HAAC: les non-dits d’une brouille entre Zeus et Telou

Quand on n’est pas un exemple de vertus, on doit se priver de donner de leçons. Le président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), Pitalounani Telou vient de l’apprendre à ses dépens.

Lui qui, pas plus qu’hier, fustigeait les manquements déontologiques des journalistes qu’il qualifie de « dérives suicidaires », a été recadré par un membre de l’institution, Zeus Aziadouvo, président du comité presse écrite qui récuse sa signature au bas du document sanctionnant le bi-hebdomadaire « L’Alternative ».

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A quelques quatre mois de la fin de l’actuelle mandature de la HAAC, l’institution multiplie des clins d’œil pour être dans les bonnes grâces du pouvoir surtout pour ceux qui veulent rempiler. C’est ce qui explique la multiplication ces derniers mois des sanctions tous azimuts à l’encontre des médias.

Et ce sont les journaux jugés très critiques qui en font les frais. En effet, si par inadvertance, ces derniers sont convoqués auprès de la HAAC pour s’expliquer sur un article prétendu ne respectant pas les règles du métier et surtout si, la convocation émane d’une autorité de la République ou même étrangère, le cas de l’Ambassadeur de France par exemple, la HAAC n’hésite pas à user de contorsions pour sanctionner le journal en question.

La dernière illustration est le cas du bi-hebdomadaire « L’Alternative » qui, la semaine dernière, a écopé sur requête du ministre de l’Urbanisme Me Koffi Tsolenyanou, de 4 mois de suspension pour récidive pour des faits dont « sa culpabilité » n’est pas totalement démontrée.

« Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de la cour vous rendront blanc ou noir ». Ce proverbe de Jean de la Fontaine est plus que d’actualité au Togo. Il suffit de faire partie de la haute bourgeoisie togolaise ce qu’on appelle ici « la minorité », le thème est emprunté au président de la République pour qu’on ait raison. On peut même tronquer la vérité pour atteindre le but visé.

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C’est ainsi que toutes les affaires traitées par l’institution de régulation mettant au prise un journaliste à une autorité a toujours tourné à l’avantage du dernier même si « des preuves irréfutables » sont fournies pour le journaliste. C’est dire que l’institution dirigée par Telou à l’instar de la justice est devenue le garçon de courses des autorités qui peuvent se permettent tous les écarts, elles n’ont rien à craindre car il y aura des institutions à la botte qui feront le travail à leur place même si on ne leur demande pas.

Un trait sur la HAAC ?

La sortie de Zeus Aziadouvo en date du 08 février dernier en dit long sur comment les affaires sont traitées au sein de cette institution constitutionnalisée. « En prenant cette décision, nous avons tout simplement fait la volonté de Me Koffi Tsolenyanu et son conseil qui demandaient à l’instance de régulation des médias d’appliquer au journal « la loi dans la rigueur », écrivait l’ancien directeur de publication du quotidien Liberté.

De ce fait, poursuit-il, nous avons agi en violation du premier article de notre loi organique qui dispose : « La Haute autorité de l’audio-visuel et de la communication, ci-après dénommée HAAC, est une institution indépendante vis-à-vis des autorités administratives, de tout pouvoir politique, de tout parti politique, de toute association et de tout groupe de pression », continuait-il dans la correspondance adressée au président de la HAAC abondamment relayée sur les réseaux sociaux.

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Ce n’est pas la première fois que le rétif de la HAAC fait une sortie. On se rappelle que dès l’entame de leur fonction, en février 2017, M. Aziadouvo avait déjà saisi la Cour suprême du Togo pour dénoncer les méthodes peu orthodoxes de l’ancien président de la HAAC Pitang Tchalla visant à museler la presse notamment dans l’affaire LCF-City FM.

Cette saisine de la cour suprême avait suscité beaucoup d’espoir dans l’opinion. On avait alors cru que désormais au sein des institutions de la République, il y aura enfin une voix discordante qui sera prête à porter la contradiction où besoin sera. Prenant l’exemple sur cette sortie, certains n’avait pas hésité à convier l’opposition et les indépendants à rentrer dans les institutions étatiques pour porter la contradiction de l’intérieur.

Mais finalement les tenants de cet avis étaient restés sur leur soif. On avait eu l’impression qu’on a tapé sur les mains de ce membre de la HAAC qui est rentrée dans les rangs. Plus rien. Pendant ce temps l’institution qui a changé de président continuait le musèlement de la presse. Des mises en demeure en passant par des suspensions sans oublier des retraits de récépissés suivaient et se ressemblaient presque.

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La nouvelle, Fraternité, Alternative, Panorama,…et même Liberté, le journal dont le fondateur est Aziadouvo ont été sanctionnés. Mais la voix de Zeus Aziadouvo était inaudible au point où certains se sont dit « oh diantre ! Il s’est accommodé à la situation. Il a pris la couleur de son milieu ».

On a attendu, quatre mois avant la fin du mandat de la HAAC pour voir encore une réaction de Aziadouvo pour dénoncer les maux qu’il dénonçait déjà en février 2017 et qui ont pour noms l’utilisation de l’institution de la République ou la manipulation de la loi pour régler des problèmes personnels en marchant sur le rôle de la HAAC qui est de « garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse et des autres moyens de communication de masse » et d’être une « institution indépendante vis-à-vis des autorités administratives, de tout pouvoir politique, de toute association et de tout groupe de pression ».

Or, cette institution que ce soit dans ce dossier ou celui de la plainte de l’Ambassadeur de France notamment utilise « un raccourci pour que l’injonction du ministre ou de l’Ambassadeur soit effective ».

En se désolidarisant aujourd’hui de ses collègues, dans sa quête de « construction du Togo nouveau » et en montrant son opposition aux actes attentatoires au libre exercice du métier du journaliste, Zeus Aziadouvo a-t-il fait un trait sur une possible reconduction au sein de l’institution ? Quand on sait que le renouvellement de l’actuelle HAAC qui doit intervenir au plus tard en juin prochain, et pour être élu on a forcément besoin des voix des élus du parti au pouvoir.

Togo Scoop

Source : Togoweb.net

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