CAN 2017: comprendre l’affaire des 600 millions perdus (Enquête) [Acte2]

Photo: togotribune.com

Cet article est une suite d’un autre article publié sur le même sujet.

Sur un budget total de 124 millions de F CFA, les fournitures vestimentaires officielles pour la Coupe d’Afrique des nations Gabon 2017 auront coûté à l’État togolais la bagatelle de 76 millions de FCFA. Dans son rapport, l’auditeur dit n’avoir pas retrouvé le reste de l’argent. C’est une autre paire de manches sur laquelle nous reviendrons. Concrètement, à quel prix le prestataire a-t il livré la commande au ministère en charge des Sports qui a souhaité gérer lui-même ce volet de l’organisation ?

La Commission d’Organisation mise en place à cet effet dit ne s’être jamais mêlée. Une frustration pour certains membres, qui l’expriment d’ailleurs à qui veut les entendre. « Si nous en sommes encore ici aujourd’hui à parler de cette affaire, c’est par la faute d’une seule personne… ». Sans le nommer, notre interlocuteur nous oriente vers le ministère en charge des Sports.

A notre question de savoir s’il pense que le ministre Guy Lorenzo a quelque chose à avoir là-dedans, sa réponse est vague, mais en même temps certaine. « De toutes les façons, c’est lui le président du Comité ad hoc de Supervision », a-t-il répondu furtivement.

Dans le document auquel nous avons eu accès et que nous passons en fac-similé, le costume aura coûté 235.000 FCFA ; les chemises 50.000 FCFA l’unité (2) ; la cravate a coûté 20.000 FCFA; la ceinture 50.000 FCFA ; les paires de chaussettes 7000 FCFA l’unité (2) et la paire de chaussures aura coûté 140.000 FCFA. Le nœud papillon à 20 000 FCFA. 85 personnes, membres de la délégation sont concernées.

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Le rapport d’évaluation des offres mentionne aussi ces détails qui attirent notre attention. Précisons en outre que les tenues pour les supporters sont chiffrées à 29 millions FCFA. La quantité du matériel est importante : 1000 T-shirt, 1000 polos et 2000 casquettes. Tout le monde a été servi, d’abord les deux groupes de supporters, ensuite des lots de matériels ont été donnés aux différentes institutions de la République, à certaines ambassades et enfin aux ministères.

Le reste du matériel (la plus grande partie) a été acheminé au Gabon. Comment et pourquoi a t-on acheté une paire de chaussures à 140.000 FCFA pour les joueurs ? Une ceinture à 50.000 FCFA, une chemise à 50.000 FCFA, un costume à 235.000 FCFA, le tout qui ne sera finalement porté par personne, à part certains membres de la délégation?

Ce qui est curieux, le rapport d’audit du cabinet IIC n’a pas décelé de surfacturation et surtout la qualité douteuse de l’ensemble des produits. Selon une anecdote, le ministre Guy Lorenzo aurait brandi devant un interlocuteur un échantillon du tissu en déclarant que c’est le même que le chef de l’Etat utilise pour ses costumes.

Le ministère en charge des Sports pouvait-il annuler l’appel d’offres s’il estime les coûts des soumissionnaires excessifs ? Pour comprendre, nous avons demandé l’avis d’un expert en passation de marché.

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« Quand aucun prestataire n’est conforme pour l’essentiel, on peut annuler la commande et la relancer. De même, quand les montants proposés dépassent le budget prévisionnel, dans le cas des travaux et fournitures où il n’est pas autorisé des négociations, on peut également annuler ».

Dans le cas ici, le responsable des marchés publics du ministère de la Communication, de la Culture, des Sports et de la Formation civique renseigne que ceux qui ont travaillé sur le dossier (la Commission d’Évaluation), ont tenu compte du délai de livraison qui est un facteur qui fait varier le coût.

« La même commande qui doit être livrée en deux semaines, un mois ou en trois mois, n’aura pas le même coût. Et quand vous regardez les coûts proposés, cette variable a été véritablement prise en compte par les prestataires », précise t-il. Au ministère, dans ce dossier, le facteur temps a été toujours avancé pour justifier nombre d’actions.

Dans une correspondance datée du 29 décembre 2016, sur instruction du ministre Guy Madjé Lorenzo, le responsable des marchés publics du ministère des Sports demandait à la Directrice nationale du contrôle des marchés publics l’autorisation de recourir à la procédure d’entente directe avec tous les prestataires dans le cadre de la participation des Éperviers à la CAN Gabon 2017.

« La DNCMP ne trouve aucune objection à vous autoriser la procédure sollicitée », avait répondu Mme Kassah-Traoré juste le lendemain. Ce qui est curieux ici aussi, c’est que, sans l’aval de la Direction nationale du contrôle des marchés publics, le ministère en charge des Sports avait déjà engagé la procédure d’appel d’offres restreint, un mois plus tôt.

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La procédure engagée, quatre sociétés spécialisées dans l’habillement ont été sélectionnées. Trois dossiers soumis par la FTF au ministère des Sports (PALMARES, RUSTICASA TOGO, Ets RICH FIL) et une quatrième société dont il est dit spécialisé dans l’habillement sportif, choisie cette fois par les services du ministère (FIRST VISION INTERNATIONAL).

Joint au téléphone, le Secrétaire général de la FTF, Pierre Lamadokou confirme l’envoi des trois sociétés à la commission. La précision ici, c’est que First Vision International, contrairement aux trois premieres, n’a pas postulé.

A la Commission de passation des marchés publics, on dit l’avoir mise au hasard (sic) dans le coup, parce que se trouvant dans la base de données des fournisseurs, afin de faire profiter l’État de l’avantage du jeu de la concurrence. C’est la règlementation en matière d’achat public qui l’exige, selon nos informations.

Sauf qu’ici, ils sont déjà 3 prestataires (PALMARES, RUSTICASA TOGO, Ets RICH FIL. La proposition de FIRST VISION INTERNATIONAL aurait dû être annulée. Ce qui n’a pas été le cas. Et à la fin, c’est cette société proposée par les services du ministère, qui remporte le marché. Curieux ! C’est en ce moment que nous avons décidé de comprendre.

Source: L’Alternative No 667

Source : www.togoweb.net

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