Automédication : De graves risques sur la santé

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Togo

L’automédication est très répandue dans le monde. Au Togo, la tendance se confirme. Selon une étude récente réalisée par des enseignants de la Faculté des Sciences de la Santé de l’Université de Lomé auprès de 1310 individus dont l’âge est compris entre 25- 40 ans la commune de Lomé, la prévalence à l’automédication est de 80,28%. Une autre étude sur un échantillon plus réduit estime à 93% la proportion des populations faisant recours à l’automédication.

De fait, les professionnels de santé sont de moins en moins consultés par les patients avant l’achat de médicaments, privilégiant un recours à l’automédication. Presque à la mode chez toutes les couches sociales pour des motifs non identiques et concernant la médecine conventionnelle comme traditionnelle, l’automédication est devenue un phénomène de santé publique.

Automédication : entre pauvreté et ignorance

Selon l’OMS, l’automédication consiste dans le fait qu’un individu recoure à un médicament, de sa propre initiative ou de celle d´un proche, dans le but de soigner une affection ou un symptôme qu’il a lui-même identifié, sans avoir recours à un professionnel de santé.

Les motivations de ce choix des populations en cas de maladie sont multiples. Le manque de moyens financiers conjugué au coût des consultations dans les centres de santé est la première raison évoquée par les patients qui font recours à l’automédication. L’on associe au coût, l’accessibilité géographique aux soins surtout en milieu rural.

« La pauvreté, l’accès aux structures de santé, l’accessibilité financière et géographique, le coût de la consultation et de l’ordonnance prescrite peuvent constituer des raisons de recours à l’automédication », estime Dr. Innocent KPETO, président de l’Ordre national des pharmaciens du Togo qui révèle que l’un des motifs reste « la surestimation par certains patients de ce qu’ils pensent connaitre d’un médicament et d’une pathologie, oubliant que seul un professionnel de santé après consultation, pourrait prescrire une ordonnance médicale ».

Outre le manque d’argent, l’on évoque l’absence d’une couverture maladie pour toute la population pour amoindrir les frais d’une prise en charge normale.

« Les raisons évoquées dans la pratique de l’automédication étaient la connaissance de la maladie, l’absence de sa gravité et le manque d’argent. L’autre facteur associé à l’automédication reste l’absence d’une assurance maladie», conclut une étude sur l’ Evaluation de l’automédication dans les officines de Lomé.

Un autre motif qui pousse les patients à recourir à l’automédication est le premier réflexe à vouloir payer un médicament qu’on lui aurait prescrit pour un malaise identique ou encore sur conseil d’un proche qui estimerait avoir eu un soulagement à la prise d’un médicament spécifique pour une pathologie similaire.

Si l’automédication prend de l’ampleur de nos jours, c’est grâce aussi à l’avancée des technologies de l’information et de la communication où l’on peut trouver sur l’internet des indications pour des pathologies spécifiques et décider de s’en procurer sans avoir l’avis d’un médecin ou praticien de la santé.

« Les gens croient connaître à travers des réseaux sociaux et sur le net, à travers des informations vraies ou fausses qui circulent. Et parce j’ai lu ça quelque part donc je vais m’en procurer », confie, Philipe A., ingénieur de laboratoire.

La disponibilité des médicaments dans les rues et des réseaux illicites de ventes des médicaments facilitent de même l’accessibilité aux médicaments et par ricochet l’automédication.

De fait, l’automédication est avant tout, selon Dr KPETO, une question de méconnaissance des risques. « Ça se joue sur l’ignorance. Il y a certaines personnes qui vont jouer sur cette ignorance des populations par rapport aux problèmes de santé de façon globale avec des publicités à outrance motivant les uns et les autres à user de tout moyen pour se procurer certains médicaments oubliant les exigences de la denrée médicament », indique-t-il.

Les conseils dans les officines aussi sont considérés comme des facteurs encourageant l’automédication.

L’automédication : une pratique risquée

L’adoption de l’automédication a des risques sur le patient qui s’y adonne et constitue un problème de santé publique surtout avec la vente des faux médicaments qui prospère. ce fléau a des risques sanitaires sur l’homme et des impacts économiques.

« Malheureusement les médicaments que nous allons consommer sans prescription formelle vont en règle générale nous faire plus de mal que le soulagement ou la guérison attendue », déplore docteur Innocent Kpeto.

Le risque est élevé du fait que le patient, à défaut d’être un professionnel de la santé, puisse passer à côté du diagnostic et prendre d’autres produits qui finissent selon les médecins par aggraver son état de santé.

Selon le pharmacien d’officine A. Gilles d’Almeida, l’automédication porte des risques rénal, digestif, hépatique, cutané, allergique et bien d’autres complications comme les chocs anaphylactiques.

Cette situation amène l’homme à dépenser beaucoup plus qu’il ne devrait si aux premiers symptômes il avait privilégié se faire consulter. « En automédication, on va prendre un produit pensant que le symptôme qu’on ressent a été déjà vécu. On dépense pour se payer un médicament et malheureusement si l’on se trompe de diagnostic, la maladie peut s’aggraver et quand l’on décidera d’aller à l’hôpital, la prise en charge pourrait se réveler plus compliquée et chère », nous confie un médecin généraliste.

L’automédication est nuisible pour la santé de l’individu lui-même et pour sa communauté et induit aussi des conséquences financières.

L’automédication avec des antibiotiques est encore plus dangereuse. Avec la surconsommation de ces antibiotiques, l’on est en train de créer les conditions de leur résistance aux bactéries. Cette situation constitue à l’avenir une menace de santé publique au stade où les bactéries deviendront résistantes aux antibiotiques qui existent. Ce qui rendrait difficile la prise en charge des patients qui manifesteront certaines formes de maladies.

Ceci peut en outre créer une crise de confiance au système de santé avec la prise des antibiotiques qui peuvent rendre inefficaces certains traitements avec la modification des paramètres qui permettent de préciser les diagnostics de son organisme.

Le danger est si énorme qu’une alerte mondiale interpelle les Etats à veiller à réduire l’automédication. L’autre risque de l’automédication reste l’empoisonnement lorsque l’on ne respecte pas les doses normales.

«L’automédication peut conduire à la mort quand par exemple l’on se prête à avaler sans consultation des antipaludéens alors qu’on souffre d’une fièvre typhoïde ou encore qu’en cas d’infection pulmonaire, se traite avec un sirop. D’où la nécessité de consulter un médecin ou de ne pas prendre à la légère les médicaments», indique Gilles d’Almeida.

Les conseils des praticiens

Face aux risques élevés de l’automédication, les praticiens de la médecine lancent l’appel aux patients à faire recours aux services de santé, à avoir confiance pour aller consulter ; car il est plus conseillé de consulter que de courir les dangers en s’adonnant à l’automédication.

Dr KPETO invite les populations à se méfier des produits qui font objet de publicités et des conseils des proches ou encore à se mettre dans la peau de connaisseur d’une pathologie car dit-il, «même un médecin consulte un autre professionnel de la santé quand il est malade».

L’élargissement de l’assurance maladie à toutes les couches de la population pourrait être un paramètre de réduction du taux de pratique de l’automédication.

Source : www.icilome.com

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