Faure et sa curiosité Turque

Depuis quelques temps, sous le lead du ministre des Affaires étrangères, Prof Robert Dussey, homme de main de Faure Gnassingbé, le Togo a ouvert une diplomatie qui se veut active. Laquelle tend à diversifier les relations bilatérales de Lomé, avec des partenaires stratégiques outre que les classiques. La dernière en date est la Turquie, finalement une si curieuse destination choisie par le Togo.

Diversification des relations internationales

La Chine, l’Israël, la Russie, les États-Unis, le Royaume-Uni… Tels sont entre autres nouveaux modèles de partenariats et relations bilatéraux que le Togo se tisse. Des partenariats bilatéraux qui se concrétisent, d’une part par l’adhésion de Lomé à plusieurs projets de développement comme le Millenuim Chalenge Corporation (Mcc), celui en cours au Commonwelth, et plusieurs autres conventions et ententes signées par le chef de la diplomatie togolaise, le Prof Robert Dussey.

Si l’on peut s’estimer globalement heureux de la diversification de ses relations bilatérale, encore qu’elles profitent réellement au Togo, loin de la compromission, l’on ne saurait rester sans se poser de bonnes questions sur la pertinence de ses rapprochements avec d’autres États et puissances dont la dernière est la Turquie.

Curiosité Turque

En effet, début juin, le ministre des affaires étrangères a effectué une visite d’amitié et de travail à Ankara. Voyage officiel au cours duquel, plusieurs accords ont été signés entre le Togo et la Turquie. De même que des engagements pris entre les deux parties. Cette belle odyssée qui se profilent à l’horizon entre Faure Gnassingbé et Tayip Erdogan s’est poursuivie, la semaine dernière par une mission des fonctionnaires de la politice, de la gendarmerie et du ministère de la sécurité et de la protection civile. Conduite par le Gal Damehame Yark, les émissaires togolais ont, de nouveau, noué des pactes et alliances avec leurs alter-ego turcs dans le domaine de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent, de même que surfé sur plusieurs autres pistes de collaboration.

Des inquiétudes légitimes

Aujourd’hui, le rapprochement du Togo de la Turquie, au regard de la géopolitique actuellement et ses enjeux, paraît bien curieux. En effet, fidèle et traditionnel partenaire de l’Europe, beaucoup d’analystes se questionnent sur l’intérêt subite de Faure à une collaboration avec la Turquie qui, convient-il de le rappeler, entretient à ce jour, des rapports bien complexes et tumultueux avec l’Occident.

En effet, candidate à l’adhésion de l’UE depuis 1987, la Turquie, après plusieurs années de négociations n’a vu son statut officiellement reconnu par les Européens qu’en 1999. Mais depuis, la perspective de son entrée dans l’Union européenne a toujours suscité de vifs débats liés à la taille et à la position géographique du pays, au poids de la religion musulmane dans sa société ou encore à sa position sur la question chypriote. Des paramètres géopolitiques encore aggravés par le durcissement, ces derrière années, du régime de Recep Tayyip Erdogan.

Un tableau qui s’est noircit, entre autres, par le blocage des négociations par la France et l’Allemagne en 2007, l’aggravation du conflit avec les Kurdes depuis le début des années 2010 et la répression des manifestations de la place Taksim en 2013.

Cette gouvernance autocratique de Ankara sera ponctuée, plus tard, par l’arrestation, en 2016, de plus de 2000 opposants, dans le cadre d’une supposée affaire de coups d’État.

Suivront des purges et emprisonnements arbitraires, l’extension des pouvoirs de Recep Tayip Erdogan, des insultes vis-à-vis des autorités allemandes, néerlandaises ou encore françaises, des interventions militaires en Syrie et l’instrumentalisation politique des flux migratoires…, la Turquie s’est, au fil des jours, considérablement éloignée de ses partenaires européens, au point que le Conseil de l’UE estime, en octobre 2020, que ses négociations avec Anakara sont au point mort.

Somme toute des faits et gestes qui ont hypothéqué la perspective d’une adhésion turque à l’UE.

Savoir où mettre les pieds

À l’analyse du contexte géopolitique précité, il paraît curieux que cette Turquie, diplomatiquement «peu fréquentable» par les européens ait pu avoir autant d’audiences auprès du Togo. Prenant surtout en compte le caractère autocratique du régime de Anakara, Faure Gnassingbé est-il en passe d’envoyer un message clair à ses partenaires européens? La question se pose, lorsqu’on sait surtout que Lomé se positionne désormais comme la principale interface en matière de lutte contre le terrorisme dans la sous-région.

Aujourd’hui, beaucoup sont les analystes qui craignent que le Togo, petit pays en enjeux géopolitique très minime, voire insignifiant, par envie démesurée, ne mette le pied dans une sorte de bourbier qui finira par l’étouffer. On se souvient déjà du problématique conflit Israélo-palestinien dans lequel le Togo, du haut de son statut de membre non permanent, a clairement pris position au cours d’une assemblée du conseil de sécurité des Nations-Unies.

S’allier à la Turquie pour l’intérêt du Togo et de ses populations est une démarche appréciable. Voire souhaitable. Mais alors, tout réside dans les enjeux géopolitiques. Terrain sur lequel Faure risque gros, surtout s’il ne sait pas où mettre les pieds.

Source : Fraternité / fraternitenews.info

Source : 27Avril.com

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