Togo, Kpendjal : L’eau, une denrée rare à Kpayendiga

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Kpayendiga, A 83 Km, à l’Est de Dapaong, chef-lieu de la Région des Savanes, se situe un village, Kpayendiga. Perdu dans les méandres de la préfecture de Kpendjal, ce village qui vit aux dépens des activités champêtres et pâturage reste confronté à plusieurs problèmes sociaux dont l’eau. Pourtant source de vie, l’eau est presque une «denrée rare» pour les habitants, contraints de s’abreuver à la même source que les animaux.

L’eau : la situation dans le monde

Le monde entier a célébré, le jeudi 22 mars 2018, la Journée mondiale de l’Eau et de l’Assainissement. Au travers du thème «L’eau: la réponse est dans la nature», les Nations Unies invitent les Etats du monde à explorer les différentes manières dont ils peuvent utiliser la nature. Ceci, en vue de pouvoir mieux surmonter les défis liés à l’eau, en ce 21è siècle. «Lorsque nous négligeons nos écosystèmes, il est plus difficile de fournir à tous, l’eau dont nous avons besoin pour survivre et prospérer», lit-on dans le message de circonstance. Tant les chiffres sont des plus alarmants.

Aujourd’hui, à en croire les chiffres des Nations Unies, plus de 80% des eaux usées résultent des activités humaines qui sont déversées dans les rivières ou la mer, sans aucune dépollution. Par ailleurs, il ressort qu’au moins 1,8 milliards de personnes dans le monde utilisent une source d’eau potable qui est contaminée par des matières fécales, les exposant au choléra, à la dysenterie, à la typhoïde et à la polio. D’après également les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et de l’UNICEF, datant de 2014, l’assainissement insuffisant et le manque d’hygiène causent, environ, 842.000 morts chaque année.

A Kpayendiga, l’Eau est rare !

Au Togo, le village de Kpayendiga, localité de la préfecture de Kpendjal, dans la Région des Savanes est également confronté au phénomène. Comme dans nombre de localités de la région, les habitants de Kpayendiga, déjà confrontés à la pauvreté, font face à un manque criard d’eau potable. A ce jour, la seule source d’approvisionnent en eau dont ils disposent reste le fleuve Oti, qui traverse le village. Bidons portés sur des charrues, drainées à leur tour par des ânes, pour les uns, bassines et sots portés sur la tête, pour les autres…femmes, jeunes et enfants bravent au quotidien, une dizaine de kilomètres de sentier sablonneux, la poussière et le soleil, à la recherche de la « denrée rare » : l’eau.

« Nous n’avons pas de fontaine, ni de forage. C’est la seule source d’eau que nous avons ici », nous explique Jeanne, 28 ans, mère de deux enfants, venu chercher de l’eau.

Sur place, coule l’eau du fleuve OTI. Mais seulement voilà ! Cette eau boueuse, de couleur blanc-sale, à priori impropre à la consommation, n’est seulement pas destinée qu’aux hommes. Les animaux aussi.

« Quand nous sommes arrivés à la rive, nous avons vus des gens se baigner dans le fleuve, au même moment que d’autres remplissent leurs bidons et autres bassines », nous témoigne, Awali, 30 ans, un curieux venu de Lomé. Mais son étonnement sera plus grand derrière.

« Surprenant encore, nous avons constaté la descente des troupeaux de bœufs dans le fleuve pour s’abreuvoir, pendant que d’autres y déposent également leurs matières fécales. Je n’en revenais pas ! », a-t-il ensuite ajouté, très ébahi et stupéfait. « Nous n’avons aucune autre source d’eau par ici. C’est seulement ici que nous cherchons de l’eau à boire. Et nous sommes obligés de faire abreuver également nos troupeaux de bœufs, qui constituent nos premières sources de revenus, dans le fleuve. Nous n’avons pas le choix, et c’est comme ça depuis toujours ici », précise Lawani, 25 ans, un habitant disposant d’un troupeau de bœufs.

« Nous sommes certes exposés à toutes sortes de maladies, mais nous sommes condamnés à utiliser cette eau. Ce n’est pas digne de laisser les parents utiliser la même eau que les animaux, en ce 21è siècle. Mais malheureusement, c’est ce qui se passe jusqu’alors chez nous », regrette, pour sa part, M. Kolani, originaire de Kpayendiga.

En manque d’infrastructures socio-éducatives pour l’éducation et surtout l’épanouissement des enfants, hormis l’école primaire dans un état rudimentaire (elle n’a bénéficié d’un bâtiment scolaire moderne que récemment grâce à l’assistance de l’ONG IT Village), le Village de Kpayendiga n’offre qu’à ses habitants que sa terre fertile à la culture du mil, du sorgho, du maïs, du soja et du coton.

« Ici, les gens n’ont pas les moyens financiers pour supporter la scolarité de leurs enfants. Donc beaucoup des élèves abandonnent les classent et s’engagent, auprès de leurs parents, dans l’agriculture et à l’élevage », nous explique Jean, 35 ans, l’un des enseignants de l’EPP Kpayendiga qui ne s’est pas empêché de nous décrire les Dapaong ou Borgou avec des bidons d’eau ou cartons d’eau minérale. C’est vraiment pénible, la vie ici où la pauvreté est vraiment ambiante », nous a-t-il relaté.

Sauver la situation, les ONG à l’avant-garde !

Autant de réalités auxquelles sont confrontés les habitants de Kpayendiga. Une réalité n’est qu’une parmi tant d’autres au Togo. Mieux, un échantillon expressif et vivant de cette lamentable situation qui prévaut dans nombre de localités du pays, en ce qui concerne l’eau potable. Des raisons qui semblent justifier, à plus d’un titre, les innombrables actions et projets de construction de forages que mènent les ONG qui se veulent des partenaires en développement du Togo. Ceci, dans l’optique d’offrir de l’eau potable aux populations qui sont dans le besoin.

L’on en citera les récents cas de trois forages équipés de pompes à motricité humaine construits, à hauteur de 92 millions de FCFA, dans le canton de Baguida, notamment à Devego Centre, DarrahKopé et WolliboKpoé, par l’Ambassade du Japon. Ceci, en collaboration avec un réseau d’ONG en Développement. L’on ne passera également pas sous silence les exemples de l’ONG « 123

Conditions de vie des populations.

« A Kpayendiga, presque tout manque. Parlant notamment de l’eau et l’électricité. Ce qui fait que nous (enseignants), nous revenons des week-end à ACTIONS » qui a déjà réalisé des forages dans des villages de la préfecture de Haho. De même que l’ONG « IT Village » qui réalise, elle- aussi, des forages en faveur des écoles et villages de la région des Savanes. Au plan gouvernemental, l’Etat s’emploie également à venir à bout du phénomène. C’est dans cette perspective qu’il a adopté, en 2016, la politique nationale en matière d’approvisionnement en eau potable et d’assainissement en milieux rural et semi-urbain. Mais avant, l’Assemblée nationale a déjà voté, en 2010, un Code de l’eau, mais aussi et surtout, une loi portant organisation des services publics de l’eau potable et de l’assainissement.

Cette année, à la faveur de la journée mondiale de l’Eau, le ministre de l’Eau a annoncé que le prochain chantier du gouvernement togolais est d’œuvrer à la restauration de l’écosystème et pour la fourniture de l’eau en qualité et en quantité pour les populations.

Magloire Têko Kinvi

Source : Flambeau des Démocrates

27Avril.com