Où en est-on aujourd’hui avec l’opposition togolaise? État des lieux d’un regroupement infecté par des intérêts contradictoires.

Peut-on encore vraiment parler de l’opposition togolaise? En existe-t-il encore une? Pour plusieurs raisons, beaucoup de ceux qui se sont engagés pour parler au nom du peuple et se battre pour la fin de la dictature, à un moment donné, avaient commencé à s’occuper de leurs chapelles personnelles. Nous pouvons aujourd’hui dire sans nous tromper que la deuxième génération de l’opposition togolaise a du plomb dans l’aile. La première génération, courageusement animée par des leaders comme Yaovi Agboyibo, Prof. Messan Gnininvi, Zarifou Ayéva, Antoine Folly…pour ne citer que ceux-là, avait réussi à tenir la dragée haute au dictateur Gnassingbé Éyadéma malgré les nombreux actes de terreur. Mais le jusqu’au-boutisme du régime Gnassingbé 1 finit par avoir raison des aspirations du peuple dans le sang.

L’espoir renaît avec le soulèvement du 19 août 2017 initié par le Parti National Panafricain (PNP) dirigé par Salifou Tikpi Atchadam. La coalition des 14 partis de l’opposition fut mise sur pied au lendemain de cette révolution, la C14. D’aucuns soutiennent encore aujourd’hui que le boycott des législatives de 2018 par les partis de la coalition fut le début de sa fin; mais nous estimons que face à un régime qui ne jure que par la fraude et la terreur pour ne jamais quitter le pouvoir, il serait trop facile d’accuser une coalition de l’opposition installée précipitamment et dont la confiance entre plusieurs de ses membres était très loin d’être fortement cimentée. Toujours est-il que la C14 vola en éclats, et que la chasse à l’homme engagée par le pouvoir de dictature contre les responsables et militants de l’opposition, surtout ceux du PNP, n’a pas fini de faire des victimes.

Les élections municipales organisées le 30 juin 2019 et auxquelles participèrent certains partis de l’ancienne C14 vinrent mettre fin aux illusions de ceux qui rêvaient encore d’une quelconque nouvelle union de l’opposition. Un parti politique comme l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), dont le premier responsable fut naguère chef de file de l’opposition, y prit part et gagna la mairie du Golfe 4. Jean-Pierre Fabre y fut élu maire. Beaucoup se demandent encore aujourd’hui si les élections municipales, avec à la clé la gestion par l’opposition de certaines communes de la capitale, furent une fin en soi de l’engagement de certains dans la lutte pour la démocratie. Avec ce qui se passe aujourd’hui avec la création du DAGL (Le District Autonome du Grand Lomé) par le régime de dictature pour faire ombrage surtout aux maires issus de l’opposition, les tenants du pouvoir, comme Payadowa Boukpessi et les autres, continuent à mettre les batons dans les roues des mairies tenues par l’opposition pour que cette démocratie à la base, elle aussi, n’ait pas du succès. Nous ne croyons pas que c’est cette démocratie trompe-l’oeil qu’avaient recherchée les pères de l’opposition togolaise, et pour laquelle beaucoup avaient dû payer de leur vie. Ne fallait-il pas que tous les vrais opposants togolais mettent de côté les problèmes personnels et surtout leurs egos pour se battre pour l’union et faire le poids face au pouvoir Gnassingbé, au lieu de se précipiter pour des postes de maires dans un pays encore sous le joug de la dictature et de la terreur?

Ce que nous écrivons ici n’est pas une attaque contre qui que ce soit; mais il s’agit de la réalité que tout observateur lucide voit sur le terrain. Et en notre qualité de citoyen togolais, nous avons le devoir et le droit d’observer, de décrire ce que nous voyons, de dénoncer, si possible, et surtout de proposer des pistes de solution. Et c’est pourquoi nous pouvons dire qu’après les élections municipales de juin 2019, les fameuses élections présidentielles organisées en février 2020, et auxquelles prirent part l’ANC avec Jean-Pierre Fabre comme candidat et les partis membres de la DMK qui soutinrent Messan Agbéyomé Kodjo au nom de l’opposition, furent un autre rendez-vous manqué dans la lutte du peuple pour la fin du règne de l’arbitraire. Là aussi les problèmes de personne et les querelles de bas étage empêchèrent l’entente contre le candidat de la dictature et donnèrent l’impression que les uns et les autres se soient engagés en politique, et surtout au sein de l’opposition pour défendre le peuple, en ne sachant pas vraiment ce qu’ils veulent. Depuis ces élections de 2020 et depuis cette mascarade de victoire de Faure Gnassingbé, les responsables de l’ANC et ceux de la DMK, avec à leur tête Messan Agbéyomé et Monseigneur Fanoko Kpodzro en exil, se regardent en chiens de faïence.

Ce que nous pouvons dire pour nous résumer n’est qu’une répétition de notre constat dans notre dernière sortie d’il y a quelques semaines; cette sorte d’apathie et d’indifférence qui est aujourd’hui celle de ce qu’on peut encore appeler opposition togolaise n’arrange que le pouvoir en place qui ne demande pas mieux pour réaliser son rêve de s’éterniser au pouvoir. La libération de tous les prisonniers incarcérés pour des raisons politiques, le retour de tous les exilés politiques doivent être aujourd’hui le combat de tous ceux qui se disent de la vraie opposition, sans considération partisane ni politicienne. Cette première partie du travail accomplie, et la vraie opposition, parlant désormais d’une voix, doit pouvoir amener le régime Gnassingbé à l’organisation d’assises nationales au cours desquelles de nouvelles bases saines pourraient être mises sur pied pour un nouveau départ démocratique pour notre pays. Les populations togolaises ont ardemment soif de se libérer pour entamer une nouvelle ère de démocratie comme cela se fait dans beaucoup de pays autour de nous. Pour cela, elles attendent que ceux qui se sont engagés pour parler en leur nom, les organisent.

Samari Tchadjobo
Allemagne

Source : 27Avril.com