Au Togo, même les discussions politiques dans ta cuisine sont interdites

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Le cauchemar que vivent les Togolais depuis près de 60 ans a pris un tournant inquiétant ces dernières années. La situation s’est empirée depuis 2020 avec le ènième hold up électoral opéré par le clan au pouvoir. Ce dernier en a profité pour tout verrouiller, rétrécissant l’espace civique et confortant la position du Togo dans les monarchies où le prince peut disposer de la vie ou de la mort de ses sujets.

Ce plan impensable dans une démocratie a d’ailleurs commencé bien avant 2020. Dans une sortie, Gilbert Bawara, cet autre cacique du régime en place, déclarait qu’il « n’y aura plus de 19 août au Togo », faisant allusion aux grandes manifestations déclenchées par le Parti national panafricain (PNP) le 19 août 2017 au Togo, qui a abouti à l’installation de la Coalition des 14 partis de l’opposition (C14) et fortement secoué le clan au pouvoir.

Depuis cette déclaration, le régime n’a cessé de fermer l’espace civique, interdisant tout regroupement, toute réunion, bref, toute manifestation des partis politiques de l’opposition et des organisations de la société civile togolaise légalement constitués.

En mai 2019, profitant de la présence des « députés mal élus » acquis à sa cause à l’Assemblée nationale, il a fait non seulement réviser la Constitution pour remettre le compteur à zéro à Faure Gnassingbé, mais aussi adopter le 7 août 2019 la loi sur les manifestations qui restreint sévèrement la liberté de manifestation au Togo.

Le 28 décembre 2019, le régime interdit une manifestation de la société civile qui devrait se rassembler pour exiger « la libération des citoyens arrêtés lors des manifestations politiques » dans le pays.

En juin 2022, le ministre de la Sécurité, Yark Damehame interdit une manifestation de la DMK, une organisation regroupant 7 partis de l’opposition et 6 organisations de la société civile, qui voulait protester contre la vie chère, la mauvaise gouvernance et l’impunité.

Le 26 mai 2023, une rencontre de responsables politiques et acteurs de la société civile du Togo, au Centre Brother home à Lomé, est interdite. Reportée au 9 juin, le pouvoir, au mépris de la Constitution, réitère l’interdiction d’une rencontre pacifique, sans danger pour l’ordre public.

Le 15 avril 2023, la manifestation de Togo Debout pour relever les manquements contenus dans le rapport sur la gestion des fonds de Covid-19, a été interdite par le pouvoir. Avant cela, un meeting prévu le 1er avril avait aussi été interdit.

Une cérémonie de lancement d’un projet sur la liberté d’association et de réunion au Togo, porté par l’Ong Solidarité et action pour le développement durable (SADD), les Universités sociales du Togo (UST), le Syndicat national des praticiens hospitaliers du Togo (SYNPHOT), entre autres qui devrait se tenir le 11 octobre 2023 à l’agora Senghor à Lomé, a été empêchée.

En janvier 2024, la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP) a prévu une manifestation pour protester contre « l’incapacité du gouvernement à organiser les élections législatives dans le délai constitutionnel ». Mais la manifestation, comme d’habitude, a été interdite.

Les Universités sociales du Togo (UST), une plateforme associative composée de 21 organisations de la société civile qui milite pour le respect des droits de l’homme, la démocratie, et fait de la sensibilisation des populations et leur bien-être, a vu nombreux de ses manifestations publiques, conférence de presse, réunion à son siège interdites par les autorités togolaises.

Parallèlement l’on a assisté à des interdictions d’autres manifestations des partis politiques et des organisations de la société civile, même dans leur propre siège. Souvent, ce sont des soldats lourdement armés qui débarquent aux sièges de ces partis politiques ou organisations de la société civile et dispersent les rencontres à coup de gaz lacrymogènes.

C’est le cas encore ce mercredi 27 mars 2024 à Lomé où des regroupements de partis politiques et d’organisations de la société civile, qui voulaient tenir une rencontre avec la presse pour manifester leur indignation contre le « coup d’Etat constitutionnel » opéré par les « députés illégitimes » le lundi 25 mars dernier, ont été empêchés manu militari par des hommes en uniforme.

Et cela dure depuis plusieurs décennies déjà. Au mépris des règles constitutionnelles, le pouvoir en place interdit tout rassemblement dans le pays. Il annihile les libertés et réprime violemment toute manifestation. Des limites du système des Gnassingbé qui se résument à l’arbitraire, au déni de démocratie et de refus de confrontation avec l’adversaire.

Au Togo, les interdictions intempestives et récurrentes du système politique au pouvoir, à l’égard des activités politiques, ont eu pour conséquence majeure la désertion de la liberté d’expression et d’opinion politique alternative, du champ de l’action politique. L’action politique est désormais quasiment interdite pour tout parti politique ou mouvement politique porteur d’une opinion contraire à la volonté du pouvoir. Cette situation met en péril la cohésion nationale et le pouvoir mesure mal les conséquences sociales et sociétales qu’elle pourrait entraîner.

Le pire, c’est que ces partis et organisations ne peuvent même organiser plus une petite réunion dans la plus petite salle au sein de leur siège. Tout porte à croire aujourd’hui que personne n’est autorisé à parler de la politique, du moins de ce qui ne va pas dans le pays. Tous sont appelés à chanter la gloire du monarque. Pas question de discuter, encore moins de critiquer les actes du régime qui portent préjudice à l’héritage commun qu’est le Togo.

A cette allure, même dans leur cuisine, les Togolais ne peuvent parler de leur pays. Puisque la répression systématique est devenue la chose la mieux partagée, un aspect de la démocratie inventé par le clan au pouvoir. D’ailleurs, un cacique de ce régime n’avait-il pas déjà dit que « la répression est un facteur de la démocratie » ?

Source: lalternative.info

Source : 27Avril.com

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