Entretien Exclusif : Agbéyomé, Kpodzro, PNP, Mairie, Rawlings, Relance de la lutte. Jean-Pierre Fabre crache tout !

Malgré tous les coups tordus tendant à le discréditer sur la scène politique, c’est un homme qui garde tout son engagement et sa détermination. Pour lui, tout en reconnaissant la lassitude qui aurait gagné certains Togolais, le principal goulot d’étranglement à la lutte pour la démocratie et l’alternance aujourd’hui reste et demeure le mensonge qui a tout foutu en l’air. « Je me suis fait beaucoup de privations et j’ai consenti des sacrifices pour garder ma liberté de parole et mon indépendance d’esprit, le temps est en train de faire son travail pour qu’ensemble l’opposition sérieuse puisse se retrouver et redonner l’espoir d’un lendemain meilleur pour le Togo », avance-t-il en faisant allusion à la confusion entretenue par une partie de l’opposition depuis quelque temps. De la Mairie aux différentes réunions de son parti l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), Jean-Pierre Fabre garde toute sa vigueur et toute sa rigueur dans le travail. Dans cet entretien exclusif au bihebdomadaire « Le Correcteur », l’ancien chef de file de l’opposition a craché tout ce qu’il avait sur le cœur. De son quotidien à la tête de la Commune Golfe 4 au décès de l’ancien président ghanéen John Jerry Rawlings en passant par les péripéties de la C14, les allégations de Mgr Philippe Kpodzro et de Messan Agbéyomé Kodjo, la réélection controversée de Condé et Ouattara, les recettes pour la relance de la lutte, le Président de l’ANC a vidé son sac. Lecture

Depuis la présidentielle du 22 février 2020, votre parole est rare. Vous avez attendu le 1er Conseil National de l’ANC, le 10 octobre 2020 pour vous exprimer. Pourquoi ce silence de 8 mois ?

Jean-Pierre Fabre : Le bruit, l’agitation et la fureur ne sont pas propices à une réflexion féconde. Pour garder nos esprits, face à la folie qui s’est emparée de certaines personnes se réclamant de l’opposition, nous avons décidé de garder le silence et de nous en remettre au temps, juge implacable, qui finit toujours par remettre chacun à sa place. Participer au tohu-bohu général en réagissant à toutes les manœuvres de déstabilisation dont nous étions l’objet, aurait amplifié la confusion et n’aurait servi à rien. Il fallait éviter de descendre dans la fange où nos détracteurs voulaient nous entrainer pour nous y enfoncer et nous décrédibiliser. Seul le silence pouvait nous permettre de prendre du recul et trouver les réponses à nos interrogations :

  • Pour quelles raisons des responsables politiques de l’opposition, se sont cru autorisés à confier à Mgr Kpodzro, dont la capacité de discernement était visiblement défaillante en raison de son âge avancé, la mission de désigner un « candidat unique » à toute l’opposition ?
  • Pour quelles raisons Mgr Kpodzro s’est cru autorisé à imposer, un « candidat unique » à toute l’opposition y compris à ceux qui ne partagent pas cette idée, alors qu’il n’avait pour cela, ni compétence ni légitimité ?
  • Pour quelles raisons Mgr Kpodzro s’est cru autorisé à traiter sans aucune preuve, Jean-Pierre Fabre de Judas, de traitre, de corrompu, au cours d’une homélie prononcée dans une église, en juin 2019, à quatre jours des élections municipales ?
  • Pour quelle raison Mgr Kpodzro n’a pas eu la sagesse de se taire au lieu de se répandre en des propos mensongers et diffamatoires, indignes de son statut de prélat ?
  • Pour quelles raisons le mensonge, jadis instrumentalisé au sommet de l’Etat RPT, à travers les »motions » lues par des affamés et des voyous et diffusées quotidiennement dans les médias publics pour dénigrer l’opposition, pour quelles raisons donc le mensonge est-il redevenu si banal au Togo depuis quelques années ?
  • Pour quelles raisons, la méchanceté et la haine se sont-elles emparées de notre pays au point de pousser certains de nos compatriotes à mentir avec autant d’insouciance, de légèreté et d’aplomb ?
  • Pour quelle raison Agbéyomé Messan Kodjo manifeste-t-il vis-à-vis de ses compatriotes, cette attitude effrontée qui confine au mépris et qui l’amène à tenir à leur endroit, ces propos mensongers qui sont autant d’insultes à leur intelligence ?
  • Pour quelles raisons, pour quelles raisons, pour quelles raisons ?

Avez-vous trouvé des réponses à ce questionnement ?

Il faut faire preuve d’une extrême prudence. Ce qui est sûr, c’est que la situation actuelle est liée à la profonde aspiration des populations togolaises au changement. A cela il faut ajouter l’intrusion et l’instrumentalisation de la religion à des fins politiciennes. De plus, il y a longtemps que la crise politique togolaise s’est doublée d’une crise économique et sociale. Au total, les populations togolaises, exténuées et préoccupées au quotidien par leur survie, veulent en finir par tous les moyens avec le système oppresseur.

On eût dit que la résistance farouche opposée par le système RPT/UNIR au changement et à l’alternance depuis des décennies, en usant de violence, de fraudes électorales et de corruption, en verrouillant toutes les institutions de la République, a créé un Togolais plus préoccupé de son quotidien que du respect des valeurs d’honnêteté, de vérité, de loyauté. Mais, je ne le crois pas. Ce serait aller trop vite en besogne. La preuve en est que malgré la confusion ambiante, nombre de nos compatriotes ici comme à l’étranger, dans la diaspora, commencent à s’éveiller de la torpeur dans laquelle les ont plongés le bluff, la mystification et la mise en scène du Saint Esprit. Ils se rendent compte de la supercherie et de l’escroquerie politique dont ils ont été l’objet. Ils fustigent le mensonge et dénoncent l’imposture. Bref, ils reviennent à la raison et montrent à suffisance, par leurs déclarations, témoignages et prises de position, leur attachement au travail, à la rigueur et à la vérité. On ne peut que s’en féliciter car ils contribuent ainsi et d’une manière indéniable, à la régénération de la mobilisation populaire et à celle de la lutte de libération.

Certaines personnes vous accusent de n’avoir pas soutenu la victoire du candidat Agbéyomé Kodjo. Pourquoi avez-vous réclamé des preuves ? N’auriez-vous pas pu éviter cela ?

Voilà une bien curieuse question. Notre attitude est simplement dictée par le bon sens. Dans la vie comme en politique, il faut toujours vérifier. Prendre position sans vérification, sans s’entourer des précautions nécessaires, c’est faire preuve de légèreté, d’irresponsabilité. Demander des preuves n’est donc pas le problème. Le problème, c’est justement cette manœuvre de diversion qui veut faire croire qu’il est anormal de réclamer des preuves. Car, le débat serait clos depuis longtemps si celui qui affirme avoir remporté le scrutin avait produit les preuves de sa victoire. Et nous l’aurions soutenu de toutes nos forces. Au lieu de cela, il a cherché à nous forcer la main : « Si vous ne soutenez pas les yeux fermés, vous serez considérés comme complices de Faure Gnassingbé », a-t-on tenté d’insinuer. Ce genre de menaces ne marche pas avec nous, venant surtout de ceux qui la profèrent. Nous n’avons pas consenti tous ces sacrifices pour nous laisser intimider par ceux qui soutenaient de toutes leurs forces, la dictature pendant que nous la combattions.

A l’ANC, nous nous sommes demandés comment un candidat, en dehors de l’auteur des fraudes, pouvait se proclamer vainqueur d’un scrutin aussi frauduleux. Mais, si quelqu’un estime en être le gagnant, c’est qu’il dispose des preuves témoignant de sa victoire. Qu’il nous les montre alors ? Du reste pourquoi devons-nous croire sur parole, Monsieur Agbéyomé Kodjo et ses amis, qui s’étaient déjà illustrés dans le mensonge et le bluff ? Monsieur Agbéyomé Kodjo est connu depuis une quarantaine d’années au Togo pour ses frasques politiques. Ce n’est pas parce qu’il est adoubé aujourd’hui par Mgr Kpodzro que nous devons oublier de quoi il est capable. De plus, il a été pris en flagrant délit de mensonges à plusieurs reprises avant le scrutin :

  • Lorsqu’il [Agbéyomé Kodjo, NDRL] se présente comme « candidat unique » de l’opposition alors que d’autres candidats reconnus de l’opposition étaient en lice, il mentait.
  • Lorsque, sortant d’une rencontre avec Gilchrist Olympio, il [Agbéyomé Kodjo, NDRL] a annoncé bénéficier du soutien de l’UFC à sa candidature, ce parti a publié un démenti. Il mentait donc.
  • Lorsqu’il [Agbéyomé Kodjo, NDRL] a annoncé avoir le soutien du PNP, ce parti a aussitôt démenti par communiqué cette information. Il mentait donc.
  • Lorsqu’il [Agbéyomé Kodjo, NDRL] a prétendu dans un mémorandum rendu public pendant la campagne électorale, être le seul candidat à n’avoir pas perçu les fonds alloués à la campagne, alors qu’aucun candidat, comme la suite l’a montré, n’était en possession de ces fonds. Il mentait.
  • Lorsque Mme Brigitte Adjamagbo Johnson a prétendu, après les élections locales, que j’ai rencontré le Premier Ministre Klassou pour négocier des postes de Maire pour l’ANC, alors que je n’ai pas rencontré le Premier Ministre et encore moins négocié quoi que ce soit, elle mentait.
  • Lorsque Mgr Kpodzro m’a traité de « Judas, corrompu qui s’en mettait plein les poches, insupportable qui maltraitait tous les autres », il mentait.

On peut multiplier à loisir, les exemples d’occasions où Agbéyomé Messan Kodjo et consorts ont menti. Pourquoi, lorsqu’il annonce dès la fermeture des bureaux de vote, avoir remporté la présidentielle, et surtout en exigeant que nous le soutenions, devrions-nous le croire sur parole, et donc sans preuve ? On a le sentiment que, depuis que l’esprit du mensonge a repris possession de notre pays, après l’âge de plomb du régime RPT parti-Etat, nul n’a plus le droit d’exiger des preuves pour contester une affirmation mensongère. Ainsi, Il est anormal de demander des preuves de la victoire d’Agbéyomé Messan Kodjo comme c’est un crime de lèse-majesté de demander à Mgr Kpodzro de produire les preuves de ses graves accusations contre Jean-Pierre Fabre.

Comment mettre fin aux mensonges que vous dénoncez ?

C’est une spirale qui remonte aux jeux troubles menés par le PNP dès les premières heures de la C14 et qui a pris de l’ampleur à partir du moment où un prélat a cru devoir s’y engager avec un sans-gêne qui a très vite fait école. La profusion de mensonges audacieux dont Mgr Nicodème Barrigah est aujourd’hui victime, est la conséquence des accusations mensongères proférées sans sourciller par Mgr Kpodzro contre le Président de l’ANC.

Aujourd’hui, devrait-on s’étonner du silence de Mgr Kpodzro face au déluge de propos mensongers et orduriers qui s’abat sur l’Archevêque Métropolitain de Lomé, Mgr Nicodème Barrigah ? Ne devrait-on pas s’attendre à une déclaration publique de sa part en solidarité avec son confrère ? Il est temps que Mgr Kpodzro siffle la fin de ce festival de mensonges, de ce récital de vulgarités qu’il a malheureusement ouvert et auquel participent allègrement des opportunistes et irresponsables de tout poil qui y voient l’occasion rêvée de régler des comptes à ceux dont la rigueur et la détermination dans le combat contre la dictature ont toujours suscité leur jalousie.

  • Mgr Kpodzro doit avoir le courage et l’humilité de reconnaître que quelles que fussent ses intentions, elles ne pouvaient pas prospérer parce que ses insultes et calomnies ont divisé l’opposition, l’ont affaiblie et fait reculer le combat pour l’alternance et le changement de plusieurs décennies.
  • Mgr Kpodzro doit avoir le courage et l’humilité de reconnaître qu’il n’avait pas la capacité de transformer au sein de l’opposition, les bons en méchants et les méchants en bons. Et qu’il ne pouvait pas non plus, par son seul statut d’autorité religieuse, hisser son poulain au niveau des responsables politiques de l’opposition. Des responsables politiques de l’opposition qui trimaient au péril de leur vie, consentant d’immenses sacrifices dans leur dur combat contre la dictature, pendant que son poulain se vautrait dans les « délices » de cette dictature qu’il défendait bec et ongles.
  • Mgr Kpodzro doit avoir le courage et l’humilité de reconnaître qu’il a été manipulé par une poignée de « charlatans » qui se sont servis de lui pour se faire une place au sein de l’opposition. Il doit reconnaître que son immixtion sur la scène politique et ses brutalités envers des responsables politiques de l’opposition ont considérablement nui à la lutte de libération du peuple togolais.

Des membres de la Dynamique Kpodzro disent que Agbéyomé Messan Kodjo lui, vous a soutenu en 2010 sans demander des preuves.

C’est vrai, mais à l’évidence, lui et moi sommes très différents l’un de l’autre. Et nos expériences politiques et électorales respectives ne se ressemblent en aucune façon.

  • En 2010, Agbéyomé Messan Kodjo s’est joint au mouvement de réclamation de la victoire de Jean-Pierre Fabre lors de la présidentielle. Les faits étaient clairs : La Gendarmerie a pris d’assaut le centre de compilation et de traitement des résultats du candidat Jean-Pierre Fabre au moment où il était évident que celui-ci remportait l’élection; Tous les PV ont été saisis et incendiés. 15 ordinateurs confisqués n’ont jamais été restitués; Les informaticiens et statisticiens qui traitaient les résultats ont été conduits à la Gendarmerie où ils ont été gardés à vue pendant 48 heures. Si l’ANC n’étaient pas en passe de prouver la victoire de son candidat Jean-Pierre Fabre, pourquoi faire saisir tous ses PV par la Gendarmerie ? Pourquoi faire disparaitre ces PV en les détruisant par le feu ?
  • En 2015, Agbéyomé Messan Kodjo a soutenu Faure Gnassingbé. Et ne s’en cachait pas. Dans un article publié au lendemain de la proclamation des résultats, Radio France Internationale (RFI) a fait état de sa présence dans une villa à Lomé, au cours d’une fête organisée par le RPT/UNIR pour célébrer la « victoire » de Faure Gnassingbé. De plus, pour bien montrer qu’il appartenait au camp de Faure Gnassingbé, il multipliait les déclarations, dans lesquelles il demandait à Jean-Pierre Fabre et à l’ANC de se soumettre aux décisions des institutions en charge des élections, la CENI et la Cour Constitutionnelle, dès lors que celles-ci se sont prononcées, et d’éviter «toute posture victimaire ». Pourquoi ne dois-je pas demander des preuves à cette personne qui après avoir été un pilier du régime RPT, fait constamment la navette entre l’opposition et le pouvoir, depuis que, pour assouvir ses ambitions, il prétend appartenir à l’opposition ?

L’ANC détient-elle des résultats attestant la victoire d’Agbéyomé Messan Kodjo à la présidentielle ? Il se dit que vous gardez ces résultats par devers vous par jalousie.

Évidemment, nous ne détenons aucun document témoignant de la victoire d’Agbéyomé Messan Kodjo lors de la présidentielle du 22 févier 2020. Les seuls documents que nous avons confirment un système de fraudes à tous les niveaux du processus et ne peuvent permettre de désigner qui que ce soit comme vainqueur. Nous l’avons démontré dans nos communiqués 3 et 4 à l’issue du scrutin. Voilà pourquoi, nous demandons la reprise de l’élection.

La possession par l’ANC de documents prouvant la victoire de Agbéyomé Messan Kodjo, est une invention des mythomanes sans foi ni loi qui tiennent actuellement le haut du pavé dans notre pays. Pour détourner l’attention sur l’ANC, puisqu’ils ne détiennent aucune preuve de leur victoire proclamée. C’est pathétique ! L’attitude qui consiste pour un candidat à une élection à se proclamer vainqueur et à sommer un autre candidat de produire les preuves de cette victoire est non seulement indécente mais irresponsable. Le candidat Agbéyomé Messan Kodjo est représenté à la CENI, dans les CELI et dans les bureaux de vote. Alors que le candidat Jean-Pierre Fabre qui a boycotté les élections législatives, ne l’est pas. Il y a un temps pour tout. Agbéyomé Messan Kodjo ne peut pas se « foutre de la gueule du peuple » tout le temps.

Tout est mensonge. Ils ont menti que nous avons reconnu leur victoire. Ils ont menti que nous détenons les preuves de leur victoire. Pour finir par prétendre déduire leur victoire des suffrages obtenus par Jean-Pierre Fabre lors de la présidentielle de 2015. Je ne vois pas ce qui leur fait croire qu’ils peuvent tout faire avaler à l’opinion. Peut-être l’escroquerie de la désignation du candidat unique par le Saint Esprit !

Certains vous accusent d’être de mauvais perdants. Selon eux, vous refusez de soutenir Agbéyomé Kodjo parce que vous digérez mal qu’il soit passé devant vous. Vous seriez une personne arrogante qui se dit : « Si ce n’est pas moi, ce ne sera personne ».

J’ai entendu cela. Mais, je n’accorde aucune importance à ce qui procède de la malveillance et qui semble s’adresser à des gens qui s’interdisent de réfléchir. Car, toute personne normalement constituée peut aisément comprendre que ni Jean-Pierre Fabre ni l’ANC, n’ont aucune responsabilité dans l’incapacité de celui qui revendique la victoire, à fournir les preuves de cette victoire. En 2015, nous n’avons attendu personne pour rendre public un mémorandum témoignant de notre victoire pendant que Agbéyomé Messan Kodjo nous déniait celle-ci.

En ce qui concerne ma recherche permanente des premiers rôles, mon attitude au sein des regroupements de l’opposition manifeste tout le contraire. Car, j’aurais pu revendiquer légitimement, la direction de tous les regroupements auxquels l’ANC a appartenu, du FRAC à la C14 en passant par le CST et CAP 2015. Je ne l’ai jamais fait pour mettre tout le monde à l’aise. Avec le recul, je me demande si ce n’est pas l’humilité dont j’ai toujours fait preuve, qui a poussé certains à penser pouvoir m’imposer un « candidat unique » ! Ceux qui colportent ces propos malveillants sont bien connus. Ce sont précisément ceux qui, sachant qu’ils n’ont pas le poids nécessaire pour être désigné comme porte flambeau se sont employés à empêcher sinon éliminer de la course, la personne la mieux placée dans le groupe en termes d’implantation et de base électorale. Ce sont eux qui ont sollicité le vieux prélat pour qu’il leur trouve un candidat en dehors de la C14. Il est plutôt indécent que ces gens viennent soutenir ce que vous dites. C’est le monde à l’envers. Car, c’est plutôt eux qui ont pour devise: «Si ce n’est pas nous, ce ne sera pas Fabre. ».

Comment accueillez-vous la confession de Tchatikpi Ouro Djikpa, au cours d’une conférence de presse, selon laquelle, le PNP a empêché une dizaine de manifestations de la C14 ?

Nous ne pouvons que nous féliciter de l’attitude courageuse de notre collègue Tchatikpi Ouro-Djikpa, qui mérite d’être saluée. Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Nous devons remercier Dieu d’avoir ouvert les yeux à notre ami sur la nocivité des actes posés par son ancien parti qui a usé de tous les subterfuges pour faire retomber la mobilisation populaire au moment où elle devait monter en puissance. Toutefois, nous pensons que Tchatikpi Ouro- Djikpa se trompe sur le nombre de manifestations empêchées par son ancien parti le PNP, nombre qui dépasse largement celui qu’il a annoncé. Il faut surtout dire que la raison qu’il invoque pour justifier ces empêchements n’est pas la véritable raison pour laquelle le PNP a agi ainsi. Je comprends Tchatikpi Ouro Djikpa. C’est lui qui était à la manœuvre. Il ne veut pas se dédire. Qu’il nous permette fraternellement de lui rappeler les faits suivants :

  • La toute première manifestation de la C14, prévue pour fin août 2017, a été purement et simplement reportée unilatéralement par Tchatikpi Ouro- Djikpa lui-même, au cours du meeting hebdomadaire du samedi du PNP à Agoè, alors que le PNP a participé au choix de la date et à l’élaboration du programme. La raison invoquée par le PNP pour procéder unilatéralement à l’annulation, était la proximité de la fête de la Tabaski.
  • Le meeting prévu pour le vendredi 15 septembre 2017 a été purement et simplement annulé par Tikpi Atchadam lui-même par un coup de fil qu’il a adressé directement à Mme Anne Cantener de RFI, le samedi 9 septembre, sans aucune consultation des autres membres de la C14 qui ont appris cette annulation par Mme Anne Cantener. Pressé de s’expliquer, le PNP a prétendu d’abord que c’était faux avant d’avouer l’avoir fait. Et de se justifier par le choix du vendredi, jour de prière, qui ne lui convenait pas, alors qu’il a participé à la réunion au cours de laquelle la date a été retenue. Nous avons tous vu par la suite, qu’un pays comme l’Algérie, où l’islam est pratiqué par près de 98% de la population, donc de loin plus implanté qu’au Togo, les populations ont manifesté précisément tous les vendredis pendant plusieurs mois !

Ces deux exemples, qui peuvent être multipliés, sont emblématiques de l’attitude démobilisatrice du PNP qui s’employait à torpiller systématiquement les manifestations de la C14, pourtant programmées avec son accord. Il y en a eu évidemment plusieurs autres, notamment :

  • La prétention d’interdire aux partis membres de la C14 d’exercer leurs activités dans les zones que le PNP considère comme ses fiefs. Ainsi, après la publication de programmes de meetings de l’ANC à Agoé, à Sokodé etc., en mars 2018, notre ami Tchatikpi Ouro-Djikpa affirme : « L’ANC devrait aller mobiliser à Kodjoviakopé et Nyékonakpoé qui dorment et éviter d’aller à Agoé et Sokodé qui sont déjà debout. », suscitant un tollé en raison du relent de répartition ethnique du territoire, contraire à la charte des partis en vigueur au Togo.
  • Le refus, assumé avec arrogance par le PNP, de contribuer au financement des manifestations de la C14. Ainsi le PNP n’a pas versé le moindre sous pour participer au financement des manifestations qui coutaient très cher.
  • L’agression le 23 juin 2019 à Sokodé, d’une délégation de l’ANC conduite par Jean-Pierre Fabre, en route pour Cinkassé, par des militants du PNP aux cris de « Imbécile, voleur », lors de la campagne pour les élections locales. Les agresseurs en action, filmaient la scène qu’ils postaient séance tenante sur les réseaux sociaux pour montrer comment ils étaient satisfaits d’humilier Jean-Pierre Fabre.
  • La suspension des manifestations de la C14, demandée et obtenue par le PNP pendant une longue période, présentée par Tchatikpi Ouro-Djikpa lui-même, au motif que le PNP est en train de procéder au « maillage » du territoire national.
  • Le soutien à la « feuille de route de la CEDEAO » à laquelle le PNP, par la bouche de Tchatikpi Ouro-Djikpa, s’est précipité d’attribuer tout seul, une note de 15/20, alors que la C14 était très réservée sur son contenu et surtout sur l’attitude de la CEDEAO.
  • La désinformation permanente de l’opinion par l’intermédiaire de nombreuses plateformes en kotokoli ainsi que par des montages de vidéo visant à salir des responsables de l’opposition. Ainsi, des partisans du PNP résidant en Allemagne ont monté pour me salir, une vidéo de quelques secondes, découpée sur une vidéo d’une conférence de presse de la C14 où je répondais à une question de la presse sur l’affaire des trente millions. Telle que furtivement présentée, la vidéo tentait de montrer que j’acceptais de recevoir régulièrement de l’argent du pouvoir RPT/UNIR.

Pouvez-vous justement rappeler à nos lecteurs, les contours et le fond de ce qui est devenu « l’affaire des 30 millions » ?

Voilà une affaire anodine et banale mais que la méchanceté et la haine, l’envie, la jalousie et l’hypocrisie, ont transformé en une véritable bombe à fragmentation balancée par le PNP contre l’image de Jean-Pierre Fabre et de l’ANC. Les dommages sont considérables. Cette affaire a beaucoup nui à l’ANC, à ses dirigeants et malheureusement à la lutte commune. Pourquoi cet acharnement, cette froide volonté du PNP de salir la réputation de Jean-Pierre Fabre ? Je rappelle encore une fois, comment cette affaire est arrivée :

Le lundi 30 juillet 2018, le Président Alassane Ouattara, présent à Lomé pour prendre part au sommet de la CEDEAO le lendemain 31 juillet, reçoit, une délégation de la C14 composée de 7 membres dont Paul Apévon, Antoine Folly, Aimé Gogué, Brigitte Adjamagbo Johnson, Kossi Sama et moi-même. A l’issue de la rencontre qui a duré près de deux heures, au cours de laquelle nous avons réitéré fermement nos positions concernant l’assainissement du cadre électoral pour des élections transparentes, le président Alassane Ouattara remet à la délégation un sachet contenant de l’argent : « pour vos activités » dit-il. Un de nos collègues est rentré à la maison avec le sachet. Aucun d’entre nous n’a cherché à connaitre le montant de cet argent, puisque ce n’était pas notre préoccupation.

Deux ou trois jours après, vers la fin de la matinée, Antoine Folly et Brigitte Adjamagbo demandent à me voir d’urgence chez moi alors que je me préparais pour une réunion de la C14. Ils m’apprennent que Kossi Sama, Secrétaire Général du PNP vient d’affirmer à Antoine Folly au téléphone, que l’argent remis par Alassane Ouattara, « c’est l’argent de Fabre ». J’ai exprimé ma surprise en ajoutant qu’étant donné que la C14 se réunit dans les minutes qui suivent, et que de toute façon, le sujet sera inscrit à l’ordre du jour de la rencontre, nous n’allons pas tarder à connaître les raisons pour lesquelles Kossi Sama tient ces propos.

Interrogé au cours de la réunion sur son affirmation à Antoine Folly, Kossi Sama a bafouillé qu’à un moment de la rencontre avec Alassane Ouattara, il était parti aux toilettes. Et qu’il n’était pas présent quand l’argent a été remis. Pourquoi dit-il alors que « c’est l’argent de Fabre » s’il n’était pas là ? Aucun membre de la délégation de la C14 présent à cette réunion avec Alassane Ouattara n’a confirmé que celui-ci a précisé que c’était « l’argent de Fabre ». Et d’ailleurs, c’était absurde que « l’argent de Fabre » soit remis à une délégation de sept personnes. Nous avons donc pris connaissance du contenu du sachet qui est de 30 millions. La décision a été prise d’en consacrer une partie à prendre soin des militants du PNP détenus dans les prisons du Togo et le reste à l’organisation des manifestations de la C14. Les 30 millions sont donc remis au trésorier de la C14, Laurent Atsu. Je n’en ai jamais vu la couleur. M. Laurent Atsu est heureusement, toujours vivant et peut corroborer.

Ce que vous dites est tout de même surprenant. Pourquoi, sans aucune raison, Kossi Sama vous accuserait d’avoir été corrompu par Alassane Ouattara avec 30 millions ?

Avec un peu de patience, vous connaitrez le fin mot de l’histoire. Quelques jours après cette réunion de la C14, toujours intrigué par l’attitude de Kossi Sama, je demande à Brigitte Adjamagbo Johnson à la fin d’un de nos tête-à-tête que nous avons régulièrement pour régler les problèmes au sein de la C14, si elle connait le mobile de l’attitude de Kossi Sama. Elle me répond que Kossi Sama le lui a révélé. Et me déclare qu’elle s’est rendue au domicile de Kossi Sama pour lui demander pourquoi il a affirmé que c’est « l’argent de Fabre». Elle m’apprend que Kossi Sama a répondu que le PNP a décidé de « salir Fabre » pour punir le député Ouro-Akpo Tchagnaou de l’ANC, qui s’oppose farouchement au PNP sur les réseaux sociaux en langue kotokoli. J’en ai eu le souffle coupé. Voilà comment j’aurais été corrompu par Alassane Ouattara avec une somme de 30 millions CFA. Que je n’ai jamais vue.

J’ai toujours attendu que Brigitte Adjamagbo Johnson intervienne dans ce débat pour apporter cette clarification. Moi, je n’en parle pas pour éviter le spectacle d’une opposition qui se déchire. De toute façon, puisque je suis incriminé, mes propos n’auront pas, autant de crédit que les siens. Elle s’est abstenue de livrer cette information jusqu’à ce jour. Elle seule sait pourquoi.

Voilà le combat mené par le PNP, qui prétend appartenir à l’opposition, en se livrant à ce jeu sordide sous le regard complice de certains : oublier le RPT/UNIR et salir Jean-Pierre Fabre et l’ANC. Le PNP a malheureusement inauguré ce que d’autres font aujourd’hui. Tout cela était connu. Le plus mystérieux, c’est le silence, l’omerta sur les frasques du PNP qui plombait allégrement la lutte sans que personne ne lève le petit doigt. Tous se préoccupant des moindres faits et gestes de l’ANC qui étaient systématiquement commentés en dérision, critiqués et démolis.

Le Prophète Esaïe a fait état sur des médias, de propos que vous auriez tenus en sa présence au sujet du choix d’Agbéyomé Messan Kodjo comme « candidat unique » de l’opposition.

J’ai effectivement reçu à mon domicile un soir, à sa demande insistante, celui que l’on appelle Prophète Esaïe, accompagné de deux personnes, courant septembre-octobre 2019. Il m’a longuement parlé du choix divin porté sur Agbéyomé Messan Kodjo comme « candidat unique » de l’opposition. Je lui ai répondu que je n’en croyais rien. Parce que Dieu est un Dieu juste et cohérent. Et qu’en conséquence je ne me soumettrai pas à ce choix. Lorsqu’il a repris la parole, il s’est adressé aux deux personnes qui l’accompagnaient, faisant état de sa surprise et de sa joie de constater que je suis très différent de l’image que l’on peint de moi. Il m’a remercié pour ma courtoisie et a déclaré être troublé. Et qu’ils doivent prier de nouveau pour bien comprendre le message que Dieu leur a communiqué. Avant de partir, il a encore insisté sur le fait qu’il doit retourner prier pour bien comprendre le message. La rencontre a duré environ deux heures. Le lendemain matin, Monsieur Esaïe m’a rappelé pour me remercier de l’accueil, me réaffirmer sa joie de m’avoir rencontré. Et me confirmer sa décision de prier pour une meilleure compréhension du message de Dieu. J’apprends qu’après la présidentielle du 22 février 2020, son soutien à Agbéyomé Messan Kodjo lui a valu d’être envoyé en prison. Je condamne cet acte des autorités et lui témoigne ma solidarité. Même si je conteste ses propos selon lesquels je devrais reconnaître, avec Mme Isabelle Améganvi, la « victoire » du candidat de Mgr Kpodzro.

Que vous inspirent les élections qui viennent de se dérouler en Guinée et en Côte d’Ivoire dans des conditions qui n’honorent pas le continent africain?

Les deux présidents qui viennent de se faire « réélire », malheureusement dans le sang de leurs compatriotes, chacun pour un troisième mandat, étaient très étroitement impliqués dans le marché de dupes qu’était le dialogue inter togolais de 2018, l’un comme facilitateur, l’autre comme « patron » de l’Afrique de l’Ouest francophone et poids lourd de la CEDEAO. Au vu de ce qui vient de se passer chez eux, nous n’avions aucune chance de voir aboutir nos revendications, lors du dialogue de 2018, de la manière dont nous l’avons abordé.

La seule leçon à tirer de ces deux situations est que nous n’aurions jamais dû démobiliser les populations avant la satisfaction des revendications légitimes du peuple togolais, portées par la C14, notamment en ce qui concerne l’assainissement du cadre électoral. La C14 ayant baissé la pression dans le pays, ils ont eu la tâche facile de laisser faire à sa guise, le régime RPT/UNIR. Ceux qui étaient à la manœuvre de la démobilisation, portent une lourde responsabilité dans l’incapacité de l’opposition à obtenir lors du dialogue de 2018, les conditions revendiquées pour l’organisation transparente, juste et équitable des élections au Togo. Les regrets tardifs de notre ami Tchatikpi Ouro-Djikpa nous font une belle jambe. En d’autres termes, ne nous sont d’aucune utilité.

Depuis un peu plus d’un an, vous êtes le Maire de la Commune du Golfe 4. Comment vous sentez-vous dans ce nouveau rôle, vous qui avez exercé deux mandats de député ?

D’abord, tout mandat confié par le peuple est une marque de grande confiance. Il faut tout mettre en œuvre pour s’en montrer digne. C’est toujours exaltant et passionnant d’exercer un mandat.

A l’Assemblée nationale, nous faisions partie de l’opposition parlementaire et n’étions pas écoutés. Notre rôle était de voter les lois et de contrôler l’action du gouvernement. Nous ne votions pas les lois que nous considérons contraires à l’intérêt national. Dans notre rôle de contrôle de l’action gouvernementale, nous prêchions dans le désert.

Aujourd’hui, à la Mairie, malgré notre marge de manœuvre limitée, c’est nous qui dirigeons l’exécutif municipal. Nous avons des décisions importantes à prendre, qui vont impacter la vie quotidienne des populations de la commune. Le travail est captivant. Les défis sont considérables et recouvrent notamment les domaines des infrastructures scolaires, sanitaires, sportives, etc., l’assainissement, la salubrité publique, la gestion des marchés, l’eau, l’électricité, l’éclairage public, le transport des ordures ménagères, etc. Face à cela, les ressources des communes sont largement insuffisantes. Surtout si l’Etat s’arrange pour vous mettre des bâtons dans les roues. Nous aurions aimé plus de transparence dans la mobilisation de nos ressources et leur répartition par l’OTR. Malheureusement cette préoccupation n’est pas comprise. Nous avons également des soucis avec le District Autonome du Grand Lomé (DAGL) qui fait des incursions sur notre territoire pour collecter indument des taxes. Une des spécificités des communes du Golfe, c’est l’existence de l’Établissement Public Autonome des Marchés (EPAM) qui n’existe nulle part ailleurs au Togo et qui nous prive des recettes de plusieurs marchés de Lomé, notamment le plus grand, Adawlato. Nous commençons à prendre nos marques. Nous nous attelons à notre mission avec détermination.

Il y a une dizaine de jours, nous avons appris le décès de l’ancien président du Ghana Jerry John Rawlings. L’avez-vous connu et que pensez-vous de lui ?

La mort de J. J. Rawlings est une catastrophe pour le Ghana et pour l’Afrique. L’Afrique perd un de ses dignes fils. Dans le sillage de Kwamé N’krumah, il fut l’illustration parfaite du patriotisme et de la fierté africaine. Tombé à pic pour nettoyer les écuries d’Augias et mettre le Ghana sur les rails de la démocratie et du développement, il fut une grande chance pour son pays. Je ressens personnellement une grande tristesse, un gros chagrin. Je lui vouais beaucoup d’admiration. Je l’ai rencontré à trois ou quatre reprises. Il était toujours très préoccupé par la situation politique togolaise qu’il connaissait parfaitement.

Dans les années 90 au plus fort de la crise sociopolitique togolaise, j’étais membre d’une délégation de l’opposition togolaise composée de Gilchrist Olympio, Léopold Gnininvi, Edem Kodjo et moi. Il nous a reçus au Castle, la présidence ghanéenne. Après la rencontre, il a souhaité que nous voyions également le chef de file de l’opposition, à l’époque John Kufuor, qu’il a appelé lui-même au téléphone. Ce que nous avons fait. En 2015, j’ai conduit à Accra, une délégation de l’ANC qui l’a rencontré pour l’informer de nos revendications pour un assainissement du cadre électoral, en vue de la présidentielle. Il nous a reçus dans ses bureaux d’ancien président. Il était accompagné de l’ancien ambassadeur du Ghana à l’ONU, ancien ministre des affaires étrangères, ancien président de la commission de la CEDEAO, Victor Gbého que je connaissais également. J’ai également rencontré J.J. Rawlings à des obsèques à Kéta, au Ghana, son village d’origine. Il était toujours d’une grande gentillesse. C’est un secret de Polichinelle que Rawlings a fait plus que sa part pour nous aider à nous libérer des griffes de la dictature qui opprime le peuple togolais. Nous n’avons pas su profiter de sa disponibilité. Ma peine est immense. Je viens d’adresser au Président Dankwa Nana Akuffo-Addo un message pour exprimer, au nom de l’ANC, nos sincères condoléances et notre sympathie au gouvernement et au peuple ghanéen ainsi qu’à la famille de l’illustre disparu. Une déclaration du Bureau National est également rendue publique dans le même sens.

Nous apprenons également le décès du Maire ANC d’Agbodrafo. Visiblement, le sort ne vous épargne pas ces temps-ci.

En effet, c’est avec un grand déchirement, une grande douleur que nous avons appris le décès de notre camarade, collègue, frère et ami, Claude Pierre-Marie Kuete MIKEM, membre du Bureau National, élu conseiller municipal et Maire de la Commune d’Agbodrafo, Lacs 3. Avec la disparition de Claude Pierre-Marie Kuété Mikem, l’ANC perd, un grand homme, un patriote avéré, un combattant de la liberté, un militant loyal abondamment abreuvé aux sources des valeurs de L’ABLODE, un pionnier de la mise en œuvre de la décentralisation dans sa toute nouvelle et jeune commune. Et, naturellement, la Commune d’Agbodrafo perd le premier Maire de son histoire. Je voudrais, au nom de l’ANC et en mon nom personnel saluer la mémoire de notre camarade et réitérer nos très sincères condoléances à sa famille. Nous mettrons en œuvre tous les arrangements nécessaires pour que l’ANC apporte sa contribution aux obsèques et rende à l’illustre disparu, l’hommage qu’il mérite.

Et maintenant, quelles perspectives pour la lutte pour l’alternance et le changement au Togo ?

Notre éducation nous prescrit de conduire toutes nos activités avec rigueur et dans la vérité, si nous voulons qu’elles soient fructueuses. Il est puéril et illusoire de penser que le mensonge qui s’est installé dans notre pays, depuis quelque temps et qui semble être le choix de personnes se réclamant de l’opposition, nous permettra de vaincre le système RPT/UNIR, fondé justement sur le mensonge, la violence et l’imposture. Car, le mensonge ne peut détruire le mensonge. Seule, la vérité détruit le mensonge. Il est incohérent de préconiser l’unité de l’opposition et de passer son temps à mentir pour déstabiliser ses partenaires de lutte. Car, le mensonge ne peut permettre l’instauration d’un climat de confiance entre partenaires. Ce sont nos haines, nos jalousies inutiles, nos inconséquences qui retardent la fin de la dictature. Il n’était pas nécessaire, pour transformer Tikpi Atchadam et Agbéyomé Messan Kodjo en héros, de me salir en me traitant de judas, de corrompu qui s’en mettait plein les poches, de traitre, d’insupportable etc.. Il suffisait de vanter leurs mérites, s’ils en avaient, sans ressentir le besoin de me noircir coûte que coûte. Et pourtant le PNP et Mgr Kpodzro s’y sont acharnés. Il faut en finir avec ces attitudes néfastes. Voilà pourquoi, avant toute chose, il est indispensable que nous éradiquions la pratique du mensonge au sein de l’opposition. Nous devons tout mettre en œuvre pour sortir de la confusion actuelle. Comme nous l’avons affirmé lors de notre Conseil National du 10 octobre 2020, placé sous le thème : «poursuivre la lutte avec rigueur et dans la vérité », nous sommes conscients que seule l’unité d’action de l’opposition nous permettra de vaincre la dictature. Nous devons faire preuve de patience. Rassembler une opposition sérieuse et responsable pour préparer la suite de la lutte.

Je voudrais dire à mes compatriotes qu’il ne faut pas désespérer. Rien n’est perdu. Nous avons déjà démarré la mise en œuvre des nombreuses directives issues de notre dernier Conseil National, avec le retour des responsables du parti sur les médias pour informer, expliquer et sensibiliser. Des meetings suivront ainsi qu’une tournée du Bureau National dans les Préfectures. Il s’agit pour nous de préparer le terrain à une remobilisation des populations en vue de poursuivre la lutte de libération de notre pays. Nos organes centraux et fédéraux sont en ordre de bataille et plus déterminés que jamais. Le travail à faire est immense au regard des dommages causés à l’opinion sur le terrain par le venin du mensonge et de l’imposture. Seule contrainte, les pesanteurs de l’Etat d’urgence sanitaire en vigueur, car nous sommes obligés d’organiser nos activités dans le respect des mesures barrières. Ce qui veut dire que pour nos réunions et meetings, il nous faudra trouver des locaux ou des sites permettant de respecter la distanciation sociale des effectifs en présence. Consciente de la réalité de la Covid-19 qui continue de faire des dégâts dans notre pays et de par le monde, l’ANC est très attachée à l’observation des mesures préventives. C’était par exemple le cas lors du dernier Conseil National qui s’est déroulé avec un effectif raisonnable de participants pour faciliter le respect de ces mesures. Nous ne voulons pas mettre en péril la santé de nos militants et sympathisants. Je saisis l’occasion pour lancer à tous mes compatriotes, un appel au respect scrupuleux des protocoles sanitaires préconisés.

Interview réalisée par Honoré Adontui

Source : Le Correcteur N° 963 du Lundi 23 novembre 2020

Source : 27Avril.com

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