Patrick Lawson : «Si les mandants de la CENI ne les arrêtent pas, le peuple va les arrêter» 6 septembre 2018

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Patrick Lawson : «Si les mandants de la CENI ne les arrêtent pas, le peuple va les arrêter»                                                                             6 septembre 2018

Par Serge Lemask, togo-online.co.uk

Connu pour sa pondération et son sens fin de la culture politique togolaise, le premier vice-Président de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) Patrick Lawson dans l’une de ses rares sorties sur les ondes de Pyramide FM hier dimanche 02 septembre, est largement revenu sur l’actualité au Togo. Des rafles policières à l’érosion cotière avec le risque de disparition de la ville d’Aného en passant par la feuille de route de la CEDEAO, celui qui revendique 35 ans de la lutte politique au Togo n’a rien loupé dans l’émission D12 avec le confrère Pierrot Attiogbé. Lecture.

Vous avez regretté avoir perdu votre père spirituel Gilchrist Olympio. Qui est votre nouveau père spirituel ?

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Je suis resté dans la ligne qu’il m’a inculqué au départ, aimer son pays, défendre ce que les nationalistes ont pu faire dans ce pays et c’est ce que je continue à l’ANC.

Jean-Pierre [Ndlr : Fabre] et moi on est du même âge, quelques mois de différence, on travaille en toute symbiose.

Les contrôles de police et de la gendarmerie suivis d’arrestations et de la prise des empreintes digitales des personnes arrêtées. Est-ce que vous avez connaissance de tout ce qui se passe dans la nuit ?

C’est regrettable parce qu’il ne faut seulement dire que nous sommes dans un pays de droit. Ces actes qu’on pose au quotidien, ces tracasseries qu’on cause aux Togolais prouvent que nous avons encore du chemin à parcourir. Un petit pays comme le nôtre on aurait pu y vivre mieux. On se connaît tous. Est-ce qu’on a besoin de toutes ces tracasseries ? Ces tracasseries, on sait que c’est surtout en pleine période électorale que cela vienne ou à la veille des manifestations. En clair, cela veut dire qu’on veut empêcher des gens d’aller à leurs manifestations ou on prend leurs empreintes pour faire autre chose. Les fraudes étant un sport quotidien au Togo en période électorale.

Est-ce que vous tentez des interpellations au niveau de l’Assemblée nationale sur ces questions ?

Nous avons un problème avec les interpellations. Notre règlement intérieur est clair là-dessus mais lorsque vous faites une interpellation sur un sujet brûlant et qui nécessite qu’on intervienne immédiatement, c’est six mois après que le ministre interpelé va se présenter et lorsqu’il se présente, c’est pour des litanies. Il défend son programme au lieu de répondre à la question concrète. C’est le mal de la vie parlementaire aujourd’hui et c’est regrettable. Lorsqu’on est responsable dans un pays, on l’est pour aider les populations et à ce titre, lorsque les populations ont des difficultés, on doit au moins les rassurer, leur apporter les premières réponses ; c’est ce qui manque. Ça ce n’est pas l’apprentissage mais un manque de volonté politique.

Certains parlent d’un processus d’apprentissage de la démocratie.

Est-ce qu’on apprend ? Si on apprenait, ce serait quelque chose de positif pour nous. Nous piétinons, nous faisons toujours les mêmes erreurs, nous reculons même. Quand vous avez un texte devant vous qui vous dit qu’il n’y pas un mandat impératif et que vous vous entêtez à renvoyer des députés, on ne peut pas dire qu’on fait de l’apprentissage.

Quel regard portez-vous sur la tribune de Faure Gnassingbé dans Jeune Afrique ? Les aviez-vous lus ?

Bien sûr j’ai lu les deux textes. L’impression que cela me laisse, c’est que pour quelqu’un qui ne sait pas que c’est un régime cinquantenaire, croirait que c’est un programme d’avenir pour un régime qui va naître. Or, le régime qui parle dans cette tribune, l’homme qui parle a déjà fait 15 ans, son père en a fait 38 ans. Lorsqu’on lit ces écrits, on dirait que c’est quelqu’un qui fait un programme pour l’avenir du Togo lorsqu’il deviendra président de la République. Or, ce n’est pas le cas Il est bien de s’inspirer de ce qu’il a écrit mais la mise en œuvre se fasse par d’autres personnes. Lui il est déjà dépassé par cela.

Tout ce dont on parle je crois que ce sont des choses à venir. L’aéroport oui mais beaucoup de choses sont prévues pour être faites. Cela veut dire qu’il va encore rempiler des années. Je ne crois pas que ce soit son intention. Je crois que c’est quelque chose qu’il veut laisser pour l’avenir pour celui qui va venir. Je veux bien voir comment nous avons changé. Oui c’est vrai, avant on avait trois repas maintenant on a un. Les gens s’enivrent parce qu’ils ont trop de soucis, ça aussi c’est un changement mais un changement réel et palpable, je le regrette mais je ne le vois pas.

Sommet de la CEDEAO et la feuille de route, le pouvoir et l’opposition du Togo aiment faire la compagnie des crises

Les Togolais s’attendaient plutôt à une surprise. Je vous assure que les Togolais sont très déçus parce que depuis le 31 juillet, pas une seule fois les facilitateurs ne sont revenus nous voir ni leurs représentants. Il y a juste un fonctionnaire de la CEDEAO qui vient et je ne sais pas ce qu’il vient faire souvent si ce n’est pour aggraver la situation. Nous les Togolais, nous n’attendons pas se faire marcher sur les pieds une fois. Si les choses ne changent pas, les Togolais reprendront la rue et reprendront leur destin en main. Je ne suis pas d’accord avec la manière dont la CEDEAO gère ce dialogue. Je crois que la C14 est de bonne foi. Elle a arrêté les manifestations pour permettre à ces chefs d’Etat de travailler. Rien n’y fit et à partir de là, c’est la colère. Si c’en est ainsi, il faut que le peuple lui-même reprenne son destin en main.

En 2005, nous avions eu près de 1000 morts ; nous ne voudrions plus que des gens soient allés dans la rue pour revendiquer un certain nombre de choses, retour à la Constitution de 92 ; la remise en place des institutions fiables ; le vote des Togolais de l’étranger… et aujourd’hui on fasse comme s’il n’y a jamais eu de mouvement dans ce pays et que les Togolais n’ont jamais revendiqué tout cela, c’est quelque chose qui me choque. Vous savez que je ne suis pas quelqu’un de bouillant mais je n’aime pas qu’on me triche et me prenne comme un imbécile.

Vous avez l’impression que finalement la CEDEAO est en train de vous tricher ?

La CEDEAO n’est pas en train de jouer le jeu qu’on pouvait attendre d’elle.

Quand vous dites que rien n’y fit, on a l’impression que la CEDEAO a abandonné le Togo.

Oui elle a émoussé la détermination des Togolais. C’est exactement ça. Je ne veux pas dire autre chose. Elle a émoussé la détermination parce que les Togolais voulaient que les choses changent. Vous savez que par principe, les Togolais n’aiment pas voir le sang couler et quand les Togolais se sont engagés dans la rue, c’est pour des revendications précises. Et que des revendications pas pour renverser un régime mais que les revendications soient satisfaites et après cela, on puisse aller à des élections transparentes et que le meilleur gagne. Si le chef de l’Etat ne peut pas satisfaire les revendications dans les délais, il faut que lui-même parte, c’est une chose et la deuxième chose que nous demandions, c’est que,50 ans c’est trop ! Il faut qu’en 2020, le chef de l’Etat puisse ne pas se présenter, voilà ce que les Togolais demandaient.

La CEDEAO privilégiait la stabilité du Togo. C’est quoi la stabilité ?

La stabilité ne peut venir que d’une seule personne ? Si on organise les élections transparentes et que celui qui a gagné prend le pouvoir, que l’armée respecte le pouvoir d’Etat comme cela se doit, je crois qu’il y aura stabilité au Togo.

Est-ce qu’il est de l’intérêt de la CEDEAO d’attiser le feu au Togo ?

Non ! Ils nous disent le contraire. Ils ne veulent pas attiser le feu au Togo mais il y a deux façons de ne pas attiser le feu, c’est voir les problèmes et les couvrir en attendant ce qui peut arriver ou affronter les problèmes, les résoudre fondamentalement et pour de bon. Voilà les deux possibilités que la CEDEAO a mais j’ai toujours une indulgence pour la CEDEAO, avant tout, ces problèmes concernent nous-mêmes les Togolais. Mais à partir du moment où elle ne serait plus en mesure de nous aider à résoudre le problème, que cela soit dit clairement et que les Togolais prennent leur responsabilité.

Une délégation de la Coalition était à Accra cette semaine. Vous le confirmez ?

Nous nous activons parce que nous voulons que cette crise soit résolue. Nous n’avons peur de rien. Tout ce que nous voulons pour notre pays c’est la paix.

Aujourd’hui, il est clair de séparer la CEDEAO et les facilitateurs. Les deux facilitateurs sont membres de la CEDEAO. Ils ont eu un mandat de la CEDEAO, ce que nous disons, c’est qu’on a une chance, le Président Buhari est le président de la CEDEAO, cette fois-ci que l’impulsion vienne de lui et qu’en plus de cela les deux facilitateurs se mettent également au travail. Je sais qu’ils ont énormément d’occupations chez eux mais il faudrait qu’ils trouvent le moyen de planifier leur programme pour pouvoir nous aider parce qu’on ne va pas piétiner et rester là tout le temps. Nous avions confié en partie notre sort aux facilitateurs et non aux fonctionnaires de la CEDEAO.

Dans certains milieux, on estime que la C14 fait trop confiance à la CEDEAO

On fait confiance à la CEDEAO. Le problème, il est simple. La CEDEAO ne nous a pas encore dit qu’elle sort du dossier. Nous travaillons dans un environnement, si nous-mêmes on se met à faire un certain nombre de choses, la CEDEAO peut trouver l’argument de dire que vous ne respectez pas ce qu’on s’est dit. Il faut conjuguer les deux. Négocier et manifester parce que si nous ne manifestons pas, nous n’aurons rien dans la négociation. Quand il n’y pas de rapport de force, personne ne fait de cadeau en politique.

A écouter les leaders de la C14, c’est comme si la crise va reprendre avec les manifestations de rue ?

Nous voulons l’éviter mais est-ce qu’on nous laisse le choix ? C’est la raison pour laquelle on va voir les facilitateurs. Nous sommes là, le pouvoir avance, les Togolais sont démoralisés. Il y a une CENI qui pose des actes au quotidien et on dirait que c’est fait même pour berner les Togolais, saper leur moral et nous on va rester-là, croisez les bras et dire que la CEDEAO viendra un jour ! Non on ne le peut pas, c’est pour cela que nous aussi nous préparons à reprendre la seule arme que nous avons.

Est-ce qu’on peut avoir une date sur le retour des facilitateurs à Lomé ?

Très prochainement. Après le sommet Chine-Afrique, tout va rentrer dans l’ordre.

Est-ce que vous avez l’impression que cette CENI va s’arrêter ?

Il y a deux choses, ou elle s’arrête d’elle-même sur injonction de leur mandant ou alors le peuple va les arrêter. A un moment donné, ça va s’arrêter. De quelle manière, on ne le sait pas. Si leur mandant ne les arrête pas, le peuple va les arrêter. Qu’on veut organiser des élections, organisons les de façon transparente, celui qui gagne, il gouverne le pays et c’est tout sans vengeance car nous sommes tous des Togolais, le passé c’est le passé mais allons à des élections transparentes pour une fois. Que celui qui gagne gouverne le pays et s’il ne le gouverne pas bien, il sera sanctionné au bout de 5 ans.

La CENI et sa composition, paritaire, vous y tenez ?

Vous savez le problème du Togo, sur ces 50 années de gestion calamiteuse, notre administration a perdu de sa substance. Elle ne peut plus être neutre. Sinon, on aurait pensé réellement à une CENI technique. Le moindre mal aujourd’hui, ce sont les forces antagonistes mais avec un homme de bonne foi qui, peut ne pas être Togolais et en plus de l’encadrement des experts de la CEDEAO, je crois qu’avec ça on aurait des élections transparentes.

Ce ne sont pas des réclamations qui arrivent un peu tard ?

Je crois que c’est une erreur d’avoir fixé le 20 décembre puisqu’aussi bien, on a travaillé avec les facilitateurs sur cette feuille de route. Ce que nous avons proposé, c’est une date raisonnable, mettre 20 décembre alors qu’on sait que nous n’avons pas encore commencé la reprise du fichier électoral qui est quelque chose de fondamental puisque nous voulons aller à la biométrie intégrale. Tout cela n’est pas fait et on fixe une date. D’ailleurs, nous, nous allons sortir un chronogramme pour leur prouver ce qu’il faut pour aller à des élections transparentes.

Vous êtes Président de la Commission Environnement au Parlement. Que faites-vous sur les cas de la ville d’Aného sur l’avancée de la mer ?

Vous savez, c’est un problème extrêmement sérieux. Il y a quelques mois, un texte nous a été présenté sur la question de l’érosion et le texte était léger. Nous l’avons fait savoir et tel a été l’avis du gouvernement et nous l’avons retiré. Dans la vie de tous les jours, il y a certaines choses qu’il faut faire rapidement : il s’agit des épis pour parer au plus pressé. Des épis, le gouvernement nous parle mais ne le fait pas. Le parlementaire n’a pas de budget, c’est le gouvernement qui a le budget de l’Etat. Et si au moins on avait mis ces épis, ça nous protégerait contre l’avancée de la mer. A cela s’ajoutent par ailleurs, les effets néfastes humains. Le sable que nous prenions, ça fait avancer la mer, bizarrement les barrages de Nangbéto et consorts poussent la mer vers les terres fermes. Il y a beaucoup de choses qui se passent actuellement mais le plus pressé, le plus urgent, c’est de mettre les épis pour sauver Aného. Je lance un appel, quiconque va faire de la publicité, de la propagande, de la campagne électorale sans s’occuper de ce problème, le poser clairement, n’aime pas Aného parce que Aného va disparaître si rien n’est fait.

Est-ce que c’est réel Aného risque de disparaître si rien n’est fait ?

J’ai énormément peur. Quand je vais en mission, tous ceux qui sont concernés ou s’intéressent à ce domaine, je discute avec eux.

Le jeudi prochain sera la prise de la pierre sacrée

Aného, une ville qui devient ville, c’est normal. Une ville qui a été deux fois capitale du Togo avec de très grandes familles qui n’arrivent pas à s’attendre pour restaurer certains bâtiments anciens, c’est normal mais il faut que ses terres là puissent exister c’est pourquoi je parle des épis. Ce qui concerne notre fête, je crois que nous dramatisons aussi parfois. Il y a des cérémonies qui se font avant la prise de la pierre sacrée et ces cérémonies ont été faites sans problème. Kpessosso, c’est le côté apparent de l’iceberg.

Source: Pyramide FM

Transcription de la Rédaction

Togo-Online.co.uk

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