc soutiré 180.000F à la famille en deux jours alors que l’état du patient s’empirait. L’agent propose au troisième jour six (6)  flacons. Cette fois-ci avec une réduction de 60.000F, c’est-à-dire que les parents devraient payer 120.000F

Ne pouvant plus supporter et n’ayant plus d’espoir vu la situation  de leur enfant après trois jours de soins, les parents se sont abstenus.

Nous fûmes alors saisis.

« Voyant la gravité de la situation, nous avons aussitôt informé le Directeur du CHU-Kara qui a réagi promptement en rentrant en contact avec la famille. Grâce à son intervention le sérum antivenimeux que l’on ne retrouvait pas à la pharmacie de l’hôpital a été vendu aux parents à 30.000F pour les deux flacons. Nous apprenions à l’instant que le produit est subventionné par l’Etat et vendu normalement à 15.000F le flacon  dans les hôpitaux. Ce produit est  bien différent de celui vendu par le médecin traitant.

Le Directeur de l’hôpital  est resté très préoccupé en suivant de très près l’évolution de la situation. Chose que nous ne manquerons pas d’apprécier et d’encourager.

L’admission de ce sérum au patient a été une surprise totale pour nous et la famille. Le patient s’est relevé le même jour alors qu’il a passé trois jours dans un état d’inconscience. Sa famille s’interroge sur la qualité du produit que le corps médical  utilisait depuis trois jours et les conséquences que cela pourrait avoir sur la santé de leur enfant.

Monsieur le Ministre, curieusement, nous avons été saisis dans la même salle pour un cas similaire. Il s’agit d’un homme évacué depuis le canton d’Aouda pour morsure de serpent également. Là aussi  un autre médecin traitant a perçu 120.000F et son collègue  a empoché aussi 60.000F aux services des urgences portes pour le même produit.

La famille de ce patient nous a fait savoir que le premier jour après prescription du sérum antivenimeux, ils n’ont pu acheter qu’un flacon  à la pharmacie Lafia à 68.875F

Le médecin traitant est venu ensuite leur proposer  un produit à 60.000F la boîte. Ils ont acheté au total trois boîtes à  180.000F.Mais le comportement  du soignant ne les rassurait pas. Non seulement ils ne voyaient pas le produit qu’il administrait  à leur parent, mais aussi le soignant ne laissait pas de trace. Ils n’avaient pas de reçu d’achat non plus. ils ajoutent qu’ils estiment  que le cas qui vient de s’éclater dans la salle concernant le jeune homme dont nous venons d’évoquer  plus haut, aurait  précipité leur libération.

 Nous avons aussitôt contacté le médecin. Malgré  la fiche de libération que la famille nous a présentée, il a nié l’acte de libération et nous a rassuré que le patient quittera la salle de réanimation pour une salle où il sera mis en observation. Ce qui n’était pas vrai car le patient a fini par  quitter  l’hôpital. Notre représentant sur le terrain a assisté à une altercation entre la famille du patient  et le médecin sur les produits vendus.

Les plaignants craignaient les conséquences de ces produits douteux sur la santé de leur parent  et réclamaient le remboursement de leur somme. Au médecin de leur  réclamer les produits déjà utilisés  avant le remboursement. Un désordre total qui n’honore pas la profession.

Monsieur le Ministre, nous avons exigé et réussi à avoir les photos  des produits utilisés sur les patients depuis trois jours sans effets escomptés. Il s’agit de SNAKE VENOM ANTISERUM AFRICAN. Ces produits nous paraissent  comme des médicaments de rue, rien que par leur emballage. Notre organisation proteste vigoureusement et exige un test de laboratoire pour confirmer leur qualité.

Le premier agent mis en cause  nous a confié qu’il achète ces produits auprès de son collègue et la commande se fait au Benin. Il nous précise que ce produit est régulièrement utilisé  depuis  longtemps  au CHU Kara et « parfois ça marche », tels sont ses propos qui nous surprennent. Nous nous étonnons  qu’un agent de santé ignore l’effet Placebo dans le traitement des patients.

Les deux autres agents que nous avons interrogés ont aussi avoué avoir vendu le produit avant de s’accuser mutuellement sur celui qui a encaissé les sous.

Nos investigations nous ont permis de savoir que le livreur est un aide-soignant précédemment morguier du CHU Kara. Les mêmes sources nous renseignent que ce dernier reçoit ces produits auprès d’une femme, elle-même personnel du même centre. Tout porte à croire que c’est un vaste réseau de trafic illicite de produits.

Les deux victimes qui ont formulé une plainte auprès de notre organisation ont été invitées le 26 septembre 2023 par les agents mis en cause. Ces derniers ont invité  un collaborateur d’un  huissier pour leur  rédiger une note de retrait de plainte. Ils ont réussi à faire signer la deuxième victime à qui ils ont remboursé les 180.000F avec des témoins.

Malgré la réticence de la première victime à retirer sa plainte, sa somme lui a été remboursée avec une décharge. Tout ceci en présence de notre représentant. Des actes dont nous avons copie.

 Monsieur le Ministre, ces faits graves nous révèlent  un vaste réseau bien organisé de vente parallèle de médicaments douteux au sein du CHU Kara exposant dangereusement les vies de nos populations. Nous ne saurions nous taire face à ce danger.

Nous vous prions de prendre des dispositions qui s’imposent  pour  démanteler ce réseau, poursuivre et sanctionner les auteurs sans préjudice d’une action portée devant le tribunal de la localité afin de décourager ce genre de pratiques dans nos hôpitaux.

Les patients qui estiment, que leurs corps ont  servi d’expérimentation d’un sérum  dont l’origine est douteuse attendent impatiemment de connaître la suite de cette affaire pour se rassurer que leurs vies ne sont  pas en danger.

Nous sommes disposés à collaborer et à apporter des preuves complémentaires, pour que lumière soit faite et rassurer les usagers.

Monsieur le Ministre, nous ne saurons finir sans vous inviter à agir promptement pour doter suffisamment  nos centres de santé  du sérum Inoserp qui est un casse-tête pour le personnel soignant en ces moments de pluie. Au-delà des cas sus-cités d’autres patients sont dans le besoin actuellement. Un dispositif  devrait être mis en place pour permettre au corps médical d’alerter  en cas de pénurie du sérum antivenimeux dans les formations sanitaires.

Aussi faut-il préciser que le manque de ce sérum est parfois dû  à ce système de vente parallèle de produits par le corps médical. Selon une source crédible et responsable du CHU-Kara, le personnel soignant achète le sérum Inoserp une fois disponible à la pharmacie au prix subventionné  et le revend  plus cher aux  patients et autres formations sanitaires.

Ces pratiques qui constituent une  violation des droits des patients sont  récurrentes dans les formations sanitaires au Togo. Non seulement elles exposent  la vie des citoyens mais aussi  saignent  les pauvres populations qui ont du mal à joindre les deux bouts pour se faire soigner. Pour exemple, lors de notre tournée de sensibilisation en Avril 2023 à Dapaong, un paysan s’est fait soutirer 30.000F au CHR Dapaong,  par un personnel de santé  au bloc opératoire de la maternité  contre deux produits : Vicryl N°2  et Compresse abdominale. Les deux produits que nous avons renseignés sont vendus respectivement dans les pharmacies à 2.200F et 3.700F soit un total de 5.900F. Ces comportements sont inacceptables. Des mesures fortes et sanctions disciplinaires doivent être appliquées pour éviter d’exposer la vie de nos populations.

Dans l’espoir que notre cri retiendra votre attention, je vous prie d’agréer Monsieur le Ministre, l’expression de ma profonde considération.

Ci-joint :

-les noms des patients

-les noms du personnel mis en cause

-Photos du produit vendu

-la décharge de remboursement des frais des produits vendus et retrait de plainte

Le président,

AGOUZOU Aklèsso

Ampliation :

-Ministre de  l’Accès Universel aux Soins

-Ministre de la Justice

– Directeur du CHU-Kara

-Préfet de la Kozah

-Maire de la commune de Kozah1 

-ODDH  

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Source : icilome.com