Togo, Préparation « trop intelligente » du dialogue : La soldatesque du pouvoir violente les militants et les leaders de l’opposition

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On croyait le pouvoir Faure Gnassingbé avoir fait sa mue et les violences sur les manifestants de lointains mauvais souvenirs, surtout qu’il crie à l’apaisement et au dialogue. Mais le naturel que l’on a cru entre-temps chassé, est revenu au galop. Ce sont des violences inouïes que la soldatesque a encore exercées samedi sur les militants de l’opposition à Lomé, en marge des manifestations qui ont connu une très forte mobilisation. Les leaders n’ont pas été épargnés. Drôle de façon de préparer le dialogue.

Togo, Préparation « trop intelligente » du dialogue : La soldatesque du pouvoir violente les militants et les leaders de l’opposition

Des manifestants violentés, gazés…

Ce samedi dans les rues de Lomé et dans plein de localités de l’intérieur du pays, la mobilisation était encore au top. Les images de la capitale, d’Anié et d’autres villes sont assez parlantes. A Lomé, les différents cortèges ont démarré, parcouru les itinéraires retenus, chuté à la plage côté Sancta Maria et écouté les leaders de la coalition de l’opposition. Tout s’est bien déroulé jusque-là. Mais les militants de l’opposition ignoraient le sort qui les attendait sur leur chemin de retour.

Les premières alertes étaient venues du bar 3K. Alors que des militants et manifestants, sans doute ceux venus d’Agoè, rentraient tranquillement chez eux, ils ont été molestés par un cordon de militaires déployés. Des grenades lacrymogènes ont été même lancées parmi eux, et c’était la débandade dans les dédales d’Adewui. Tout porte à croire à un plan bien huilé pour les pousser dans ce quartier, puisque des éléments les y ont aussi violentés. Des témoins affirment avoir vu des hommes habillés en noir, sans doute des miliciens, déversés par des véhicules 4×4 pour la sale besogne. Tous les passants aussi bien à moto qu’à pied étaient rudoyés.Il est signalé le renversement dans des circonstances non élucidées d’un bus transportant des militants du Parti national panafricain (PNP) et des blessés graves.

A quelques pas de là, à Atikoumé, même scénario. Des militaires ont bloqué la route pour empêcher les manifestants de rentrer et les ont proprement violentés.

A la tombée de la nuit, le quartier appelé Dikamé dans les environs du champ de tir était bouclé par des militaires, avec des expéditions punitives menées dans les maisons où les gens ont été molestés. Il nous revient que des corps habillés procédaient à des vérifications d’identité, et tous ceux qui n’avaient pas de carte étaient sommés de rebrousser chemin.

A l’intérieur du pays, il a été enregistré aussi des cas de violences, notamment à Niamtougou. Ici, ce n’est pas à la fin des manifestations où les militants rentraient tranquillement chez eux, mais tout au début ou pendant la marche. Il a fallu beaucoup de tractations avec les corps habillés avant que la manifestation ne démarre à l’EPP Centrale Baga. Mais à peine débutée que la marche a été entravée par un groupe de jeunes militants ou miliciens du pouvoir visiblement organisés qui criaient ne pas vouloir de marche à Niamtougou. Les corps habillés ont alors profité pour charger les manifestants, faisant de nombreux blessés.

Les sources font aussi état de ce que des chauffeurs de Kabou et Bangeli de retour de la marche à Bassar, ont été arrêtés sous le prétexte de surcharge. Dans plusieurs autres localités, ce sont les potentats locaux, c’est-à-dire les préfets qui ont tenté d’empêcher la mobilisation.

…Les leaders de la coalition aussi

Généralement, ce sont seulement les militants de l’opposition, manifestants ou la population en général qui sont les cibles privilégiées de la soldatesque. Mais cette fois-ci, même les leaders de la coalition de l’opposition et leurs collaborateurs directs ont été aussi brutalisés. C’était le cas de Francis Pedro Amuzun, de la cellule de communication de l’ANC, du CAP 2015 et de la coalition des 14 partis de l’opposition, molesté et qui s’en est sorti avec des contusions un peu partout sur le corps. Jean-Pierre Fabre a été aussi visé, mais il s’en est sorti indemne. Particularité ici, ce sont des éléments de la garde présidentielle qui auraient presté.

«Nous étions encore au meeting quand nous avons reçu l’information qu’au niveau du bar 3K, on bastonne les gens. Du coup, le Président Jean-Pierre Fabre a décidé d’aller sur les lieux. Arrivé sur les lieux, la garde présidentielle a bloqué la route et refuse au cortège du Président Fabre d’avancer. Le Président Fabre accompagné de certaines personnes dont le député Alphonse Kpogo et moi-même, sommes descendus pour aller protester auprès de la garde présidentielle. C’est dans ces circonstances que moi et madame Nukafu avons été sérieusement tabassés par les éléments de la garde présidentielle qui nous ont ensuite chargés avec des gaz lacrymogènes», témoigne Francis Pedro Amuzun.

A Atikoumé, c’est Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson qui s’est retrouvée prise en étau par les corps habillés, empêchée de rentrer chez elle ; son véhicule a même essuyé des tirs de grenade lacrymogène. Son crime, avoir emprunté une autre voie que l’itinéraire au retour de la marche. « (…) Là aussi de mes yeux, j’ai vu des militaires s’en prendre aux manifestants. A l’officier très correct à qui je me suis adressée, il m’a dit qu’il obéit aux ordres », « Comme réponse, le détachement présent reçoit du renfort et les gaz lacrymogènes pleuvent et même sur la portière de ma voiture. Dieu merci, le chauffeur à pu se dégager et je suis saine et sauve. Mais combien de mes compatriotes n’ont pas eu cette chance ce soir ? », déplore-t-elle sur Twitter.

Drôle d’apaisement et de façon de préparer le dialogue…

Loin d’être un coup du hasard, ces violences ont été manifestement planifiées et les signes avant-coureurs étaient visibles en amont. La manœuvre a consisté d’abord à saper le moral des militants de l’opposition, avec le check-point improvisé devant l’Etat-major des FAT où ceux venant d’Agoè habillés en rouge étaient sommés de se déshabiller, et susciter leur colère, ce qui devrait se traduire par des échauffourées et justifier la répression. L’autre coup est la sortie du ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Col Yark Damehame qui a décrété, sur la base de quelle loi on ne sait, l’interdiction de passage de la zone de l’Etat-major aux militants de l’opposition, du PNP notamment. « Faure veut jouer au chrono en comptant sur la démobilisation. La mobilisation ne faiblissant pas, il reprend la stratégie de la répression. Mais ça aussi ne va rien changer, nous devons rester déterminés », analyse une source.

Si la violence sur les leaders et militants de l’opposition n’est pas une nouveauté pour le pouvoir Faure Gnassingbé, ce qui désole, c’est que ces actes interviennent au moment où l’on crie à l’apaisement et où est annoncé un certain dialogue censé permettre une sortie de crise. En effet les travaux préparatoires ont même déjà eu lieu et il ne reste que le démarrage effectif des travaux. Des indiscrétions avancent la date du 5 décembre, demain mardi donc, pour voir débuter ces discussions. Un concitoyen appréhende la chose avec humour : « Dialogue intertogolais. Premier groupe à avoir pris la parole ce 2 décembre 2017 : les militaires-miliciens du RPT alias UNIR ». Une chose est sûre, devant toutes ces péripéties, on peut légitimement douter de la bonne foi de l’« homme simple » et de son parti lorsqu’ils crient à l’apaisement et déclament être pour le dialogue. « Ceux qui sont contraints au dialogue doivent savoir que ces discussions doivent acter définitivement la mauvaise foi de Faure et acolytes. Ceux qui proposent des dialogues à tout va, au lieu de dire à la dictature qu’elle a assez fait de dégâts comme ça, doivent arrêter leur comédie. Faire semblant est une caution à un régime criminel », peste un responsable politique.

Tino Kossi

Source : Liberté No.2571 du 4 décembre 2017

27Avril.com

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