Le pouvoir à vie corrompt à vie: L’inquiétant retour au parti unique au Togo

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Depuis 55 ans, l’ancien parti unique et parti Etat, le Rassemblement du Peuple Togolais (RPT) mué entre-temps en Union pour la République (UNIR), domine outrageusement la vie politique au Togo. Avec les vieilles méthodes staliniennes désuètes qu’on lui connaît : violences, fraudes électorales, coups d’Etat constitutionnels, présidentialisme à vie, mal gouvernance chronique, corruption, pillage, crimes économiques, etc.

Le multipartisme est consacré au Togo au début des années 1990, années d’adoption de la charte des partis politiques et de la conférence nationale souveraine. A l’époque, en bon visionnaire, le Professeur Léopold Gnininvi, leader de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), avait lancé le slogan de Tchekpo devenu célèbre : « Démocratie d’abord, multipartisme ensuite ». L’idée derrière cette philosophie est d’amener les partis politiques de l’opposition à se constituer en un front pour faire instaurer la démocratie et réaliser l’alternance au pouvoir. Il sera malheureusement combattu par ses compagnons de lutte qui voyaient plutôt la menace d’un parti unique de l’opposition croyant que le processus démocratique était irréversible. Plus de 30 ans après, ce concept est toujours d’actualité.

En 2020, le Togo avait enregistré officiellement 118 partis politiques. Depuis, la liste s’est allongée avec plusieurs autres mouvements politiques. Cette floraison de formations politiques qui, a priori, peut dénoter le dynamisme de la démocratie dans notre pays, n’en est pas un. En ce début du troisième millénaire, la bulle politique togolaise se présente comme un système de parti unique de fait. Pour cause, le Togo est une vieille dictature de 57 ans et de type monarchiste, avec un pouvoir passé de père en fils en 2005 sur fond de violence meurtrière sur la population. Et dans une dictature brute et brutale comme la nôtre, les partis politiques sont bâillonnés, asphyxiés financièrement et n’ont pas voix au chapitre. Dans cette multitude de partis politiques dont un grand nombre est créé par régime dans sa volonté de diviser pour mieux régner, à peine une vingtaine est véritablement active. La grande majorité n’existe que de nom. Pourtant, ce sont ces partis epsilon qui ne représentent absolument rien sur la scène politique que le régime instrumentalise pour semer la zizanie au sein l’opposition lors des concertations nationales et des consultations électorales, permettant au parti au pouvoir de s’en tirer à bon compte.

Depuis plus trois décennies, le RPT/UNIR a usé de tous les moyens pour ne pas perdre le pouvoir d’Etat. Aidé en cela par les micros partis. En 2018, pendant que toute l’opposition appelait au boycott, le régime de Faure Gnassingbé avait coopté ces partis satellites, très nuisibles, pour siéger au parlement en leur octroyant quelques strapontins, afin de donner l’impression à l’extérieur que les élections étaient pluralistes et que le Togo est une « démocratie ».

Le déficit démocratique dont souffrait le Togo depuis 1990 et que ne cessaient de dénoncer les partenaires occidentaux, est devenu aujourd’hui encore plus chronique et aigu. « Trente (30) ans après, le renouveau démocratique bat de l’aile. La vie politique togolaise est caractérisée par la domination d’un parti (RPT/UNIR) autour duquel gravitent les partis d’opposition qui se combattent et se neutralisent en lieu et place d’une véritable alternance au pouvoir. Les Togolais vivent ainsi un multipartisme intégral sans démocratie sur fond de succession patrilinéaire honteux et scandaleux. Toutes les institutions du pays sont noyautées par le régime au pouvoir qui dispose comme leviers de conservation de celui-ci les forces de défense et de sécurité, l’administration et la justice instrumentalisée », s’indigne un universitaire.

En succédant à son père en 2005 dans des conditions apocalyptiques, Faure Gnassingbé n’avait pas seulement hérité du pouvoir d’Etat mais aussi de l’ancien parti unique, le RPT, son appareil et ses méthodes, bref son lourd passif. L’héritier s’était alors engagé à rompre avec le sombre passé du règne de son père pour entamer un nouveau départ. C’est ainsi qu’en 2012, il fonda son propre parti, Union pour la République. Mais chassez le naturel, il revient au galop. Cette rupture annoncée, en réalité, n’était qu’une manœuvre trompe-l’œil. Faure Gnassingbé a changé le nom de l’ancien parti unique pour mieux appliquer les méthodes décriées du passé.

Avec le fils, le coup de force est permanent, les fraudes électorales sont beaucoup plus sophistiquées et prononcées, les tripatouillages constitutionnels banalisés, la violence est omniprésente, le recours à la force et à la peur, érigées en mode de gouvernance, la corruption est endémique, bref Faure Gnassingbé se donne tous les moyens pour rester au pouvoir indéfiniment.

« Pire que le parti unique parti Etat que nous avons connu durant les années de plomb et de l’obscurité fondamentale, nous avons maintenant des appareils ultra dominants dirigés par des chefs d’Etat qui manipulent les constitutions en fonction de leur désir de s’éterniser au pouvoir. Autrement dit la constitution et le corpus institutionnel sont désormais au service exclusif du Chef de l’Etat qui confisque la souveraineté du peuple à travers des hold-up électoraux, des mascarades électorales », déplore l’universitaire que nous avons cité plus haut.

Dynastisation de la République

On aurait pensé que Faure Gnassingbé qui a pris le fauteuil de son défunt père et qui vit toujours de la tragédie d’une dévolution monarchique du pouvoir, œuvrerait, après quatre mandats présidentiels, pour que la démocratie et l’alternance politique au sommet de l’Etat auxquelles aspirent ardemment par les Togolais deviennent enfin une réalité. Que nenni ! Le fils fait pire que le père.

On le sait, le pouvoir est si grisant qu’il fait perdre la tête à nos dirigeants. Le goût immodéré des Africains pour le pouvoir a conduit certains chefs d’Etat aux pires excès et dérives. Justement, guidé par une soif inextinguible du pouvoir, les tenants de l’ordre ancien ont usé des méthodes dignes des anciens régimes soviétiques pour instituer une monarchie rampante au Togo. En faisant adopter nuitamment et en catimini une nouvelle Constitution qui bascule notre pays dans un régime parlementaire. Les Togolais se sont réveillés un beau matin et on leur a annoncé qu’ils ont une nouvelle Constitution et qu’ils sont de plain-pied dans un nouveau régime et dans une 5ème République. C’est aussi ça le Togo des Gnassingbé !

La manœuvre est bien rôdée : permettre au fils du père de rester au pouvoir et de se ménager la présidence à vie. Ce coup d’État constitutionnel a provoqué une vague d’indignation et de consternation dans l’opinion. Plus scandaleux, le peuple n’a pas été consulté et le mandat des députés qui ont commis cette forfaiture avait expiré depuis des lustres. Face à la levée de boucliers, Faure Gnassingbé avait renvoyé le texte controversé à l’Assemblée nationale pour une deuxième lecture. Mais ce n’était qu’une diversion puisque fondamentalement, rien n’a changé dans la nouvelle Constitution qui a été adoptée le 19 avril et promulguée le 7 mai 2024.

C’est dans cette impasse qu’ont eu lieu le 29 avril les élections législatives et régionales, une véritable mascarade électorale où le régime de Faure Gnassingbé s’est octroyé un score à la soviétique de 96% des voix. On n’a jamais organisé des élections démocratiques, justes et équitables dans un régime autocratique qui plus est, au Togo, la plus vieille dictature familiale en Afrique, connue pour être une championne toute catégorie confondue, des fraudes électorales.

Comme on pouvait s’y attendre, le régime de Faure Gnassingbé n’a pas lésiné sur les moyens. Utilisant grassement les moyens et les ressources financières de l’Etat qu’ils ont confondus à leurs poches, cheffe du gouvernement, ministres, cadres du parti présidentiel, députés, hauts fonctionnaires de l’Etat, etc. se sont déployés sur le terrain pour acheter les consciences et surtout les membres des bureaux de vote, organiser des bourrages d’urnes, des violences sur les délégués des partis d’opposition, la manipulation et le traficotage et des procès-verbaux et des résultats, etc. A l’arrivée, le parti au pouvoir s’est offert tous les sièges et n’en a concédé que 5 à l’opposition.

Dans certaines circonscriptions électorales, les fraudes étaient si flagrantes que certains responsables de l’opposition ont témoigné avoir appelé le président de la CENI Yabré Dago qui a pris soin d’aller constater de visu ce qui se passait dans les bureaux de vote. Malgré tout, il ne s’est pas empêché de valider les résultats frauduleux. A son tour, la Cour Constitutionnelle a balayé d’un revers de la main tous les recours introduits par les candidats. La CENI et la Cour Constitutionnelle sont des institutions « 3P » (partisanes, partiales et partielles) qui ont toujours été les chefs d’orchestre des mascarades électorales dans notre pays.

« Suite à la proclamation des résultats définitifs des élections législatives du 29 avril 2024, la DMP constate que le régime en place, obnubilé par sa volonté de se maintenir au pouvoir s’est encore une fois servi des institutions impliquées dans la gestion des élections pour proclamer des résultats truqués, malgré les recours formulés par les têtes de listes DMP afin que la vérité des urnes soit rétablie. La DMP estime que les résultats des élections législatives du 29 avril 2024 ne correspondent à aucune réalité et affirme que ces élections n’ont aucune crédibilité », a dénoncé lundi la coalition des partis d’opposition.

Ces élections frauduleuses qui ont permis de verrouiller davantage le pouvoir de Faure Gnassingbé, consacrent l’hégémonie et le retour du parti unique au Togo.

Médard A.

source : Liberté Togo

Source : 27Avril.com

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