Togo: Un appartement d’Yvonne Bawizibadi Gnassingbé à Dubaï au cœur d’une lutte de succession

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Yvonne Bawizibadi Gnassingbé

En dehors de ses biens mal acquis dont une forte somme d’argent planquée dans une banque en Suisse, la famille Gnassingbé qui trait le Togo depuis bientôt 60 ans, se fait parler d’elle dans d’autres paradis fiscaux. Les données de Dubaï révèlent l’intérêt que portent cette famille et ses proches pour cette ville où ils disposent de nombreux biens dont des appartements.

La fratrie Gnassingbé est estimée à plus d’une cinquantaine de personnes. Le géniteur Étienne Gnassingbé Eyadema qui multipliait les conquêtes féminines n’avait pas tous ses enfants sous le même toit, tant ils étaient de différentes mères. Durant les 38 ans de règne de leur père, certains enfants se distinguaient par leurs dérapages, leur prodigalité, les courses dispendieuses, l’usage des armes à feu contre les manifestants de l’opposition, etc.

À la mort de leur père le 5 février 2005, deux se sont particulièrement investis pour la prise sanglante du pouvoir (près d’un millier de Togolais tués selon le rapport de la LTDH), notamment Kpatcha Gnassingbé et Faure Gnassingbé. La fratrie Gnassingbé en commençant par le père, contrôle des pans entiers de l’économie du pays, soit directement soit par des prête-noms.

De 1968 en 1998, les Suharto avaient fait main basse sur l’économie de l’Indonésie. C’est le cas aussi des Gnassingbé qui prennent en otage tout un pays, le Togo depuis 1963.

Yvonne Bawizibadi Gnassingbé épouse Walla-Azoumaro, pharmacienne de son état, décédée il y a plus d’un, avait également sa société et disposait de la faveur de sa famille qui détient tous les leviers du pays.

La société SOTOMED, la vache à lait « de la princesse ».

Yvonne Bawizibadi et Innocente Naka Gnassingbé ont pour mère Angèle Abla AYASSOU, cette dernière originaire de Kouvé et parent de feu Apollinaire Yawovi Madji AGBOYIBO. Les deux dames ont un demi-frère du nom d’Yves Lawson. Yvonne Bawizibadi, très discrète est l’une des rejetons de feu Gnassingbé Eyadema à aller au bout de ses études supérieures.

Diplômée en pharmacie, elle lance en mars 2001 la Société Togolaise de Médicaments (SOTOMED) pour récupérer un vaste marché en souffrance après la faillite de TOGOPHARMA.

Dans l’annuaire des pages jaunes des entreprises africaines, on peut lire ceci : « SOTOMED est une société commerciale spécialisée dans la vente des produits pharmaceutiques au Togo. La force de vente des commerciaux, la bonne stratégie marketing et l’organisation classique nous font compter parmi les meilleures sociétés de la place. À SOTOMED c’est la livraison directe en pharmacie des produits pharmaceutiques, vente des produits pharmaceutiques. Ses partenaires sont entre autres : DISTRIMEX, EPDIS, TONGMEI, LABORATOIRE, PIEX, TRIDEM PHARMA et plein d’autres. »

En gros, dans le jargon de la distribution des produits pharmaceutiques, SOTOMED est un grossiste répartiteur privé.

La SOTOMED dispose de tous les passe-droits (fisc, douanes, taxes). Il ne pouvait en être autrement pour une fille à papa. La SOTOMED, c’est l’exclusivité de la livraison des centres étatiques et paraétatiques, notamment les CHU, CHR sur l’ensemble du territoire. Tous les marchés du ministère de la Santé lui reviennent de droit, de même qu’une grande partie des livraisons de l’armée, en tout cas jusqu’à une récente période.

La SOTOMED alimente également le juteux marché de vente de médicaments au grand marché de Lomé, un circuit illicite, mais toujours protégé par des mains obscures, malgré les conditions douteuses de conservation et la non qualification des vendeurs. Enfin, dame Yvonne Bawizibadi Gnassingbé, parallèlement à sa société de distribution des médicaments, s’était installée au grand marché de Lomé où elle s’investissait dans l’importation et la vente des pagnes avec son corollaire de scandale sur la qualité.

Un appartement à Dubai au centre d’une lutte de succession

Les dirigeants africains, les membres de leurs familles et leurs proches mettent beaucoup d’argent de la corruption dans l’immobilier à l’étranger, pendant que dans leur propre pays, on remarque un désert de logements sociaux. Le journaliste français Thomas DIETRIECH, condamné et expulsé du Togo à la suite d’un procès expéditif, après une arrestation musclée pour l’éloigner de la mascarade électorale opérée lors des législatives et régionales du 29 avril dernier, s’est lancé à la recherche des biens mal acquis de Faure Gnassingbé et ses proches. Sa première capsule diffusée sur les réseaux sociaux montre des résidences onéreuses à l’abandon, menaçant ruines, et qui n’ont pour résidents que des serpents et autres reptiles depuis des années.

Tout comme Faure Gnassingbé, d’autres membres de la famille qui régente le Togo depuis plus d’un demi-siècle, disposent de biens à l’étranger. Tout ça, avec l’argent du contribuable. Dans les données de Dubaï apparaît un appartement immatriculé au nom de Bawizibadi Gnassingbé épouse Walla-Azoumaro. Situé dans la région de Marsa Dubaï TFG Mari Commercial sous le numéro 121-0, cet appartement est d’une valeur 223 931,52$ soit 136 381 202 de F CFA. Un appartement et d’autres biens aujourd’hui au centre d’un conflit de succession.

Yvonne Bawizibadi Gnassingbé s’est mariée avec Charles Walla-Azoumaro le 18 décembre 2010. Le couple qui vivait ensemble depuis 2003, a deux garçons. Yvonne Bawizibadi Gnassingbé décède le 28 février 2023 suite à un AVC. Pendant qu’elle était en soins intensifs au pavillon militaire du CHU Sylvanus Olympio à Lomé, son mari qui était à son chevet, a été interpellé par les services de renseignement, interrogé à plusieurs reprises sur les circonstances de la crise de sa femme et jeté en prison avec pour le chef d’inculpation « omission de porter secours ».

Le sieur Charles Walla-Azoumaro n’a pas été informé du décès de sa femme, ni autorisé avec sa famille à assister aux obsèques. Il croupit à la prison civile de Lomé depuis le 13 mars 2023.

Selon Me Mawaba SONGUE-BALOUKI, Docteur en droit et avocate au barreau de Marseille qui a consacré une sortie sur TikTok à cette affaire, Charles Walla-Azoumaro, ingénieur informaticien formé en Allemagne et Directeur général du groupe AFRIATECH SARL (African Advanced Technology), est victime d’un règlement de compte et d’une vengeance de la part de sa belle-sœur Innocente Naka Gnassingbé, veuve De Souza et Directrice générale de l’ANPGF (Agence Nationale de la Promotion et de Garantie de Financement des PME).

Il faut le préciser, les conflits de succession dans la famille Gnassingbé se règlent parfois avec la manière des cowboy (un combat au cours desquels aucune règle n’est définie). Les bisbilles entre Kpatcha Gnassingbé et Faure Gnassingbé autour d’une partie de la fortune de leur père, 3 800 milliards de F CFA planquée dans une banque à Lausanne en Suisse (la rédaction du Journal L’ALTERNATIVE y avait consacré une enquête il y a plus de 16 ans), ont débouché sur l’attaque à l’arme lourde du domicile du premier, suivie de son arrestation, son jugement et sa condamnation à 20 ans de réclusion criminelle, à la déchéance civique et à la confiscation générale pour complot formé pour préparer un attentat contre la sûreté intérieure de l’État. Il est aujourd’hui malade en prison, mais son frère (Faure Gnassingbé) refuse de le libérer.

Charles Walla-Azoumaro subit visiblement le même traitement car, selon Me Mwaba SONGUE-BALOUKI, le chef d’accusation d’omission de porter secours est juste inventée pour le jeter en prison. Il s’est occupé de son épouse qu’il a évacué dans une clinique de la place tout en prenant soin d’informer sa belle-famille.

Alors qu’il était au chevet de sa femme encore dans le coma, sa belle-sœur Innocente Naka Gnassingbé s’est invitée au domicile du couple pour sceller la chambre principale avant de revenir plus tard ramasser dans deux valises les bijoux et autres effets précieux de sa sœur pour une destination inconnue. Tous les biens (terrains bâtis et non bâtis) du couple sont en train d’être confisqués par la belle-sœur, y compris ceux immatriculés au nom du monsieur.

L’appartement de Dubaï est également dans le lot des biens que la belle-sœur cherche à récupérer. Charles Walla-Azoumaro est déjà séparé de ses deux garçons, il va devoir perdre des biens y compris ceux qu’il a lui-même acquis à la sueur de son front.

Ses proches sont persuadés que son maintien en détention par des juges qui reçoivent des ordres de la hiérarchie et des tiers, n’est pas lié à une quelconque omission de porter secours, mais a pour but de le neutraliser afin qu’il ne prétende à aucune succession.

Les biens mal acquis, source des malheurs de l’Afrique, se retrouvent souvent au cœur de drames familiaux. C’est le cas actuellement de l’appartement de Dubaï au nom de Yvonne Bawizibadi Gnassingbé.

©L’ALTERNATIVE et OCCRP

Source : 27Avril.com