Togo-Une thèse de doctorat unique révèle l’addiction des jeunes à la loterie nationale togolaise

Le phénomène de la loterie a piqué les foyers togolais. Le sujet a fait l’objet d’une thèse de doctorat unique à l’Université de Lomé. Le mal est profond qu’on pouvait l’imaginer.

« Perception de la pratique addictive aux jeux de hasard et d’argent : particularité des joueurs de la LONATO de Lomé au Togo ». C’est autour de ce thème que le jeune togolais Docteur Zinsou Selom DEGBOE, a soutenu sa thèse de doctorat unique le 20 mars 2020, dans la spécialité : Psychologie clinique et de la santé.

Cette étude exploratoire dont la phase de collecte des données a été financée par l’ONG recherche Action et Prévention des Addictions (RAPAA) a concerné les joueurs de la LONATO (Loterie nationale togolaise) de Lomé-Commune et a été menée de 2016 à 2020. La recherche écologique, la méthode de boule de neige et la méthode ad hoc ont été utilisées pour sélectionner les participants à l’étude. Un questionnaire comportant l’échelle l’Indice Canadien du Jeu Excessif (ICJE) de Ferris et Wynne (2001) a servi à collecter les données.

L’étude a porté sur 1191 joueurs dont l’âge varie entre 18 et 72 ans avec une moyenne de 39 ans et un écart-type de 10,79 avec un sex-ratio femme pour égal à 0,08. Les joueurs de la LONATO qui ont une perception erronée de la pratique addictive aux Jeux de Hasard et d’Argent (JHA) représentent 10,10 %. Sous l’angle clinique, 54,60 % des sujets interrogés sont des joueurs pathologiques avec une proportion de 55,30 % chez les hommes et 45,65 % chez les femmes.

« Effectivement en avril 2018 pour le compte de ma recherche de thèse, nous avons conduit une étude sur 1191 joueurs de la LONATO dans Lomé-Commune. Il ressort de cette étude que la prévalence du jeu pathologique chez ces derniers est de 54,60 %. Selon l’analyse factuelle basée sur le sexe, cette prévalence est un peu plus accentuée chez les hommes (55,30 %) que chez les femmes (45,65 %). De la pratique à risque au jeu pathologique 98,10 % des participants de l’étude ont un problème avec la loterie, un type des jeux de hasard et d’argent. Les joueurs de la LONATO enquêtés, 83,90 % ont une perception réaliste de leur pratique addictive, autrement dit pensent que la loterie est potentiellement addictive », a souligné Docteur Zinsou Selom DEGBOE.

L’addiction de cette pratique et sa perception sont significativement corrélées aux déterminants sociodémographiques tels que le sexe, l’âge, le niveau d’études, la situation matrimoniale, le statut socioprofessionnel et le revenu mensuel des joueurs de la LONATO.

Docteur Degboe a fait une lecture psychologique de ses résultats à l’aide des théories cognitivo-comportementalistes. Pour lui, « la perception de la pratique addictive en se basant sur Skinner (1971) est entretenue par les gains qualifiés de renforçateur secondaire, car ils permettent d’assouvir le manque d’argent chez certains joueurs pour qui la loterie est une source de revenus supplémentaires. En suivant Bandura (1971), l’envie de jouer à la loterie et le fait d’anticiper un possible gain est lié au temps et l’écho des gains des autres parieurs auprès de la population en besoin. Pour ce qui concerne l’addiction aux JHA, la loi de la généralisation de Skinner (1971) du conditionnement opérant s’applique au problème de jeu qu’ont les parieurs de la LONATO car l’espoir les maintient dans l’addiction au jeu. Nous rejoignons ainsi la littérature pour dire que la loterie a un fort potentiel addictif tout comme les substances psychoactives. D’ailleurs, l’addiction aux jeux de hasard et d’argent est un type d’addiction comportementale, reconnue par l’OMS ».

De cette étude, se dégage un portrait sociodémographique robot du joueur pathologique de la loterie nationale du Togo vivant dans Lomé-Commune devenu Grand District de Lomé qui est celui-ci : il s’agit d’un homme dont l’âge se situe entre 40 à 49 ans, marié, avec un niveau d’études du secondaire, professionnellement actif et a un revenu mensuel supérieur au SMIG national.

Notons que cette étude a été effectuée sous la direction du Dr PARI Professeur Paboussoum, Professeur Titulaire en Psychologue du Travail et des Organisations, Université de Lomé-Togo, et sous l’encadrement du Dr NUBUKPO Philippe Professeur Titulaire en Psychiatre et Addictologue, Université de Limoges-France.

Après l’exposé de ses recherches, le jeune Docteur Zinsou Selom Degboe a reçu la mention « Très Honorable ». Les membres du Jury l’ont félicité pour la clarté de sa présentation, et pour son parcours doctoral exemplaire.

Source : icilome.com

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