Que les Maliens renvoient les 25.000 troupes étrangères sur leur territoire…

Pamphlet malien a l’Onu. Non, désolé, je n’applaudis pas.

Depuis hier, vous êtes nombreux à me demander mon avis sur le discours enflammé du premier ministre Maiga à la tribune des nations unies.

Si j’étais un politicien opportuniste, rien qu’à lire les réactions de satisfaction d’une certaine jeunesse africaine, je devrais applaudir, pour être à mon tour encensé. Mais ceux qui me connaissent savent que je tiens à mon authenticité et à ma sincérité. Si pour cette franchise je ne serai jamais président, tant pis. L’essentiel, c’est d’être en paix avec sois même. Et un bon leader est celui qui dit ce qu’il pense, et non ce que d’autres veulent qu’il dise.

Avant de donner mon avis, vous devez connaître les trois positions que j’ai toujours eu au sujet de la crise malienne.

La première est que je suis, bien qu’étant un ancien officier de l’armée, catégoriquement opposé aux coups d’état militaires. Les militaires n’ont rien à voir en politique. C’est une position de principe, ceci d’autant que le coup d’état malien était contre un président légitimement élu qui finissait son mandat. Je ne vous demande pas d’être d’accord avec moi mais c’est ma position.

La seconde est que la légitimité appartient au peuple par l’entremise des élections pluralistes et pacifiques. Tant qu’on est pas passé par cette étape, on ne gère que les affaires courantes. La destinée du peuple malien appartient à celui que le peuple aurait choisit par la fortune des urnes, et non par la force des armes. Là aussi, c’est une position de principe, vous n’êtes pas obligés d’adhérer.

La troisième est que la souveraineté n’a de sens que lorsqu’en on se donne les moyens de son expression véritable. Je l’ai dit ici depuis le début, le Mali pour moi ne sera souverain que quand il quittera la Cedeao, sortira du francs cfa et fera quitter la minusma de son territoire. Quand tu as 25 000 militaires étrangers sur ton territoire et que tu viens même de solliciter la prolongation du mandat de la mission onusienne, il n’ya pas de souveraineté qui compte. C’est aussi simple que ça.

Alors, que dire du discours du colonel Maiga ? Je lui tire mon chapeau parce qu’il a atteint l’objectif recherché par son régime. Se faire passer pour le justicier mémoriel d’une certaine jeunesse africaine en quête de héros identitaires. Les Maliens ont le sens de la formule, une rhétorique vertueuse, leur sens de l’humour tient parfois du génie, et tout ceci aurait été délicieux s’il ne s’agissait que d’un banal exercice d’art oratoire. Mais malheureusement il s’agit de la vie et du sort de milliers de nos frères africains. Et sous cet angle, il n’y a pour moi aucune raison de pavoiser.

Donc sur la plaidoirie, c’est un excellent exercice pour flatter l’orgueil d’une Afrique à la recherche d’une identité vengeresse, c’est du simple populisme mais sur le fond, c’est plutôt une opération de relation publique désastreuse.

Quelques saillies qui me reviennent à l’esprit.

Le secrétaire général des nations unies qui n’aurait pas à se mêler des affaires bilatérales entre deux pays alors que l’Onu a justement été créée pour régler les defferends entre les nations…

Le président de la cedeao qui sert des intérêts étrangers alors que la même cedeao est félicitée pour son implication dans le règlement de la crise…

Le président Nigerien qui ne serait pas Nigerien… (c’est pour moi un sujet de.. Bref, je ne parle pas) Ouarata qui est le chameau qui se moque de la bosse du dromadaire…

Les autorités françaises qui sont appelées junte en réciprocité…La minusma ne doit pas s’occuper des droits de l’homme alors que la mission première de celle ci c’est la protection des populations civiles…

Bref, tout ceci tient pour moi de propos de cour de récréation, où chacun essaie de montrer qu’il pisse plus loin que les autres.

Si je dois conclure sur cette sortie, voici mes deux observations. La première est que les Africains devraient être solidaires quand ils sortent du continent, et ceci concerne tous les États.

La seconde est que tant que nous continuerons à dépendre de l’extérieur pour combler nos budgets et financer notre développement, tout le reste n’est que du blabla. Tu cries à bas la France, mais c’est l’AFD qui finance tes projets de développement. Ça n’a aucun sens. L’excuse de la colonisation ne tient pas. Qui pour expliquer à certains exaltés que la Chine, l’inde et l’Iran ont à un moment de leur histoire été colonisés. Nous afaiblissons nos états par la corruption, la mauvaise gouvernance et le népotisme, après nous trouvons toujours des responsables à nos échecs. Le tigre ne proclame pas sa tigritude, il bondit sur sa proie et la dévore.

Si un pays africain peut tenir un tel discours de souveraineté, c’est l’Éthiopie. C’est une puissance économique qui bat sa monnaie, elle se bat seule contre une rébellion puissamment armée, et elle a le privilège d’être le seul pays africain à avoir vaincu le colon. Mais ils sont si visionnaires, les éthiopiens. Allez suivre leur discours.

Voilà, vous avez demandé mon avis et je vous le donne, avec mon franc parler habituel. Les éternels freluquets vont venir s’egosiller ici sur ma prétendue allègence à la France. C’est mes camarades français de Saint-cyr qui doivent rire de ces accusations, parce que dans cette école qui forme la fine fleur de l’élite militaire française, on m’appelait le dictateur. Aucune blague raciste ne passait devant moi et quand j’ai fini ma formation, je suis rentré au pays, malgré les opportunités qui s’offraient à moi car le Togo sera mon linceul. Bref.

Pardon, c’est la vie chère qui me retient ici en ce moment. Que les maliens renvoient les 25000 troupes étrangères sur leur territoire, sortent du franc cfa comme de la cedeao, et récupèrent le contrôle de leur territoire. Vous allez voir, je vais faire tout seul une marche de soutien pour eux. Autrement, circulez, il n’ya rien à voir. Tout ça c’est hoba hoba.

Tout ceci est bien dommage parce que Robert Dussey a fait un excellent discours, plus profond même que celui de Maiga, mais ça lui manque les formules fleuries et les punchlines révolutionnaires. Claudy Siar est l’un des rares à l’avoir remarqué. Dommage. Allez chercher ce discours. J’y reviendrai.

J’écris trop non ? C’est bon, j’arrête.

Insultez-moi vivants à présent.

Gerry.

Source : icilome.com