« Babaku », la légende kabyè qui traverse le temps

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Conter des histoires qui hantent son imaginaire. C’est ce à quoi s’attèle depuis un moment le conteur et Délégué National aux Affaires Intérieures du Parti des Togolais. Dans une sortie au cours de la semaine, Gnimdéwa Atakpama revient sur un personnage légendaire de la cluture Kabyè. Un révolutionnaire né, s’il faut le nommer ainsi: « Babaku », ou le raphia. Face à la colonisation, celui-ci a réuni le peuple kabyè pour un même combat : celui pour la liberté. Lecture!

Portraits à la Nietzche

« A l’aide de trois anecdotes, on peut faire le portrait d’un homme. » disait Nietzche.
Périodiquement, je vais proposer ici trois anecdotes marquantes de la vie de personnalités qui hantent mon imaginaire.
Aujourd’hui, je vais vous parler de Tchoyou Solu Bali dit Babaku

Tchoyou Solu Bali dit BABAKU

1/3 L’homme-raphia

Nous sommes vers 1900 en pays kabyè. Longtemps resté à l’écart des grands courants de civilisations européenne et arabe, le peuple kabyè subit le traumatisme d’une imposition étrangère. Une première ! L’humiliation est grande pour ce peuple de tradition guerrière qui avait jusque-là réussi à préserver sa liberté ! Désormais, il doit obéir aux ordres des Allemands sans la moindre contestation au risque de représailles sauvages.

Un jeune garçon de Tchitchao semble avoir porté plus que les autres le poids de cette humiliation. Il rêve de revanche et de retour à l’ordre ancien.

Enfant, Tchoyou Solu Bali a déploré la division politique et militaire de ses pères et aînés.
En effet, des kabyè avaient pour ennemis inconciliables d’autres kabyè. Au sein de coalitions définitivement formées, les sous-groupes se portaient automatiquement secours en cas de guerre contre d’autres sous-groupes du même peuple.

Tchoyou Solu Bali sait déjà qu’il doit changer cette situation. Mais il doit aller étape après étape.

Mais il est confiant. Aujourd’hui il vient de faire le premier pas, le plus important : l’initiation à la classe d’âge des évala!
Un vieux s’est adressé à lui en ces termes :

« Aujourd’hui, tu t’assieds sur la pierre des grands. Il te faut apprendre à travailler sérieusement pour être capable de nourrir une famille. Dorénavant, si quelqu’un te provoque, tu as des poings pour répliquer et tu sauras te défendre s’il te menace. »

Après les multiples épreuves sportives dont la lutte, des exercices d’endurance pour se préparer à sa propre défense et à celle de sa communauté, Tchoyou Solu Bali doit se donner un prénom traduisant sa philosophie de la vie. Il choisit Babaku, un nom dérivé de Babawu, c’est-à-dire raphia, plante qui poussait abondamment en pays kabyè à l’époque.

Dès lors, seuls ses aînés ont le droit de l’appeler par les noms qu’il portait avant son initiation.

2/3 La révolte Babaku

1915. la première guerre mondiale bat son plein. Au Togo, les hostilités n’avaient été ni longues ni spectaculaires. Les deux faits marquants avaient été la « bataille de Chra » le 14 août 1914 et la reddition allemande le 26 août 1914 à Kamina. Le Togo est tout de suite partagé entre les Français et les Anglais.

Préoccupées par la guerre sur d’autres fronts notamment en Europe, les deux puissances n’avaient ni le temps ni les moyens humains, matériels et financiers pour affermir leurs autorités sur les territoires arrachés à l’Allemagne.

C’est dans ce contexte que Tchoyou Solu Bali dit Babaku lance un mouvement de contestation généralisée connu aujourd’hui sous le nom de « révolte Babaku ».

Parti de Tchitchao, la révolte s’est étendue à tout le pays kabyè.
Pour la première fois dans l’histoire, un kabyè avait réussi à fédérer les résistants des sous-groupes autrefois ennemis autour du dessein d’une unité d’action face à l’envahisseur étranger.

A l’époque de la conquête allemande, les sous-groupes avaient résisté séparément ou au sein de leurs coalitions traditionnelles.

Devenu chef religieux, Babaku a réussi à imprimer sa marque en exploitant la ferveur religieuse des kabyè, leur profond attachement aux traditions et coutumes ancestrales et leur exaspération face aux abus du pouvoir colonial.

La mystique développée autour de sa personne était si efficace que les gens venaient le voir en pèlerinage.

Pour pousser dans les rangs des insurgés, ceux qui hésitaient encore, Babaku recommandait à ses partisans de se ceindre les pieds et le cou de fibres de raphia afin de se rendre invulnérable aux balles des fusils.

3/3 L’impossible retour à l’ordre ancien

La réplique française a été lente. Les préparatifs de l’intervention française étaient connus des insurgés. Aussi ces derniers se préparaient-ils à la résistance. En février 1916, les troupes françaises conduites par le sous-lieutenant Boucabeille engagent les hostilités contre Babaku et ses guerriers. Mais les Kabyé ne font pas le poids avec leur modeste équipement militaire face aux armes à feu dont le colonisateur avait doté ses troupes.

Défait, Babaku négocie sa réddition. Il sera sommairement jugé et condamné à 20 ans de prison. Mais nul ne sût dans quelles conditions il avait purgé sa peine, ni comment il était mort.

On raconte qu’il aurait été promené à travers le pays kabyè dans le but de détruire définitivement son mythe.

Gnimdéwa Atakpama

Source : www.lomechrono.com

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