Togo / Des élections selon les Règles de la Dictature: Une certaine opposition Qui Refuse l’Union. Voilà les Curiosités Togolaises!

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S’agissant de la participation ou non aux prochaines élections législatives, nous avons notre petite idée que nous avons déjà exprimée à plusieurs reprises en d’autres occasions. Nous disions que, que ce soit le camp des opposants favorables à la participation, que celui des irréductibles qui ne veulent pas en entendre parler, personne n’a actuellement la baguette magique pour chasser le régime de dictature et arriver à la démocratie. Et ce n’est pas non plus une raison pour se jeter poings et pieds liés dans une aventure électorale qui ressemblerait, ni plus ni moins, à une légitimation de plus du régime Gnassingbé, décrié à longueur d’année par les mêmes opposants. Toute opposition, digne de ce nom, devrait premièrement s’unir pour constituer un ensemble solide. Ce serait de cette manière que l’opposition pourrait peser et se faire respecter par le pouvoir en place, et imposer ses points de vue que le régime de dictature ne pourrait qu’accepter, parce que la plus grande partie des populations serait désormais acquise à un tel regroupement parlant d’une voix. C’est à ce prix qu’une éventuelle participation aux élections quelles qu’elles soient aurait un sens.

Mais que constatons-nous sur le terrain? Tout d’abord l’opposition ou les oppositions togolaises présentent aujourd’hui un tableau difficilement décriptable. Il y eut le 10 avril dernier la petite révolution menée de main de maître par Madame Brigitte Adjamago, ancienne coordinatrice de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), suivie par presque la totalité des anciens membres de ladite organisation politique, pour se libérer de l’emprise de Monseigneur Kpodzro et fonder la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP). Malgré la sympathie que nous avons pour le prélat pour son engagement courageux et pour Agbéyomé Kodjo, la raison politique, et la raison tout court, surtout dans un pays où règne la loi du plus fort, voudraient que l’immobilisme ne soit pas le meilleur choix. C’est pourquoi nous avons salué la naissance de la DMP, en lançant en même temps un défi à ses premiers responsables de réussir pour faire oublier ce coup pas très gentil porté à Monseigneur Fanoko Philipe Kpodzro. Le caractère homogène du nouveau regroupement qui rassemble partis politiques et associations de la société civile nous rappelle une certaine C14 des années 2017 et 2018 qui avait réussi à faire trembler le groupe de prédateurs qui dirige le Togo.

Pour l’observateur avisé de la vie politique togolaise, et surtout des péripéties au sein de l’opposition togolaise ces dernières années, il manquerait dans la chronologie de notre raisonnement une formation politique de taille dont on n’a pas le droit de taire le nom, quand on parle surtout de l’union de l’opposition. Nous voulons faire référence à la formation orange, l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC). Un parti politique normalement incontournable dans le paysage politique togolais, surtout côté opposition. Qui ne se rappelle pas que le premier responsable de ce parti politique, Monsieur Jean-Pierre Fabre, fut naguère chef de file de l’opposition? Mais nous sommes surpris qu’une telle formation politique comme l’ANC, qui devrait être le porte-flambeau de l’opposition togolaise, soit celle qui refuse la main tendue des responsables de la DMP pour une nouvelle union. Notre affirmation fut malheureusement confirmée au cours d’un meeting de l’ANC la semaine dernière par ses premiers responsables. Monsieur Eric Dupuy n’hésita pas à rappeler le «non» de sa formation politique à une union de l’opposition; il n’hésita surtout pas à scander leur slogan «nous c’est nous» repris en chœur par les inconditionnels du parti orange.

Nous nous résumons: les millions de Togolais et de Togolaises sont victimes d’un régime de terreur depuis un demi-siècle. La mort de Éyadéma Gnassingbé en 2005 et la succession dynastique qui s’en était suivie et qui avait fait de Faure Gnassingbé le nouveau président de fait du Togo, n’a rien changé au calvaire des malheureuses populations togolaises. Bien au contraire! Tout le monde se rappelle du soulèvement de 2017 initié par le Parti National Panafricain (PNP), suivi de la mise sur pied de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition (C14), des répressions sauvages ayant fait de nombreuses victimes à travers tout le pays. Tikpi Atchadam dut entrer dans la clandestinité pour sauver sa peau, sa tête étant mise à prix. Beaucoup de militants et sympathisants de sa formation politique végètent encore en prison.

Vint l’épisode de février 2020 avec les fameuses élections présidentielles avec comme conséquence le départ en exil de Monseigneur Kpodzro et de Messan Agbéyomé Kodjo. Il y a quelques semaines, le 10 avril 2023, Madame Brigitte Adjamago tourne le dos au prélat en quittant la DMK, emmenant avec elle presque tous les anciens membres du regroupement politique. Ils portent sur les fonts baptismaux une nouvelle organisation politique, la Dynamique pour la Majorité du Peuple (DMP). Les premiers responsables de la nouvelle Dynamique écrivent au Chef de l’État pour se plaindre des mauvaises conditions relatives à l’organisation des élections à venir, et du caractère non démocratique de la CENI et de tous ses démembrements. Dans leur courrier, liste de tous les manquements à l’appui, ils exigent la correction de toutes les insuffisances relevées avant la tenue du ou des scrutins à venir. Des exigences qui requièrent une opposition forte, à même de parler d’une voix. C’est pourquoi la DMP entreprend de contacter tous les autres partis de l’opposition, dont la plupart ne sont autres que d’anciens membres de la C14, dont l’ANC.

Approchés, les responsables du parti orange refusent de s’associer aux autres.

«…Il est temps que pour sa propre survie et pour le salut des générations futures, le peuple togolais se mobilise dès maintenant, dans un sursaut patriotique décisif, afin de reconquérir ses droits bafoués et de mettre fin à son calvaire. Dire définitivement non au régime d’imposture et d’oppression…». Voilà un extrait du message de Monsieur Jean-Pierre Fabre, président de l’ANC, à l’occasion du 63e anniversaire de l’indépendance de notre pays. De très belles phrases contenant des vœux dont la concrétisation nécessite la mise sur pied d’une opposition bien soudée et parlant d’une voix. Autrement, nous voyons mal comment le premier responsable de la formation orange pourrait s’y prendre seul avec son parti, sans les autres, pour que le peuple togolais se mobilise, dans un sursaut patriotique décisif, afin de reconquérir ses droits bafoués et de mettre fin à son calvaire. Comme il le dit si bien dans son discours.

Si ceux qui se sont engagés pour libérer le pays du joug dictatorial, à travers leurs partis politiques ou associations, sont vraiment et toujours animés de cet esprit de sacrifice, et ont toujours cet objectif en tête; ils devraient savoir que faire cavalier seul face à ce régime togolais qu’on ne décrit plus, est le plus mauvais des choix. Nous l’avons dit au début de notre propos: on ne va pas aux élections avec un régime de dictature sans laisser des plumes. Mais dans la situation politiquement inextricable du Togo, si les élections peuvent servir de tremplin pour une nouvelle union des partis de l’opposition en amont, pourquoi pas? Mais rejeter catégoriquement l’union, alors que nous ne sommes pas en démocratie, pourrait faire le jeu du pouvoir que nous prétendons combattre. Pour quoi et pour qui nous sommes-nous engagés alors?

Samari Tchadjobo
Allemagne

Source : 27Avril.com