Togoville: voyage à Fantchao Gnagada, le dernier marché de troc en Afrique

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Première formule des échanges commerciaux en Afrique, le troc demeure jusqu’à ce jour, le système commercial le plus adopté dans la ville bicentenaire de Togoville. Dans l’ancienne capitale du Togo (1884-1907), située à 63,9 km de Lomé, le seul marché qui s’anime tous les mercredis, reste en effet en ce 21e siècle, un espace ou s’échangent produits agricoles contre ceux halieutiques, industriels ou des services

Construite sur une superficie d’environ huit mille (8000) mètres carrées, le marché de Fantchao Gnagada est situé à treize (13) kilomètres de la ville de Vogan et à environ 700 mètres du Lac Togo. Avec ses quatre (4) hangars modernes à l’entrée et une quarantaine d’apatams de fortune, on peut y retrouver toutes sortes de produits allant du textile, aux bijoux en passant par les vaisselles ainsi que d’ autres objets de valeurs et des condiments. La particularité sur ce marché c’est la pratique du troc.

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« Il est vrai que la finalité du commerce est le gain ou le bénéfice. Cependant, le troc tel que pratiqué de nos jours au marché de Fantchao Gnagada, se fait également dans un esprit de solidarité et d’entraide» Voilà comment Madame Afangbédji, une troqueuse de légume, résume la motivation de ce système de commerce auquel résiste tant bien que mal quelques rares commerçants qui, eux, préfèrent le système de vente.

Le troc

Un mercredi matin, il est environ 10 h à Togoville. Tenant des assiettes contenant diverses types de céréales, de tubercules, de pâtes de manioc, de poissons séchés ou encore des coqs et poules, des hommes et femmes font des allers et retours entre les apatams du marché. A chaque déplacement, un mini échange s’effectue. Ici, on distingue trois types d’acteurs. D’un côté , les cultivateurs qui habitent les villages environnants (Djankanssé, Sévagan,Vogan, Akoumapé, Masséda …). Leurs marchandises sont constituées de céréales, de tubercules et de légumes. Ils viennent les échanger le plus souvent contre de la lingerie, de la parfumerie, de la savonnerie… De l’autre, il y a les pêcheurs et les éleveurs. Ils résident dans le canton de Togoville. Dernière catégorie : les commerçants qui viennent pour la plupart d’Aného, de Lomé et du Bénin voisin.

« Dans ma famille, cette pratique commerciale se transmet de génération en génération. Nous convoyons des produits d’importation sur ce marché pour être vendus ou échangés contre des vivres. Tout se fait selon les désirs de la population locale. Puis les vivres perçus sont à nouveau convoyés à Lomé pour un commerce normal » témoigne N’sougan Nousoukpoé. Il faut noter que les échanges ne se font pas sur la base quantitative des objets mais plutôt en considération de leur valeur économique. Une entente rapide et remarquable entre les parties caractérise ces échanges.

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L’organe local de gestion du marché est également impliqué dans la pratique. Tout comme les commerçants, les troqueurs paient des taxes allant de 50 à 300fcfa, selon l’espace occupé par le stock et par l’individu. Mais aussi l’accès de certaines catégories de marchandises (pâte de manioc, charbon de bois…) au marché est  conditionné au paiement d’une redevance. A Togoville, le troc est intimement lié à l’histoire de l’esclavage, de la colonisation et même à l’origine de la ville. Ainsi, certains troqueurs paient les transporteurs (piroguier, chauffeur, motocycliste) des marchandises avec des vivres. Outre les vivres, à l’exception des pagnes de grande valeur et des objets électroniques, tout matériel est un objet potentiel de troc. Les saisons de récolte agricole et de pêche sont les périodes où ce marché s’anime le plus. Chaque mercredi, en moyenne, une population de quatre à sept mille personnes s’approvisionnent dans ce marché.

Conservation d’une pratique ancestrale ou manifestation de la pauvreté

Le troc est le système commercial adopté au néolithique. Au Togo tout comme dans la plupart des pays africains, il a été longtemps utilisé dans le secteur de l’agriculture et de l’élevage puis un peu plus tard durant l’esclavage. Elle fera place à l’introduction de l’utilisation des cauris (premier monnaie africaine) et ensuite à la monnaie moderne, aujourd’hui le franc CFA. Pourquoi donc le troc se pratique toujours à Togoville? Tout comme de nombreux autochtones, les touristes Européens que nous avons rencontrés sur la presqu’île ne cessent de s’interroger sur les raisons de la pérennisation du troc dans le milieu. Plusieurs explications sont données mais deux retiennent l’attention.

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Selon Kossi Mlapa, un des princes héritiers de la localité, la pratique est encouragée par l’habitude des populations et l’admiration que portent les touristes saisonniers pour le phénomène. Toutefois, il reconnait que, « certaines personnes ne se retrouvent pas dans le troc. En plus tous les objets ne sont non plus échangeables. L’estimation par exemple des objets de valeur par rapport aux produits viviers ou artisanaux demeure très complexe» a-t-il ajouté. En revanche, certains acteurs attribuent la continuité de la pratique au coût de vie qui serait très faible dans le milieu; à l’abandon de Togoville dans un enclavement quasi total.

Historique de la ville de togoville

 Village appelé Togo au départ, Togoville est aujourd’hui une petite ville de la région maritime du Togo. Cheflieu du canton de Togoville, la ville s’ouvre sur le Lac Togo et compte actuellement environ 30000 habitants.Elle tire sa célébrité pour avoir habité le 05 juillet 1884, la signature du protectorat créant Togoland; traité signé entre l’explorateur allemand Gustav Nachtigal et le roi Mlapa III de la localité. Célèbre également en tant que centre de pratique animiste, la ville est très riche en tradition et passé historique. Durant son séjour au Togo du 8 au 10 aout 1985, le Pape Jean Paul II y a concélébré une messe dans la cathédrale Notre-Dame du Lac Togo de la ville, construite en 1910.

Focus Infos No 147

Source : Togoweb.net

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