Togo – Un bouton magique pour le changement ?

C’est la question que Maryse Quashie et Roger Folikoue se posent, dans leur chronique « Cité au quotidien » du 30 juillet 2021. Et dans leur réflexion, les deux universitaires démontrent que le changement n’est pas le fruit du hasard, mais la résultante d’un ensemble de paramètres. Ils exaltent la patience, le changement de paradigmes et autres vertus pour un changement, un mieux-être. Lecture.

Cité au quotidien : UN BOUTON MAGIQUE POUR LE CHANGEMENT ?

Nous sommes nombreux à chercher comment faire advenir le changement : parents désireux de voir intervenir une modification dans le comportement de leurs enfants, éducateurs et formateurs espérant des progrès chez les apprenants, conjoints qui voient dans la transformation de leur compagne ou compagnon la source du bonheur, religieux attendant la conversion des fidèles, etc. Toutes ces catégories de personnes ont l’impression de subir une résistance injustifiée à leur désir de changement : comment un enfant peut-il ne pas comprendre que c’est pour son bien que les parents exigent tant de lui ? Comment un époux ne peut-il pas saisir la chance de bonheur qu’il y aurait dans l’acceptation d’une évolution dans son comportement ? Comment un fidèle ne peut-il pas voir que la conversion est la voie du salut ?

En fait, c’est évident, c’est une différence de points de vue qui induit ce hiatus entre demande et refus du changement : quel parent n’a pas entendu son adolescent se lamenter d’être toujours incompris, quel époux ne s’est pas plaint de ce que son épouse cherche à lui imposer telle ou telle conduite ? Par conséquent, il suffit parfois de plus d’explications, de transformation de mots et du ton, mais surtout d’une certaine patience pour obtenir le changement souhaité. Et ce qui montre bien que celui-ci est une question de point de vue, c’est que parfois, ce n’est pas le changement attendu qui intervient, mais un autre qui arrange, malgré tout, les relations.

Pour autant, s’il en est ainsi au plan individuel, pourrait-on appliquer ce schéma au domaine de la vie sociale ? A nous tous militants, à la recherche du changement social, traduit par un mieux-être, un meilleur vivre ensemble, pourrait-on recommander le changement de mots et du ton ? Dit de cette manière, cela semble possible et on a entendu des personnes assurer qu’en parlant autrement aux personnes qui refusent le changement social, on pourrait les amener à admettre la nécessité du changement. Mais est-ce toujours sûr ? S’il en est ainsi, comment expliquer les changements sociaux qui ne se sont produits qu’après la descente de la population dans la rue, comme c’est le cas en Tunisie actuellement ? Le changement de ton n’est-il pas allé dans le sens de plus de fermeté ? Cela signifie surtout que la résistance au changement, loin d’être une simple question d’incompréhension, peut provenir aussi d’un choix délibéré de l’interlocuteur avec des motivations plus ou moins troubles. Mais la patience agissante et inventive doit être la règle.

Venons alors à la question de la patience indispensable. Pour faire advenir le changement social, faut-il de la patience ? Oui, car autant un changement individuel peut prendre plusieurs années, autant un changement au niveau de toute une société peut prendre beaucoup de temps car la vie d’un groupe humain ne se compte pas en années, mais peut-être en décennies et au moins en générations. Cela est souvent très difficile à vivre au plan individuel, mais parfois on n’a pas le choix. La patience serait-elle alors le bouton magique qui ouvre la porte du changement ?

Pour répondre à cette question, il y a une question préalable : qu’est-ce que la patience ? La patience est l’attitude de celui qui se dit qu’il faut donner le temps au temps. Cependant, la patience suppose la conviction que l’événement attendu se réalisera obligatoirement. De plus, cette conviction seule ne suffit pas, sinon on tombe dans une sorte d’attente béate. Non dans le domaine du changement de société, comme dans tout changement d’ailleurs, il ne faut pas croire que les choses se feront toutes seules, que le temps suffit. Ainsi même s’il faut de la patience dans l’action sociale, il ne faut pas confondre cette patience avec l’attente passive. En effet, la patience, nous l’avons dit, est fondée sur la foi dans la nécessaire réalisation du changement souhaité, mais elle signifie aussi l’assurance que sans l’action de celui qui souhaite ce changement il ne se passera rien. Car, il faut un temps donné pour qu’une plante germe, pousse, donne des fleurs et des fruits ; ce processus n’a pas lieu sans l’action du jardinier qui arrose, bêche, désherbe, etc. De même aucune évolution du vivre-ensemble ne peut se faire sans l’action des citoyens.

Ainsi la patience exige de la confiance en soi comme acteur indispensable du changement social ce qui donne une certaine résistance au découragement et au désespoir face aux diverses résistances, de mauvaise foi et souvent malfaisantes. Devant ces résistances, la patience encourage à essayer de multiples stratégies en vue de la réussite (cela résout en même temps la question du changement de ton). Mais surtout la patience exige beaucoup d’humilité, celle qui fait dire à l’acteur social : « je ne ferai pas tout, tout seul ». Ensemble devient ainsi un des maîtres-mots de l’action sociale. Mais pour aller encore plus loin, l’humilité, qui consiste à savoir passer le relais, à donner confiance à ceux qui prennent la suite, à ceux qui constituent la génération suivante. Ils feront aussi bien, sinon mieux que la génération présente. Ce qui importe, c’est la réussite, qu’elle vienne de notre action ou pas, qu’elle survienne à notre époque, de notre vivant ou pas. C’est à ce prix que la patience devient le bouton magique sur lequel appuyer lorsqu’on recherche le changement. Pourquoi montrerions-nous aujourd’hui cette patience ? Parce que chercher le bien-être du plus grand nombre, un meilleur vivre-ensemble, ne saurait être une cause perdue. Et finalement, c’est dans cette cause même que se trouve la clé magique du changement. En effet, qui pourrait prétendre que chercher le bien commun est une cause indéfendable ? Qui oserait affirmer qu’il vaut mieux défendre la réussite individuelle plutôt que le bien-être commun, la pauvreté de la majorité à cause d’un partage des richesses sans équité grâce à la corruption, aux détournements et autres malversations ? Et la preuve que la meilleure cause est celle qui reconnaît aux citoyens une égale dignité, c’est que ceux qui résistent aux tentatives et aux demandes pour que l’on aille vers le changement prétendent qu’ils agissent pour le bien de tous ; ils habillent leurs actions des mots de la justice et de la sincérité tout en luttant contre la démocratie et l’Etat de droit.

L’avenir est dans la recherche de la vérité et de la transparence, de l’équité et de la justice ; c’est pourquoi nous serons patients, c’est pourquoi nous persévérerons. C’est pourquoi nous continuerons patiemment la lutte, mais avec l’assurance que le changement peut advenir plus tard, mais aussi tout de suite et maintenant, grâce à notre confiance en nous-mêmes, à notre confiance en la justesse de notre cause. Aucune résistance de mauvaise foi, aucun acte malveillant n’y changera quoi que ce soit. Le changement social passe par le changement de représentations sociales, de paradigmes et c’est à notre portée.

En définitive, citoyens togolais épris de changement, ne feriez-vous pas vôtre cette affirmation de Desmond Tutu : « Faites le bien par petits bouts, là où vous êtes car ce sont tous ces petits bouts de bien, une fois assemblés, qui transforment le monde» ?

Lomé, le 30 juillet 2021

Source : icilome.com

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