Togo- Quelle alternative à l’économie libérale ?

L’économie libérale est la conception qui consiste essentiellement en l’application aux activités économiques, des principes philosophiques des libéraux, qui découle de la primauté de la liberté individuelle sur toutes les formes de pouvoir.

Ainsi, la liberté d’entreprendre qui fait suite au libre choix des individus, est au bout du fonctionnement de l’économie, et que l’intervention de l’État qui doit être aussi limitée que possible, repose essentiellement sur la théorie de l’équilibre. Pour les tenants de cette thèse, le vice qui conduit les hommes à la recherche de l’enrichissement et de la puissance, produit involontairement de la vertu parce qu’en libérant les appétits, apporte de l’opulence « supposée nuisible » du haut vers le bas de la société.

Du vice à la vertu ! Que dire de la pratique économique adoptée par le régime politique au Togo ?

En observant la pratique de la gouvernance de l’économie adoptée dans notre pays, l’on peut affirmer sans risque de se tromper que le régime économique appliqué dans notre pays est d’obédience libérale du type oligarchique avec comme mot d’ordre : « enrichissez-vous vous[1]même »

Ainsi, depuis l’avènement de Monsieur Faure Gnassingbe au pouvoir, nous avons pu constater l’apparition d’une génération de jeunes dirigeants à la tête des différentes structures publiques, parapubliques et privées de production de notre pays qui se sont succédés autour du chef de l’État pour une gestion qui n’a laissé personne indifférente y compris le chef de l’État lui-même, caractérisée par ce que l’on peut qualifier de tout sauf « une vision souverainiste » pouvant contribuer à l’autodétermination, sans qu’aucune planification du développement ne puisse être mener à bien. C’est la succession des déceptions, un véritable gâchis depuis la DSRP au PND en passant par la SCAPE, avec des pro[1]grammes d’aide au développement depuis l’OMD jusqu’à MCC en passant par l’initiative PPTE.

A tous les niveaux, c’est l’échec programmé et pour tromper l’intelligence des Togolais. On procède soit au changement de la forme juridique, soit à la cession sous forme de privatisation des sociétés d’État. Ainsi de FER, on est passé à la SAFER ; de la SOTOCO, on est arrivé à la NSCT ; de la CEET, on s’est retrouvé à Togo Electricité pour revenir à la CEET ; de l’IFG, on est aujourd’hui à la SNPT et, de Togotelecom et Togocell, on a abouti à Togocom sans pour autant faire un audit de la gestion catatastrophique généralisée dans toutes ces structures, de même que les banques de l’État dont certaines ont été privatisées sans leur passif toxique laissé à la charge du trésor public, sans aucune forme de procès. On est tenté de se poser la question de savoir : à qui profite le crime ?

En effet, toutes ces structures économiques ont toujours été dirigées par des proches du chef de l’État qui se sont tous comportés comme des criquets pèlerins, ravageant tout sur leur passage avec un pillage systématique des richesses herigé en mode de gouvernance.

Agacé, le chef de l’État lui-même a été obligé, dans son discours à la nation du 26 avril 2012 de s’exclamer et s’indigner en affirmant que « la plus forte des injustices n’est-elle pas le développement inégalitaire ? Lorsque le plus petit nombre accapare les ressources au détriment du plus grand nombre, alors s’instaure un déséquilibre nuisible qui menace jusqu’à ses tréfonds, la démocratie et le progrès ». Dès lors, il ne se pose pas la question du développement de notre pays mais plutôt la question de la gestion des ressources financières et des projets. Ainsi donc, il n’est plus difficile de nous convenir de la mal gouvernance qui ne permet pas de créer de la prospérité avec des corrompus, car la famille de la gouvernance conduit à la tragédie sociale, expose les citoyens à la peur du lendemain et inhibe les initiatives de développement. La preuve est que depuis lors, rien n’a été fait pour situer les responsabilités malgré la mise en place des institutions en la matière telles que la cour des comptes et la HAPLUCIA.

Cette forme de gouvernance a manifestement retardé le développement du pays qui aujourd’hui, est confronté à « une dictature des urgences » selon le Pr Kako Nubukpo à savoir, l’urgence sécuritaire, l’urgence de la vie chère, l’urgence climatique et l’urgence du service de la dette publique à la limite du soutenable et aussi l’urgence de la morale avec la dépravation des mœurs.

Comme on peut le constater, la gouvernance oligarchique actuelle a atteint ses limites. Il faut alors une alternative à cette économie libérale du type oligarchique imposée au Togo depuis environ deux décennies. Pour ce faire, il faut revoir notre « pensée stratégique », bâtir un nouveau modèle de gouvernance sur la base de nos valeurs qui sont ancrées dans la solidarité ancestrale et dans nos cultures. D’où la nécessité de repenser notre modèle de l’émergence, de ne plus faire du copier-coller de ce qui a été fait depuis 1973 après le boom du phosphate et qui a conduit à la faillite de l’État, telle que constatée par une résolution de la Conférence Nationale Souveraine en août 1991. Cette nouvelle forme de gouvernance que nous voulons proposer comme alternative, se détermine par un affranchissement de la tyrannie des exigences extérieures, une reconstruction du tissu social afin de construire une nouvelle vision cohérente pour la transparence dans la gestion de la chose publique pour une « ECONOMIIE SOCIALE SOLIDAIRE » en respectant toutes les étapes.

Qu’est ce que l’économie sociale solidaire ?

C’est une nouvelle forme de l’organisation économique dont le but est de contribuer au renforcement de la cohésion sociale sur la base de la solidarité conçue autour des valeurs et de l’éthique dont le bien-être social est la finalité, sur fond de l’intégration des populations défavorisées. Cela ne peut se faire sans un meilleur ajustement de l’offre et de la demande, la vie quotidienne restant la préoccupation majeure. Il s’agit d’une hybridation des ressources entre les pouvoirs publics et les collectivités locales pour une organisation propre de l’économie locale autour des potentialités économiques, techniques, technologiques, culturelles et géographiques pour faire de chaque région de notre pays, une zone spécifique et spécialisée dans une production précise quelle qu’elle soit, que ce soit dans le domaine de l’agrobusiness ou l’agro-industrie ou encore de l’énergie solaire de même que la protection de l’environnement en fonction des avantages comparatifs dans le pays. Il faut préciser qu’ici, la croissance n’est pas l’objectif en soi, mais doit être évaluée par rapport aux objectifs recherchés. C’est le vrai sens de cette nouvelle formule de la politique économique que nous proposons.

En effet, l’évolution des priorités dans les objectifs du développement à la base et la nouvelle donne imposée par la politique de décentralisation amorcée par notre pays depuis 2019, à partir de la communalisation intégrale survenue dans la subdivision administration actuelle, avec la collectivisation des régions, suscite à terme la professionnalisation des filières et des chaînes de valeurs, dans la formation professionnelle appelée à se spécialiser pour répondre aux besoins de l’emploi dans chaque région, nous conforte dans cette optique.

l importe alors de changer le paradigme en innovant par la stratégie en lien avec notre système de l’éducation, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle de même que le système de la santé en rapport avec nos habitudes culturelles et cultuelles et une ouverture sur le monde, sur fond de mutualisation des compétences et des réflexions pointues de toute la communauté nationale avec une place très importante réservée à la diaspora. Ceci nécessite la mise en place des équipes constituant des académies régionales composées d’économistes, d’agronomes, d’anthropologues et de professionnels en génie civil, en vue de permettre notamment de mener la réflexion et la conception du développement pour assurer le transfert de la technologie, d’adaptater les compétences techniques et technologiques, et favoriser l’innovation avec un soutien massif de l’État au secteur privé, afin de répondre à l’urgence de l’emploi et de la transformation structurelle de l’économie de notre pays, à travers l’installation des entreprises dans le domaine de l’agroalimentaire, le digital, la production de l’énergie renouvelable et la protection de l’environnement pour une économie fluide sans un dirigisme étatique.

Devant « la dictature des urgences » qui menace l’existence de la population en majorité pauvre, il devient impérieux de bâtir une gouvernance solidaire, fraternelle et durable. Les enjeux sont très nombreux. La croissance démographique s’accélère, la vie chère s’est installée pour une longue durée et les flux migratoires sont désormais le reflet d’une jeunesse désorientée et désabusée, tandis que le dérèglement climatique et le terrorisme sont une réalité. Il faut alors opérer des changements ambitieux et cohérents, adaptés à la nouvelle réalité administrative et, faire en sorte que l’esprit patriotique, et de coopération efficiente entre les différentes régions administratives de notre pays l’emporte, pour être au service de l’intérêt des collectivités d’une manière cohérente avec notre culture ancestrale. Ce qui suppose le retour à de nouveaux outils et perspectives pour renforcer les institutions démocratiques dans le domaine de l’État de droit, de la lutte contre la corruption, de l’application de la loi et de la transparence fiscale et pour promouvoir le droit de l’homme, l’équité et l’égalité des genres.

En tirant les enseignements, l’adaptation de l’évolution des conditions de travail et des offres des collectivités locales doivent se faire avec la mise en œuvre de l’ajustement stratégique sur la base de l’analyse, de la recherche, du suivi et de l’évaluation conjointe et l’adoption d’une approche à multiples facettes pour relever d’autres défis actuels et émergeants tels que le terrorisme et l’extrémisme violent en lien avec le déclin de la pratique démocratique, de même que la question de la vie chère et les catastrophes naturelles. Il est indécent qu’après plus d’un demi-siècle d’indépendance, le pays accuse un retard pour la qualité des plateaux techniques dans les formations sanitaires. C’est parce que les dirigeants des institutions et les cadres de l’administration centrale, civile comme militaire ont la facilité de se faire soigner à l’étranger qu’ils sont tous indifférents de la souffrance du peuple qu’ils martyrisent. En dix ans, c’est-à-dire de fin 2010 à fin 2021, la dette publique de l’État à augmenter en moyenne de 200 milliards FCFA, alors même qu’aucune nouvelle université n’a été créée, encore moins un centre hospitalier régional de référence ou même un complexe sportif dans toutes les régions. Sont exclus de toutes les commodités et privilèges, la masse laborieuse, les artistes et les sportifs locaux, les journalistes, les enseignants et les petits fonctionnaires. L’égalité en droit n’existe pas pour la sécurité sanitaire, la sécurité alimentaire et la sécurité éducative. Comment face à toutes ces inégalités, notre pays peut-il prendre son envol ? Les populations sont plus que convaincues du grand décalage entre leur souffrance quotidienne et les réponses apportées par toutes ces décennies de développement qui n’ont amélioré que les conditions de vie de quelques privilégiés cupides et corrompus.

Plus de 60 ans après l’indépendance de notre pays, le défi de l’émergence reste encore hypothétique et le pays devient de plus en plus dépendant de l’aide extérieure (OMD, PPTE, MCC), pendant que la gestion des ressources minières échappe au contrôle de la République avec une complicité malveillante d’une élite compradore. Pendant ce temps, la jeunesse désemparée et désabusée n’a de choix que la route de l’immigration bravant tous les risques pour ceux qui ont cherché en vain la loterie visa et qui ne sont pas éligibles pour l’immigration choisie, à la recherche d’un eldorado en occident.

Malheureusement, nos dirigeants ne se rendent pas compte de l’évidence que l’immigration de la jeunesse est un fléau dont la conséquence est de vider notre pays de cette jeunesse valide et des têtes pensantes, qui trouve son origine dans les difficultés économiques et surtout les crises politiques interminables qui ont conduit à un mécontentement généralisé à cause de la mauvaise gouvernance, une inadéquation entre l’offre et la demande du travail chaque année avec moins de 25% d’insertion dans la vie active du à un système éducatif inadéquat.

Nous avons le devoir de nous lever, de briser notre silence coupable devant la situation faite d’une très faible marge de manœuvre, avec le niveau très élevé de la dette publique qui met les différents opérateurs économiques dans un état d’éviction prolongé par le comportement incivique et anti patriotique de ceux qui pensent avoir le droit de vie et de mort sur tous ceux qui ne voient pas le monde de la même manière qu’eux, oubliant que le temps est le seul maître du monde et que la nature finit toujours par reprendre ses droits. Ainsi disait Hubert MAGA : « Il n’existe que des intouchables de l’instant, des timoniers du temps et des maîtres du moment. Le temps est le maître de tous les temps. Il faut rire de tout. Mais devant les grandes décisions de la vie, réfléchissez à hier et pensez à demain parce que la nature dans sa comptabilité est incorruptible et aucune facture ne restera impayée. La nature est juste ».

OURO-AKPO Tchagnaou, Conseiller municipal, Commune de Tchaoudjo 1, Ancien député

Source : icilome.com