Togo : L’histoire de Tchaoudjo nous donne des leçons

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Autour du 13e siècle, les premières populations desquelles va naître le peuple tem actuel s’installent sur cinq montagnes de l’Atakora : Alédjo, Koronga, Malfakassa, Bassar et Fazao. Elles y ont trouvé refuge dans la fuite des razzias des soldats des empires sahéliens. Début 17e siècle, elles sont rejointes par des réfugiés qui fuyaient le djihad de l’empereur Askia Mohamed. Eux avaient l’expérience d’une gestion centralisée du pouvoir. Sous leur instigation, le système de royauté supplante celui des classes d’âge. Il se crée ainsi sur l’espace des cinq montagnes des dizaines de royaumes autonomes et coopératifs.

La vie paisible des royaumes tem fait accroître la population et la terre cultivable devient de plus en plus rare sur les sommets. Au sud de Koronga et Malfakassa s’étendent les plaines arables des affluents de l’Anié. Mais personne n’ose s’y aventurer. Depuis le 15e siècle ces plaines sont le lieu de chasse des coupeurs de têtes (ɩraangʋʋraa, en tem) et des chasseurs d’esclaves travaillant pour les négriers de la côte maritime.

Prêts à affronter le danger, sept jeunes gens décident de descendre de Malfakassa pour s’installer dans la vallée de la Na, un affluent de l’Anié. Ils y créent sept cités. Au début chaque cité organise sa défense individuellement. S’étant rendues compte qu’il est plus efficace de se défendre en commun, les sept cités, entre temps devenues royaumes, créent une armée commune. Pour une armée commune il faut un chef unique. D’un commun accord, les sept royaumes décident de confier la direction de l’armée à l’un des sept rois, et d’en faire une direction tournante. Ainsi naît, à la fin du 18e siècle une Confédération paisible de sept royaumes sous le nom de Tchaoudjo.

Ce que le Tchaoudjo a fait il y a quatre siècles aurait pu servir de leçon à l’opposition togolaise quand elle a engagé une nouvelle phase de lutte contre la dictature militaire le 19 août 2017.

Ce que le Tchaoudjo a réalisé pour donner une vie paisible aux populations, les pays sahéliens et leurs voisins auraient pu, dans l’unité, le faire pour bouter hors de leurs territoires les nouveaux agents de l’impérialisme qui se camouflent sous le manteau du djihadisme.

Il se trouve qu’aujourd’hui, au Togo comme au Sahel, l’ennemi a compris ce qu’il faut faire pour empêcher l’union : la désinformation. Au Togo c’est le pouvoir qui organise les rumeurs autour des valises d’argent offertes à tel parti d’opposition, des soi-disant rencontres nocturnes pouvoir-opposition, ou des mensonges sur le caractère soi-disant ethnique ou religieux de tel autre parti. Au Sahel, c’est l’Occident-OTAN qui fait croire que le Mali et ses voisins ont affaire à des religieux enragés et dans le même temps encourage la corruption des hommes qu’il a lui-même placés à la tête des États.

A chaque époque l’impérialisme fabrique une méthode de mise en esclavage des peuples africains. Aujourd’hui, pour faire de l’Afrique une simple source des matières premières dont il a besoin, c’est la pratique de la désinformation et la manipulation. Pour sortir de l’esclavage, les Togolais, les Africains, n’ont pas d’autre solution que de s’unir comme l’ont fait les royaumes de Tchaoudjo au 18e siècle.

Zakari Tchagbalé
17 décembre 2019

Source : 27Avril.com

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