Togo, Zone dite Akplomé dans la préfecture d’Agoenyivé : Plus de 5000 habitants sommés de déguerpir sans délai et sans indemnisation

Doit-on prétexter du caractère inondable d’une zone pour obliger les acquéreurs de terrains y résidant à la vider de corps et de biens contre des indemnisations non équitables pour ensuite exploiter la même zone à des fins commerciales et agricoles ? A Adétikopé, ce sont plus de 5000 habitants qui, après qu’ils ont retroussé les manches pour rendre viable la zone, sont en passe d’être renvoyés vers des horizons inconnus. Contre des indemnisations floues, sans détail aucun et de façon cavalière. Le préfet Awate Hodabalo et son équipe sont cités comme étant ceux qui sont à la manœuvre.

Déclarer une zone habitée par des acquéreurs de bonne foi disposant des papiers administratifs conformes à la loi pour obliger ceux-ci à vider les lieux sous deux à quatre semaines est-il conforme aux bonnes pratiques ? Dimanche 28 mars 2021, un collectif des habitants de la zone dite Akplome ont pris à témoin les autorités en charge du processus d’expropriation sur les conditions dans lesquelles se déroule ledit processus.

« Nous avons fait beaucoup d’efforts pour rendre cette zone viable, mais avons quand même accepté de céder nos parcelles à l’Etat togolais pour un développement effectif de notre milieu. L’Etat à son tour doit évaluer à leur juste valeur nos parcelles pour une indemnisation apaisée. Car, nous ne voulons pas être sacrifiés sur l’autel du développement », a expliqué Magloire Attoh-Mensah, représentant du collectif des expropriés. Si ce collectif en est arrivé là, c’est parce que les responsables de la préfecture d’Agoè-Nyivé dont relève Adétikopé s’écartent du droit chemin dans le processus d’expropriation.

A en croire les membres du collectif, un premier groupe d’habitants résidant sur un espace de 22 ha déclaré. Si la préfecture d’Agoè-Nyivé n’a rien à cacher, pourquoi à chaque habitant concerné, il n’est pas délivré copie du PV sanctionnant la cession de son immeuble ? Ceux qui ont osé réclamer le détail dans les évaluations se sont vu menacer tout simplement.

A ce jour, aucun des habitants ne s’est vu dire le prix du mètre carré auquel son immeuble sera acheté. Mais plus grave, un délai de deux à quatre semaines est donné aux habitants pour libérer les lieux. Et encore, sans indemnisation ! On se demande alors avec quoi ils iront se trouver des lieux à habiter, eux qui étaient propriétaires, risquent de devenir des locataires contre leur volonté.

Quid de la situation des enfants ? Les responsables de la préfecture d’Agoè-Nyivé conduisent le processus d’expropriation comme si eux, n’ont pas de progéniture. L’année scolaire est en cours. Les enfants sont inscrits dans des écoles. Mais on demande aux parents de vider de corps et de biens les lieux dans un délai intenable. Comme s’ils squattaient des terrains d’Etat. D’ailleurs, on apprend qu’aucun habitant n’a encore touché une quelconque indemnisation. Normal, étant donné que les prix proposés par la préfecture n’agréent pas aux propriétaires.

En effet, on apprend que selon les desiderata de la préfecture, la zone dite marécageuse sera rachetée à 2,5 millions le lot et la zone non marécageuse, à 4,8 millions FCFA. Des sommes qui sont loin de répondre à la valeur réelle, ou vénale ou encore spéculative des terrains.

Dans la préfecture d’Agoè-Nyivé, la valeur vénale du lot dans la zone urbaine est évaluée à 10 millions FCFA, soit 16.667 FCFA le mètre carré. Celle du lot dans la zone périurbaine est de 5 millions FCFA, représentant 8.333 FCFA le mètre carré. Pourquoi alors ce déni de la réalité ?

Mais la zone dont l’Etat cherche à déloger les habitants est-elle effectivement marécageuse ? Les habitants renseignent qu’à leur arrivée, ladite zone était difficilement habitable. Mais par la force de leur travail, le courage et la résolution à en faire une zone de confort, de nos jours, l’accès à l’eau potable, l’électricité et les voies de circulation attestent que le passé est derrière eux. Ils ont réussi à dompter dame nature et vivent tranquillement là-bas.

Si les autorités prétendent que la zone est dans un bas-fond, l’idéal n’aurait-il pas été de raser les maisons s’y trouvant pour installer un étang ? Aussi revient-il aux autorités de ne pas brandir le treillis, mais de procéder à une indemnisation juste qui permette à chacun de pouvoir se trouver un autre endroit dans ladite préfecture et d’y reconstruire ce que l’Etat, pour cause d’utilité publique, leur arrache. L’expropriation pour cause d’utilité publique est régie par des règles. Il revient à la préfecture d’Agoè-Nyivé, de rapporter les réalités au comité d’expropriation.

Parmi les doléances, les populations demandent que soient pris en compte le prix du mètre carré sur la base de la valeur réelle de vente selon les zones identifiées ; le tableau détaillé des montant des indemnités proposées à la place d’un montant global ; le délai fixé aux propriétaires situés dans la zone d’urgence pour libérer leurs domaines ; une indemnité de location d’un an pour les personnes situées dans ladite zone d’urgence ; le fait que les enfants sont en pleine année scolaire ; et surtout verser les vraies indemnités aux ayant-droits avant toute fixation de délai de déguerpissement.

Godson K.

Source : Liberté N°3359 du Mercredi 31 Mars 2021

Source : 27Avril.com

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