[Tribune] Togo-Boxe : Il était une fois, John Codjo MENSAN alias “KPALONGO”

Boxeur international togolais, 4 fois champion d’Afrique et vice champion du monde dans sa catégorie, JOHN CODJO MENSAN alias “Kpalongo” est décédé chez lui à la maison le 07 juin 2017. Miséreux JOHN CODJO MENSAN alias “Kpalongo” l’était malgré ton titre de champion, ceci au moment même où d’autres passaient le temps à siroter des champagnes dans les palais et à recevoir des grosses primes sans moindres efforts.

Les anciennes gloires comme on les appelle, ceux qui ont hissé le drapeau togolais haut et fort, meurent dans le dénuement total sans que des dispositions soient prises pour honorer leur mémoire, en guise de reconnaissance pour le service qu’ils ont rendu à la nation.

Pas plus tard que le samedi 04 juin 2022, AKPAKI Koffi Parfait Gabriel Ossandjou, ancien capitaine du club Étoile filante de Lomé entre 1960 et 1974, a été conduit à sa dernière demeure à Kodjoviakope. Celui qui fut aussi un entraîneur, ingénieur technicien de la haute fréquence des radios Lomé et Kara, Chevalier de l’Ordre du Mono, a juste été enterré comme un père par ses enfants. En dehors d’une entrée spectaculaire d’une délégation de quelques joueurs du club pour lequel le défunt a consacré plus d’une décennie, et une cérémonie de séparation devant la dépouille, aucune autre considération n’a été au rendez-vous.

La grande question est donc celle-ci : pourquoi il y a beaucoup d’inégalité dans le traitement réservé aux acteurs, lorsque ce genre de cas se présente dans le monde des sports au Togo ? A chacun de se faire une petite idée de cette triste réalité.

Qui était John Codjo Mensan ?

Certainement que ce nom ne dit rien à beaucoup de personnes, surtout la génération actuelle qui fait la pluie et le beau temps de la boxe.
Et bien John Codjo Messan alias Kpalongo est le boxeur qui a marqué l’histoire de la boxe togolaise dans
les années 70-80. Il était champion d’ Afrique et vice-champion du monde dans sa catégorie.

L’homme et sa carrière

Né vers 1948, Kpalongo (surnom venu de sa gestuelle sur le ring qui s’apparentait à la danse Kpalongo) a passé une bonne partie de son enfance au Ghana. C’est là qu’il a fait ses débuts dans la boxe, dans un club professionnel. La carrière du jeune boxeur togolais était bien lancée au pays de Kwame N’krumah quand il décida de regagner le bercail pour, « faire profiter à son pays ce qu’il a appris à l’étranger », avait-il déclaré à la rédaction du journal TogoNyigba quelques jours avant sa mort.

« A l’époque, poursuit-il, la boxe n’était pas développée au pays et tous ceux qui la pratiquaient étaient des amateurs. J’étais le pionnier de la boxe professionnelle au Togo avant que ne viennent d’autres comme Kpessou, Bossou… » Sans entraîneur, ni assistant technique, encore moins un embryon de personnel médical, parvenir à se hisser au sommet et s’y maintenir n’est pas du tout aisé. Mais avec courage, discipline et témérité, Kpalongo a réussi à écrire une des plus belles pages de la boxe togolaise en décrochant le titre africain version coq et celui de vice-champion au championnat mondial.

L’homme a gardé jusqu’à sa mort, une certaine amertume de cette défaite aux États-Unis. Selon lui, une machination de son adversaire qui visualisait ses entraînements, l’avaient empêché de décrocher ce titre mondial.

Malgré ses prouesses internationales, le pugiliste ne bénéficia d’aucune retombée financière. Il partageait sa vie entre son job de docker au port de Lomé et les entraînements. Il se plaignait en ces mots : « pour les dirigeants, mon sort ne les préoccupait pas. Ils se contentaient de négocier des combats pour moi et étaient contents de me voir les remporter. Comment je préparais ces combats, ils ne le savaient pas. Figurez-vous que pour livrer le championnat du monde, j’ai quitté la maison pour prendre l’avion sans visite médicale ni autre assistance. Malgré les conditions déplorables, vous ne pouvez pas décliner les sollicitations, sous peine d’être emprisonné car n’oubliez pas que nous étions sous un régime dictatorial à l’époque». Juste préciser que ça n’a nullement changé, ce régime dont parlait Kpalongo, même si aujourd’hui, l’on semble obnubilé par un changement de façade.

La vache à lait

Lors de son parcours professionnelle, Kpalongo a livré et gagné de nombreux combats mais il ignore combien lui a rapporté le ring. “Mon premier combat m’a rapporté 8000 F CFA” , disait-il. Alors qu’il se décarcassait dans des conditions difficiles pour gagner les combats, certains managers et responsables sportifs véreux profitaient allégrement des retombées de ces efforts physiques. « La seule fois où j’ai su combien j’ai effectivement gagné après un combat, hormis les 8000 F dont je viens de parler, c’était lors du championnat du monde qui m’avait rapporté 2 millions 300 mille F CFA. Après avoir apuré les dettes consenties pour le combat, il me restait 1million et quelques poussières. C’est avec cette somme que j’ai pu construire cette maison», confiait-il, la voix amère. Cette maison « togba » (ndlr : lagune) comme lui-même aime l’appeler, est son seul sujet de satisfaction malgré tout. Il se souvient que lors du 10ème anniversaire de l’accession au pouvoir du Général Eyadema, il avait remporté le combat organisé à cette occasion. Mais comme par malheur, la somme qui accompagnait le trophée a été divisée en dix avant de lui être remis par le responsable qui est aujourd’hui un des hauts cadres du sport continental. Ayant appris la magouille, il a
approché ce dernier mais pour toute réponse celui-ci lui avoua «que l’histoire là est déjà vieille ».

Plusieurs autres managers ont aussi profité de la naïveté de Kpalongo pour se faire des santés financières, le laissant dans la galère. Il n’avait qu’un vieux vélo comme moyen de déplacement pour se rendre chaque matin à son service au port alors
que les managers étaient mieux lotis et roulaient dans de grosses bagnoles.

Le dénuement

La soixantaine passée, les cheveux grisonnants, démarche titubante, Kpalongo a vécu sa retraite dans un des quartiers de la banlieue de Lomé, dans le dénuement total. Il n’a pour souvenir de « ces temps glorieux » que quelques médailles et
trophées remportées qui sont aussi usés par le temps, faute d’une bonne conservation.

La maison qui reste le sujet de satisfaction de sa longue carrière, était inondée à chaque saison pluvieuse, raison pour laquelle il l’avait baptisée «togba » (la lagune). A l’intérieur de son salon, de vieux fauteuils et une table.

Le sort que les autorités togolaises réservent aux sportifs n’encouragent pas les jeunes à s’engager dans le
noble art « car des fois quand je passe, j’entends les parents qui déconseillent à leur progéniture de s’adonner à la boxe, leur donnant comme exemple de voir mon cas avant de s’y engager », racontait-il. «Malgré cela, je demande aux parents de ne pas décourager les enfants car à chacun sa chance » conseillait-il.

Le boxeur a vécu toute sa vie avec des regrets. « Je suis le premier boxeur togolais qui a combattu dans la catégorie mondiale. Si les anciens dirigeants ne m’ont rien fait, les nouveaux ne peuvent-ils pas faire
quelque chose pour moi ou bien attendent-ils, peut être, que je meurs pour recouvrir mon cercueil des couleurs nationales », se demandait-il, la voix nouée à notre rédaction.

Une retraite si peu glorieuse devrait inciter les autorités togolaises à mettre en place au moins un programme de reconnaissance pour services rendus à la nation, aux grands sportifs et autres
artistes togolais. Le Cameroun, par exemple le fait. Ce qui avait sorti un certain Roger Milla de la misère de sa retraite, en le nommant ambassadeur culturel pour le Cameroun ! Le Ghana a aussi un programme de reconnaissance qui permet de prendre en charge les anciennes gloires et les familles de ceux parmi eux qui ne sont plus de ce monde.

L’État togolais, surtout en ce moment où le débat sur le manque de résultats s’amplifie, avec un appel à l’unité nationale autour des joueurs, devra faire pareil en prenant ses responsabilités et reconnaître ces talents, leurs donner le mérite afin que leur nom puisse être gravé à jamais dans les panthéons de l’histoire et dans les cœurs des amoureux des sports. Ce serait une juste manière de corriger l’injustice et l’inégalité qui prend de l’ampleur.

José-Éric K. GAGLI – Directeur général du groupe de presse Togonyigba

Source : Togonyigba.Tg

Source : icilome.com

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