Chronique de Kodjo Epou : Lorsque table-banc devient lit picot à l’Ecole

Collégiens togo

J’y réfléchis toujours et toujours je ne comprends pas. Mais des pistes sillonnent ma tête qui pourraient mener vers les causes: le Togo est malade parce que les autorités ne dirigent pas le pays mais, au contraire, l’abîment.

Par Kodjo Epou

Le scandale du sexe dont se sont rendus coupables des élèves indélicats, en plein jour, des table-bancs transformes en lits picot, nous montre à quel point le Togo défiguré ouvre devant nous une page sombre sur laquelle il est impossible de lire les moindres écritures de fierté.

Cette histoire de baisodrome filmé à l’école n’est que l’effet d’une lourde dégringolade de notre société. C’est choquant. Mais qu’on ne range pas ce scandale monstrueux au rang de simples faits divers puis attendre un autre. Maintenant, après l’emotion générale, il faut apprendre et retenir que ceci ne peut pas être une affaire de police. C’est loin du commissariat, beaucoup plus en amont, par une étude très poussée, qu’il faut chercher les causes réelles de cette dépravation collective qui n’a rien à voir avec une quelconque influence de mœurs occidentales. On n’a jamais entendu que des élèves américains ou européens se sont déjà livrés à de telles choses, en groupe, le jour, dans leurs établissements.

C’est dire que ce qui s’est passé à Lome est, à plus d’un titre, inédit, unique, surtout interpellateur. Parents et gouvernants sont à blamer. Les gouvernants en premier lieu et beaucoup plus. Que font-ils, ces derniers, pour soulager les premiers de leurs misères et, de facto, amoindrir cette pauvreté aiguë qui pousse beaucoup de nos élèves (filles) à des actes délictueux comme la prostitution devenus trop frequents? Si on cherche, on trouvera que la plupart de ces lycéennes sont forcées de se prostituer, soit pour trouver les moyens de s’embellir et de s’alimenter, soit pour glaner ici et la quelques pitances pouvant soulager les parents à bout de souffle. Ce qu’il faut, enfin, si on ne veut pas multiplier les prisons à la place des lycées modernes avec leurs services sociaux, c’est un discours radical sur l’école et une volonté politique forte de faire d’elle, par les moyens appropriés, une priorité à défendre, à valoriser. L’Ecole avant l’Armée, c’est aussi simple que cela.

Ces scenes de porno « in live » avec des drogues en apéro, concomitamment produites dans plusieurs écoles, ont l’air d’avoir été soigneusement organisées par des mains obscures qu’il faudra démantelées et punir. Ici aussi, il se trouve que les malfrats dans ces genres de crimes, trop souvent, se réclament du giron des barons au pouvoir si ce n’est du chef de l’Etat lui-même. Sacré Togo, tous les « bad guys » se disent amis et/ou conseillers du président. En tout état de cause, il y a des événements qu’on ne doit pas chaque fois catégoriser dans les faits divers. Était-on allé plus loin dans les recherches pour savoir à quoi rimait cet infâme théâtre du « revenant de Tokoin-Dogbeavou »? Ce sont-là des escalades rares qui sont, malheureusement, le parfait reflet de notre pays.

Le Togo n’est pas gouverné et s’est retrouvé, au fil des ans, sur une pente dramatique. Le redressement de la barre incombe aux officiels, par des mesures draconiennes, par les exemples de bonnes moralités au sommet, du haut vers le bas. Malgré la misère, les parents ont eux aussi leur partition à jouer.

Rien ne gouverne un pays mieux que les lois et leur respect scrupuleux par ceux qui occupent les postes phares dans la société car, ce sont eux qui sont dans les cameras tous les jours, ce sont eux que ces jeunes élèves voient et tentent d’imiter. Toujours est-il que cette histoire donne du vertige parce qu’elle dépasse l’entendement humain.

Kodjo Epou

Source : 27Avril.com

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