Faure Gnassingbé, Israël et CEDEAO : les liaisons dangereuses

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Faure Gnassingbé et Benyamin Netanyahu se sont offert un « pré-sommet » Afrique-Israel dimanche, dans la capitale Libérienne, Monrovia. Pendant que le Togolais prenait la tête de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), il a tenu que ce soit sous les regards de ses nouveaux alliés, l’Israël dont le Premier ministre Benyamin Netanyahu a été la vedette du sommet.

Faure Gnassingbé, Israël et CEDEAO : les liaisons dangereuses

D’une pierre, l’axe Togo-Israël a fait deux coups. Si Faure Gnassingbé et les siens font depuis des mois le tour des capitales africaines pour ameuter l’Afrique autour de leur sommet prévu en octobre prochain à Lomé, leur campagne a certainement pris un grand tournant dimanche dernier à Monrovia, avec la présence du Premier ministre Israélien, témoin du passage de main entre Sirleaf Johnson et Faure Gnassingbé.

Les liaisons de plus en plus fortes entre Lomé et Tel-Aviv ne sont pas sans porter des germes potentiels de désordre sur le continent. Israël le sait, en Afrique, il n’est pas forcément en terrain favorable, jusqu’ici en tout cas. Les positions de plusieurs pays africains, essentiellement musulmans, vis-à-vis du conflit israélo-palestinien ne sont pas toujours en faveur de l’Etat hébreu. Et l’Afrique de l’Ouest compte plusieurs de ces pays réfractaires à Israël.

Naturellement, les positions des pays africains vis-à-vis d’Israël se reflètent lors des votes aux Nations Unies et dans d’autres cadres au niveau international. Le Sénégal par exemple a même été, en fin d’année dernière, ensemble avec la Nouvelle Zélande, à l’origine d’une résolution contre Israël dans l’affaire d’une implantation juive jugée colonialiste en territoire palestinien.

L’arrivée du Premier ministre d’Israel à Monrovia a embarrassé plus d’un, au-delà du Sénégal. Le Maroc, pourtant nouvelle coqueluche en Afrique, a plutôt décidé d’envoyer une délégation en lieu et place du Roi qui était plutôt annoncé. Le Niger a, lui aussi, manifesté des gestes de bouderie en envoyant une délégation non-présidentielle.

Toutes ces réticences, manifestes ou latentes, Faure Gnassingbé et sa diplomatie en sont conscients. En traînant avec Israël, ils savent qu’ils se mettraient à dos certains pays de la communauté. Mais, ils ont fait leur choix. Et, de son côté, en venant en Afrique, particulièrement en Afrique de l’Ouest qui, contrairement à d’autres régions du continent, ne regorge pas de fortes communautés juives, l’État hébreu s’attend aussi à des réticences. A cet effet, nos confrères de Rfi, citant le Premier ministre israélien, croient savoir que « Israël est de retour en Afrique pour « affaiblir » cette majorité de pays africains qui vote « contre Israël » au sein des institutions internationales ». Israël peut encore espérer retourner en sa faveur certains pays comme le Togo qui sont à la quête de soutien au niveau international auquel s’accrocher, face au monde occidental. Mais la tâche risque d’être plus complexe avec d’autres pour des raisons historiques, idéologiques voire religieuses.

Le danger d’une compagnie avec l’Etat hébreu

En traînant avec Netanyahu et autres, Faure Gnassingbé devrait prendre conscience qu’il expose le Togo aux irritations de certains pays n’hésitent pas à prendre pour cibles tous ceux qui s’exhibent en compagnie de leurs prétendus ennemis.

En prenant le risque, le pouvoir compte sur la couverture du dispositif sécuritaire israélien. Israël se vante d’être leader dans la lutte contre le terrorisme. En réalité personne n’est ignorant de ce que l’on met dans la politique anti-terroriste et qui prend parfois des allures de répressions disproportionnées et aveugles, de violations massives de libertés individuelles et autres. En ce sens, Israël ne se contente pas d’attirer ses ennemis contre ses amis. Mais il devient lui-même source d’insécurité pour les citoyens et leur liberté.

Il faut bien craindre qu’avec la compagnie israélienne, particulièrement dans le cadre des préparatifs du sommet en vue, mais aussi de façon plus générale, que les citoyens togolais ne soient potentiellement soumis aux mêmes dérives liberticides auxquelles sont habitués Benyamin Netanyahu et les siens.

Déjà, au Togo, on sait que le dispositif de surveillance citoyens, qui viole l’intimité et les libertés de ces derniers, est d’origine israélienne. On sait aussi que le pouvoir de Lomé 2 compte sur l’Etat hébreu, entre autres, en boudant le monde occidental, pour se protéger, pas forcément du danger extérieur, mais des réactions populaires des Togolais fatigués du pouvoir à vie du clan Gnassingbé. On sait aussi qu’Israël est devenu un secours permanent pour le régime. On l’a vu dans l’affaire des incendies des marchés, avec l’intégration dans le dossier d’un douteux rapport de pseudos- experts israéliens qui est venu en rajouter à la confusion, noyant le contenu du rapport des experts français dans une polémique dont on n’est jamais sorti jusqu’à ce jour. D’ailleurs, ce dossier à lui seul est le symbole de ce que Faure Gnassingbé espère et compte faire de ses accointances avec Benyamin Netanyahu : se servir de ces liens pour faire chanter le bloc européen et se soustraire à leurs conditions relatives à la bonne gouvernance, aux droits de l’Homme et à la démocratie. Pourvu que ça dure !

Source : L’Alternative No.618 du 06 juin 2017

27Avril.com

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