Togo : Chronique d’une mission impossible de la Commission Awa Nana : Humiliation d’Awa Nana et sa suite, conditionnement acharné du peuple…

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La question des réformes institutionnelles et constitutionnelles au Togo constitue sans aucun doute la pierre d’achoppement, le point de divergence sur lequel les acteurs politiques togolais n’arrivent pas à se mettre d’accord depuis quelques années.

Togo : Chronique d’une mission impossible de la Commission Awa Nana :  Humiliation d’Awa Nana et sa suite, conditionnement acharné du peuple…

Point n’est besoin de rappeler les dispositions de l’Accord Politique Global (APG) du 20 aout 2006 par lequel la classe politique dans son sensemble s’engageait à relancer la nation togolaise sur de nouvelles bases consensuelles. Force est de constater que non seulement cet accord n’a jamais été mis en application mais il a été unilatéralement déclaré caduc par le parti au pouvoir, le RPT devenu UNIR. Dès lors, il apparaît clairement que le régime qui est au pouvoir au Togo depuis cinquante ans, a d’autres intentions que la démocratisation de la vie politique du pays qui passerait nécessairement par une limitation du mandat présidentiel, une révision du mode de scrutin.

Et pour confirmer cette volonté de ne point se dessaisir de la volonté du peuple prise en otage, les autorités togolaises ont ouvertement choisi de faire les choses à leur manière, à leur convenance, ignorant complètement les opinions et avis de la majorité des Togolais. De 2005 à ce jour, outre l’APG, les rencontres de TogoTélécom, les recommandations de la CVJR, le HCRRUN et ses œuvres, l’accord RPT-UFC n’ont pas concouru à opérer les réformes. Même le passage à la Primature d’ « opposants », Yawovi Agboyibo et Edem Kodjo n’a pu permettre ni de restaurer la Constitution originelle de 1992 ni de désintégrer le système RPT-UNIR. La donne retenue par le pouvoir en place est de remettre les compteurs à zéro, de définir un mandat de 7 ans renouvelable une seule fois à compter de 2020. Théoriquement donc, Faure Gnassingbé pourrait être au pouvoir jusqu’en 2034, comptant sur la faiblesse des institutions. C’est cette mesure que la Commission d’ « intellectuels » conduite par Awa NANA essaye de faire accepter au peuple togolais à travers une tournée dite de consultation qui, dès son entame est plutôt apparue comme une tournée de conditionnement des esprits pour faire accepter le plan de maintien de Faure Gnassingbé au pouvoir. Mais tout semble ne pas se passer comme prévu. C’est du moins ce qu’on peut retenir du bilan à mi-parcours.

La désillusion de la bande Awa Nana, Ahoomey-Zunu, Ayassor, Kokoroko, Ihou et consorts

Après avoir bloqué toutes les dispositions consensuelles relatives aux réformes politiques au Togo, Faure Gnassingbé procédait en Conseil des Ministres le 03 janvier 2017 à la nomination d’une Commission dite d’ « intellectuels » qui devrait réfléchir sur les questions des réformes à opérer. Entre l’euphorie manifestée par certains membres à leur nomination dans cette commission et la véritable mission à elle assignée, il faut noter que dame Awa Nana et son groupe font face à une grosse désillusion sur le terrain. Commencée à Mandouri le 31 juillet dernier, la tournée qui doit conduire les membres de la commission dans les différentes préfectures du Togo à la rencontre des populations a vite fait de se transformer en véritable supplice. Sans doute déconnectés des dures réalités quotidiennes que vivent les populations, la bande de missionnaires s’était certainement dit que sa mission de conditionnement passerait comme une lettre à la poste. Malheureusement pour eux, la misère artificiellement créée et entretenue au Togo n’a pas ôté aux populations leur dignité et leur soif de s’affranchir du joug de l’oppression. Les scènes observées dans presque toutes les préfectures traversées en témoignent.

A Mango le 02 aout dernier par exemple, la Commission a été chargée de transmettre à Faure Gnassingbé qu’avec ou sans une nouvelle Constitution, il n’a plus le droit de se présenter aux prochaines élections présidentielles. Selon les intervenants lors de cette étape, la Constitution de 1992 n’a jamais été expérimentée ou appliquée de bout en bout, raison pour laquelle il faudra la remettre au centre de la vie sociopolitique du Togo avant de prétendre y relever des insuffisances. La question de la faune n’a pas manqué de faire couler beaucoup de salive lors de cette rencontre. A Tandjoaré, les échanges ont été parfois houleux entre les membres de la commission et la population. Des interrogations comme le motif de la modification unilatérale de la Constitution en 2002 n’ont pu trouver de réponses. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase lors de cette rencontre a été l’intervention de Mme Awa NANA qui a estimé que l’organisation d’élections à deux tours serait très couteuse et que le Togo ne disposerait pas de moyens, des propos qui trahissent des idées déjà bien arrêtées pour ceux qu’on présente comme étant dans une mission de consultation.

A Sokode, des questions sur la nécessité de cette tournée ont été posées aux membres de la Commission, étant donné que tous les Togolais savent déjà la nature des réformes à opérer, selon les intervenants. Acculés, assaillis de tous côtés par les questions des populations et poussés dans leur dernier retranchement, la Présidente de la Commission a dû mettre prématurément fin à la rencontre provoquant une hilarité générale et des railleries à leur endroit. Même son de cloche à Sotouboua où l’ex-ministre des finances Adji Ayassor a en vain tenté de retirer la parole à des intervenants qui ont fustigé sa gestion des finances publiques de l’Etat pendant 10 ans et en l’accusant d’être à la base des déboires de la société CECO Group. Même Kara qu’on présente comme étant le fief incontesté du régime a connu une ferveur particulière et n’a pas dérogé à la soif de liberté des populations.

L’arrivée tardive du Colonel-Préfet Bakali Bawubadi dans la salle de la rencontre a mis en transe la Présidente Awa Nana. Les échanges ne se sont pas mieux passés que lors des rencontres précédentes : libération de Kpatcha Gnassingbé, limitation du mandat présidentiel, le rôle joué par Awa Nana dans le maintien de la dictature en 1998 sont les principaux sujets abordés par la population et qui ont vite fait de monter la tension dans la salle où les discussions se sont poursuivies dans une ambiance surchauffée.

Quel bilan à mi-parcours de la Commission de réflexion sur les reformes ?

Il faut d’emblée retenir que les « intellectuels » de Faure Gnassingbé assistent à l’effet contraire de ce à quoi ils s’attendaient. Humiliation et honte, telles sont les deux situations que vivent ces personnalités à la solde de Faure Gnassingbé. La mission de préparation des esprits semble à tous les égards buter sur une volonté farouche des peuples d’en finir avec cette dictature cinquantenaire qui leur empoisonne la vie. Mango, Kara, Tandjoaré, Bafilo, Sokode, Sotouboua pour ne citer que celles-là n’ont pas manqué l’occasion de rappeler que le peuple togolais s’est souverainement octroyé une Constitution en 1992 que le RPT a unilatéralement modifiée pour assouvir ses ambitions de conservation éternelle du pouvoir. Les seuls moyens de défense des membres de la Commission étaient des réponses vagues et imprécises, le tout chapeauté par des tissus de mensonge de certains membres de la délégation à l’instar de David Ihou qui estimait que le commerce du carburant provoque le cancer de la peau. Même avec cette stratégie aucun d’entre eux n’a pu convaincre l’auditoire. Au contraire, les Togolais, du moins ceux des préfectures traversées jusqu’alors ont marqué leur détermination à s’affranchir de l’oppression.

A ce jour, les esprits sont plus éclairés et informés sur les manoeuvres du pouvoir. Des universitaires incapables de répondre aux questions des populations, c’est dire qu’il n’y a plus d’arguments pour dribbler le peuple qui désormais montre que la duperie a pris fin. La mission de conditionnement des esprits se trouve être finalement une mission impossible. Awa Nana et sa bande sont en train de semer allègrement sans le vouloir les graines d’un soulèvement populaire comme le parti politique le CAR l’a mentionné dans un récent communiqué.

Kossi Ekpé

Source : Le Correcteur

27Avril.com

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