Togo : Séminaires gouvernementaux délocalisés pour quels résultats ?

C’est une des innovations (sic) de Victoire Tomegah-Dogbe, les séminaires gouvernementaux délocalisés. C’est la ville de Kpalimé qui a été l’heureuse élue de cette rencontre itinérante du gouvernement les lundi 12 et mardi 13 septembre derniers. En attendant la prochaine. Pendant qu’on y est, à quoi servent au juste ces fameux séminaires?

« Ouverts hier à Kpalimé sous la présidence du chef de l’Etat, Faure Gnassingbé, les travaux du séminaire gouvernemental se sont poursuivis ce 13 septembre 2022, avec des échanges thématiques sur des secteurs prioritaires à l’instar de l’urbanisme, de la santé et de la promotion des investissements privés. Avec l’appui de partenaires techniques et d’experts, les membres du gouvernement ont réfléchi aux mécanismes idoines permettant d’accélérer la mise en œuvre des projets d’aménagement urbain, la généralisation de l’assurance maladie et la promotion des investissements directs étrangers (IDE). Au sujet de la protection sociale, les actions du gouvernement vont viser la généralisation de l’assurance maladie, notamment à travers la poursuite des réformes du système sanitaire, l’identification biométrique et la création du Registre social unique. La stratégie de développement socioéconomique est soutenue par l’amélioration constante du climat des affaires en vue de renforcer l’attractivité du pays aux investissements étrangers». Voilà un aperçu du séminaire gouvernemental de Kpalimé donné par une communication officielle.

5 séminaires depuis octobre 2020

Le séminaire gouvernemental, on le disait tantôt, est une nouveauté sous la mandature du Premier ministre Victoire Tomegah-Dogbe, guidée par cette incantation de « gouverner autrement ». «Gouverner autrement, cela veut dire que vous devez travailler pour démontrer des résultats. Cela nécessite de la cohérence, de la discipline, de la rigueur. Nous nous sommes focalisés sur un nombre limité de projets, de réformes prioritaires. Nous voulons nous assurer de la coordination, de la collaboration étroite entre différents ministères et surtout engager leur responsabilisation. Vous avez constaté qu’à la fin du séminaire, chaque ministère s’est engagé sur sa feuille de route sur laquelle il sera constamment suivi et évalué et sur laquelle il va rendre compte aux populations togolaises », avait-elle dardé dans une interview accordée au confrère RFI.

La rencontre de Kpalimé était la nième d’une série. Le coup d’envoi avait été donné avec le tout premier séminaire gouvernemental tenu les 12, 13 et 14 octobre 2020 dans les locaux de la Présidence de la République à Lomé. Cette rencontre, avait-on claironné, devrait permettre de définir les bases de collaboration entre les différents ministères et surtout de repréciser les principaux challenges qui attendent le nouveau gouvernement, mais également aux ministères de prendre connaissance des dossiers et priorités du nouvel exécutif. Le second fut délocalisé à Pya et tenu les 25 et 26 juillet 2021. La ville de Kara était l’heureuse élue en novembre 2021 pour la troisième rencontre du genre. Avant le tout dernier à Kpalimé, le chef-lieu de la région de la Kara et de la préfecture de la Kozah accueillait le 1er séminaire gouvernemental de l’année 2022 et le 4e en tout en avril 2022.

« Nous n’avons pas le temps à perdre», s’était enorgueillie la cheffe du gouvernement dans l’interview sus-indiqué. Ces séminaires périodiques sont vantés comme devant permettre de renforcer le dispositif de la mise en œuvre des projets en relevant les bonnes pratiques, les difficultés et autres goulots d’étranglement dans leur exécution et apporter des solutions. La feuille de route gouvernementale, a-t-on déclamé, est construite autour de la vision « Un Togo en paix, une Nation moderne avec une croissance économique », avec quarante-deux (42) projets et reformes dits prioritaires. Mais à quoi servent au juste ces rencontres gouvernementales décentralisées ?

Folklore, dépenses inutiles, diversion…

A quoi servent les séminaires gouvernementaux, nous interrogions-nous. A cette question, il n’est pas difficile de répondre. Les populations cherchent encore la plus-value apportée par ces rencontres, en vain. Bien plus, elles se révèlent budgétivores et donc nuisibles.

En effet, loin des yeux et des oreilles indiscrets, l’organisation de ces séminaires engendre des frais, beaucoup sans doute. Dans certains cas, elle nécessite la construction de tentes climatisées, à des coûts onéreux, de même que des dépenses pour la satisfaction des commodités des membres du gouvernement. Un business pour certains pontes du régime. A côté, il faudra décaisser pour payer les cachets mirobolants des fameux partenaires techniques et/ou experts. En effet, des spécialistes internationaux de renom sont invités à ces rencontres pour coacher ou entretenir les membres du gouvernement. Parmi eux, l’économiste Carlos Lopes et l’ancien patron du Fonds monétaire international (MI) Dominique Strauss-Kahn. On peut imaginer tout ce qu’il faut pour faire venir ces grandes personnalités du monde économique…

A-t-on vraiment besoin de ces fameux séminaires gouvernementaux lorsqu’il y a déjà des conseils des ministres entre-temps annoncés hebdomadaires ou encore des conseils de gouvernement au cabinet du Premier ministre ? Le bien-fondé même de ces rencontres est en question malgré tous les bienfaits qu’on en vante. Une chose est certaine, dans des pays voisins qui progressent à bien des égards et dans beaucoup de domaines, comme au Bénin, au Ghana ou encore en Côte d’Ivoire, on n’a pas écho de l’organisation de ce genre de rencontres. Les ministres rendent compte de leurs actions au conseil des ministres et c’est tout.

Ces séminaires gouvernementaux se révèlent finalement du tourisme gouvernemental et du folklore pour permettre au « Prince » de bénéficier de bain de foule. Il n’est pas inhabituel de voir déployer les populations hôtes sur les lieux, aux alentours ou au passage pour l’acclamer, comme s’i venait de leur décrocher la lune. La tenue de ces rencontres n’apporte en tout cas rien au développement de ces localités. Autre manifestation notoire du folklore, c’est la délocalisation de la rentrée parlementaire à Kara la dernière fois. Ces séminaires sont, au demeurant, une diversion pour bluffer l’opinion et masquer l’échec notoire du gouvernement Victoire Tomegah-Dogbe.

Source : L’Alternative / presse-alternative.info

Source : 27Avril.com