Il était une fois le Togo

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Il était une fois le Togo

Et voilà ! Une Feuille de Route nous est donnée par la CEDEAO. À notre pleine satisfaction ? Probablement que là n’est pas l’enjeu principal. L’enjeu véritable demeure : comment satisfaire un peuple en quête de sa dignité, une fois que la mécanique vers la solution est raisonnablement partagée par d’autres que ce seul peuple ? Il faut plus qu’une première et unique tentative pour y arriver avec efficacité. Cette prise initiale de la CEDEAO offre un « arsenal de démocratie » dont il faut savoir tirer le meilleur usage, comme du temps crucial de Franklin D. Roosevelt.

Le talent n’est qu’une longue patience, savons-nous depuis Flaubert, de Maupassant et bien d’autres ; le talent politique n’est donc que du travail, l’épaule remise à la roue de la République. Dans la cause togolaise, la diplomatie de la CEDEAO vient encore de nous en donner la preuve. Pour avoir pris le problème togolais à bras-le-corps, pour si longtemps et avec une patience désarmante, la CEDEAO devient incontournable par ce seul talent diplomatique que sont devenus son engagement et ses propositions. Alors, la Feuille de Route, le Mandat prononcé, devient un défi à tous les adeptes du changement démocratique : « Vous avez tous les outils, démocrates togolais. À vous de savoir en faire bon usage » dit la CEDEAO.

Il est une posture de luxe, difficile à tenir dans le temps : « Je veux n’être jamais lié à aucun parti politique, quel qu’il soit, à aucune religion, à aucune secte, à aucune école ; ne jamais entrer dans aucune association professant certaines doctrines, ne m’incliner devant aucun dogme, devant aucune prime et aucun principe, et cela uniquement pour conserver le droit d’en dire du mal. » Excessif, pour ce qui est du Togo! Pour le Togo, la situation mérite plus que de la raison, mais une posture éthique solide pour ne pas tout critiquer.

Les femmes et les hommes du Togo ne peuvent pas se réserver le droit de dire du mal de la CEDEAO comme ce grand privilège que Guy de Maupassant s’était donné en son temps. Au nom de ses propres principes de gouvernance, sans cesse raffermis depuis la révision de son Traité initial, la CEDEAO ne saurait renoncer au Togo. Pas plus que le Togo ne peut tout simplement renier la CEDEAO, une œuvre togolaise par ailleurs, une œuvre témoin du génie politique de l’élite togolaise de surcroît, depuis 1975. Mais c’est connu : le cordonnier peut paraître mal chaussé lui-même, trop longtemps occupé par les souliers des autres.

La dernière marche avant la démocratie

Quoi que puisse être la grande incertitude politique du moment, la longue période d’asservissement et d’autocratie n’a pas anéanti les citoyens togolais. Le déclin du Togo politique n’a jamais eu lieu. La dégringolade politique des cinquante années du magistère des Gnassingbé, père et fils, n’a fait que revigorer le refus global de toutes les impostures récurrentes. La détermination de ces citoyens togolais, de l’intérieur comme dans la diaspora, est un gage du succès, malgré toutes les apparences de l’illusion.

Le Togo attire toujours l’attention des autres élites politiques africaines ; et plus fortement d’une jeunesse africaine consciente de son droit à un mieux-être. Le Togo a du succès. Comme de ces « grands artistes », le Togo impose à la CEDEAO toutes ses « illusions particulières ». Il s’agit maintenant aux Togolaises et aux Togolais de savoir traduire cet intérêt de la CEDEAO en beaucoup mieux que cette première mouture de propositions. Puisque ni le Togo ni la CEDEAO ne peuvent s’accorder l’indifférence, la présence de la CEDEAO est encore utile dans la suite des choses : le Comité de suivi en est le parfait témoignage.

Plus que jamais, le statu quo n’est plus de mise au Togo encore moins la marche arrière ou le retour au passé. Tous les ingrédients sont bien réunis. Demanderesse du changement pour le retour à la République, c’est à l’Opposition togolaise de tout mettre en œuvre pour tirer avantage de la nouvelle donne. D’abord se rapprocher de nouveau des facilitateurs et du nouveau président en exercice de la CEDEAO ; s’instruire de leur lecture des circonstances nouvelles ensuite ; ramener tous ses enseignements pour bâtir une approche conséquente, un plan stratégique couvrant les prochains mois de marche enfin.

Ainsi s’égrène parfois le chemin des peuples vers leur avenir. Déterminé, le Peuple togolais ne peut plus, tout seul, faire cette « Longue marche vers la liberté ». L’épopée vers la liberté a toujours été une expérimentation permanente jusqu’au résultat final ; le Togo ne fait pas exception. De Roosevelt à Mandela, de Lincoln à Nkrumah, c’est cette promesse qui vient d’être renouvelée à travers le nouvel épisode CEDEAO dont il faut prendre possession, rapidement, pour mieux le fructifier, pour mieux en rendre compte un jour…

Pierre S Adjété
1er aout 2018

27Avril.com

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