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Terrorisme au Togo : pourquoi les autorités se murent dans le silence

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Vendredi 10 février, une nouvelle attaque terroriste a fait 31 victimes dans le nord du pays. Le gouvernement peine à endiguer la menace jihadiste et choisit la stratégie de la discrétion.

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Il fait nuit noire, aux environs de 2h du matin vendredi 10 février, quand les habitants de Tola et Gningou, deux villages de la préfecture de Kpendjal au nord du Togo, sont attaqués par des groupes armés djihadistes. Enlevées puis égorgées, les 31 victimes ont été retrouvées sans vie au lever du jour. Selon nos sources, une dizaine de terroristes ont été tués lors d’un ratissage des Forces armées togolaises (FAT) le lendemain matin non loin des lieux du crime.

Cette zone de la région des Savanes, enclavée à la frontière du Burkina Faso et du Ghana à plus de 600 kilomètres de Lomé, est depuis plusieurs mois ciblée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), principale alliance jihadiste au Sahel, lié à Al- Qaïda. Une attaque de plus, qui survient malgré la réponse sécuritaire des autorités togolaises, et que le gouvernement de Faure Gnassingbé a préféré ne pas rendre publique.

Baisse de moral

« Nous avons décidé de ne plus communiquer pour le moral des troupes et pour ne pas trop stresser la population », soutient une source gouvernementale. Depuis la première attaque jihadiste meurtrière qui a endeuillé le pays les 10 et 11 mai 2022, le Togo a enregistré au moins quatre autres offensives, celle de vendredi faisant suite à une attaque par engins explosifs improvisés le 2 février n’ayant pas davantage fait l’objet d’une communication des autorités. Un silence qui en dit long sur les difficultés pour Lomé de combattre les incursions des groupes jihadistes implantés juste de l’autre côté de sa frontière, au Burkina Faso.

Pourtant, face à la menace, le Togo semblait plutôt dans l’anticipation. En 2018 déjà, il prévenait l’infiltration des mouvements et combattants terroristes en créant l’opération « Koundjoare » à Kpendjal, où les militaires sont déployés en grand nombre. En 2020, une loi de programmation militaire était adoptée, comprenant une enveloppe de 772 milliards de Francs CFA avec pour objectif de renforcer les équipements des Forces armées togolaises.

Mais les attaques ont continué. En juin 2022 les autorités se sont vues obligées de déclarer « l’état d’urgence sécuritaire » dans la région des Savanes. Quelques semaines après, elles annonçaient des mesures urgentes comme l’approvisionnement en drones turcs et une coopération renforcée avec les pays voisins. En décembre 2022, un grand remaniement de la direction de l’armée devait remonter le moral des troupes.

Intérêts

Mais la zone frontalière entre le Togo, le Burkina Faso et le Bénin présente de nombreux intérêts pour le GSIM, notamment ses espaces forestiers, comme l’explique Mathieu Pellerin, expert Sahel, dans une note de février 2022. « Cet espace transfrontalier, appelé WAPO, du nom des parcs du W, d’Arly, de la Pendjari et de l’Oti, qui traversent les frontières du Niger, du Burkina Faso, du Bénin et du Togo, constitue le second fief de GSIM au Sahel après le Delta intérieur du Niger ». Également zone de trafic, le nord du Togo est utilisé par les djihadistes opérant dans l’est du Burkina Faso « pour l’approvisionnement à moto en produits de première nécessité et en armes ».

Les intérêts du GSIM ne s’arrêtent pas là. Selon lui, la multiplication des attaques au Togo a fait basculer le pays « du statut de zone d’approvisionnement logistique à celui de territoire d’opération », comme ses voisins le Ghana et le Bénin. Une évolution de la menace qui fait désormais craindre, comme ce fut le cas dans les pays frontaliers, un recrutement de jihadistes parmi les populations locales.

Jeune Afrique

Source : Togoweb.net