Incendies des marchés : La justice immolée sur l’autel des calculs politiques ?

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La peine de contempler sans pouvoir agir les flammes emporter ce qu’on a mis toute une vie à construire

Quelle idée de lier le sort des incendies des grands marchés de Lomé et Kara aux mouvements de revendication des réformes politiques et institutionnelles ? C’est la question sur toutes les lèvres. Par deux (02) nuits de janvier 2013, des milliards de l’économie togolaise, de longues années de labeur des commerçantes et commerçants sont partis en fumée. Bientôt cinq (05) ans que le pouvoir et l’opposition font le micmac autour de cette affaire, pour enfin annoncer jeudi soir que des mesures de clémence «pourraient être envisagées à l’issue du procès». Qui entre UNIR et l’opposition a brûlé l’économie togolaise en janvier 2013 ?

En mobilisant des centaines de milliers de Togolais le 19 Août 2017, le Parti National Panafricain (PNP) avait deux principales revendications : le retour à la Constitution originelle de 1992 et le vote effectif des Togolais de la diaspora.

Les circonstances ont évolué, une coalition est née avec d’autres revendications comme la libération de Togolais privés de leur liberté à cause de leur opinion politique. Ensuite, la coalition a également ajouté à la plateforme revendicative, le déverrouillage des institutions de la République souvent manipulées par le régime pour assouvir des intérêts personnels.

16 morts selon le bilan de l’opposition et 14 selon le gouvernement, sans oublier le jeune Ouro Djobo Djalil, la dernière victime de la crise politique. Il ne faut toujours pas oublier qu’à l’heure actuelle, des milices sont lancées à la trousse de certains militants politiques à Sokodé. Malgré les mesures annoncées par le gouvernement, des citoyens sont en train d’être persécutés dans l’ombre, loin des discours politiques.

C’est donc curieux qu’en prélude au dialogue qui s’impose pour une sortie de crise, l’affaire des incendies des grands marchés de Lomé et de Kara, soit parachutée sur la table pour faire l’objet de marchandage sur la tête des victimes qui risquent donc de ne jamais être indemnisées, ni de connaître leurs bourreaux.

On se souvient qu’au lendemain du drame, le gouvernement (parti au pouvoir) avec les institutions et les moyens d’Etat s’était acharné contre l’opposition principalement le Collectif Sauvons le Togo (CST) qui dérangeait à l’époque. Plus tard, le gouvernement tombe dans son propre piège car, les experts français et israéliens, commis pour les investigations, ont révélé que c’est le kérosène qui a été le combustible utilisé par les criminels. Une matière dont seules les autorités togolaises détiennent le monopole.

Pourquoi l’enquête a-t-elle ignoré cette piste> ? Questionnait l’opposition qui, dans une contre-enquête, incrimine certains proches de Faure Gnassingbé à savoir:

(1)Mme Ingrid Nana AWADE, Directrice générale des impôts (DGI) à l’époque, principale instigatrice de cette machination ; (02) Le Colonel Félix KADANGA, à l’époque Chef corps de la Force d’intervention rapide (FIR), unité d’élite des Forces Armées Togolaises (FAT), actuel Chef d’Etat-major des Forces Armées Togolaises (FAT), exécutant en chef de ce plan; (03) Le Lieutenant-colonel Yotroféi Alex MASSINA, à l’époque Directeur de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR), actuel Directeur National de la Gendarmerie; (04) M. Raoul Kpatcha BASSAYI, Directeur général (DG) de l’entreprise de bâtiments et travaux publics CENTRO ; (05) Le Général Mohamed Atcha TITIKPINA, Ex-Chef d’Etat-major général des Forces Armées Togolaises (FAT) ; (06) Le Colonel Bawoubadi Didier BAKALI, Préfet de la Kozah ; (07) M. Kogoé Sylvère AKRIMA, ancien Directeur général (DG) de la Société Aéroportuaire de Lomé Tokoin (SALT), fournisseur du kérosène qui aurait servi aux incendies et qui a été prélevé sur le stock de la base de chasse de l’Aéroport international de Niamtougou ; (08) L’officier de police KPEMISSI, chargé des audiences du Président de la République Faure Essozimna GNASSINGBE, à Kara, en service au Commissariat de Police de Kara, principal exécutant de l’opération de l’incendie du marché de Kara. Toutes ces informations sont contenues dans le rapport d’enquête commandité par le CST.

Pendant que les politiques s’amusent avec le sort du contribuable qui les nourrit, ce dernier est laissé pour compte. En témoigne cette vidéo dans laquelle les femmes du grand marché de Lomé se plaignent. On ne nous a ni indemnisées, ni rendu justice, pas même la construction d’un nouveau marché. Les affaires se décantent au jour le jour et nos partenaires des pays étrangers désertent vers d’autres horizons, le grand marchés de Lomé a perdu sa notoriété. Le repas de chaque jour n’est possible que sur endettement. déplorent-elles en boucle, avec de grands efforts pour sécher leurs larmes.

On investit des milliards pour construire des marchés boudés partout sur l’étendue du territoire, puisque ces projets ne tiennent pas compte des réalités sociologiques, anthropologiques, géographiques, etc.

Berner les pauvres victimes pendant bientôt 5 ans, pour enfin annoncer un procès aux couleurs politiques avec l’imminence des mesures de clémence ne parait pas honnête. Que ce soit UNIR ou l’opposition ou encore quelqu’un d’autre qui aie brûlé le gagne-pain de millions de Togolais, l’avènement de contestation du règne de Faure Gnassingbé peut les rassurer.

Plusieurs Togolais sont morts, des milliers envoyés en exil pour négocier des mesures de clémence envers les criminels de 2013.

Connaitra-t-on vraiment ces criminels? On a des raisons de ne plus y croire dès lors que la justice ne réagit que suite aux soubresauts politiques.

Lorsque l’opposition réclamait le déverrouillage des institutions de la République, on croyait que c’était pour avoir par exemple une justice libre et transparente qui dit le droit. Les dernières tournures donnent l’impression que c’était une liste de revendications qui négociait dans l’ombre le sacrifice de la justice à l’autel des calculs politiques.

On aurait pu continuer par exiger un procès en bonne et due forme pour situer les responsables dans cette affaire des incendies des marchés, et montrer aux Togolais qui les a réellement brûlé. Mais demander tout simplement la libération des personnes détenues, sous la couverture d’une « clémence » qui viendrait du chef de l’Etat, c’est comme si ces militants de l’opposition arrêtés dans ce dossier se reprochaient quelque chose.

A. Lemou

Source : www.icilome.com

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