Togo, Situation du secteur minier en avril 2020 : 73 titres miniers exploités par 67 sociétés

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Selon le ministère des Mines et de l’Energie, il existe en avril 2020 au Togo 73 titres miniers détenus par 67 sociétés. Nonobstant cette floraison de sociétés, la contribution du secteur minier et des industries extractives au budget de l’Etat est très faible. De même, la part des Togolais travaillant dans ce secteur est très insignifiante. Alors que l’activité minière porte préjudice à l’environnement et au cadre de vie des personnes riveraines.

Le sous-sol du Togo regorge de beaucoup de ressources minières. Le phosphate, le calcaire, les matériaux de construction (sable, argile, gravier, gneiss, migmatite, marbre …) constituent l’essentiel des produits miniers actuellement exploités dans le pays. Le pays dispose également de gisements métallifères, des pierres précieuses et des minéraux radioactifs : la chromite, le manganèse et la bauxite. Sans oublier le diamant et l’or alluvionnaire et le pétrole dans les eaux togolaises qui, selon le gouvernement, ne serait pas encore exploité. Conséquence, le ministère des Mines et de l’Energie délivre des permis d’exploitation à la pelle. « Fin 2017, le Togo comptait au total soixante-neuf (69) permis d’exploitation minière contre vingt-sept (27) en 2010, soit une augmentation de 58,5% [Ndlr, 155% selon nos calculs]. La demande de permis d’exploitation a reconnu une forte croissance, notamment pour la production de matériaux de construction et des permis d’exploitation à petite échelle », précise le rapport 2017 de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE). Selon le répertoire des titres miniers d’exploitation au Togo rendu public en avril 2020 par le ministère des Mines, ce chiffre est passé à 73 délivrés à 67 sociétés.

Vingt (20) autorisations d’exploitation artisanale du sable ont été délivrées. A l’exception de l’établissement AMP Sarl qui exploite le sable à Iko-Arouka dans la préfecture de l’Ogou (Région des Plateaux), les autres sociétés sont logées dans la Région Maritime.

Les matériaux de construction sont le secteur qui compte le plus grand nombre de permis. Il en existe 37 détenus par 34 sociétés qui exploitent le sable, le gneiss, la migmatite, la granulite. Comme dans le premier cas, les préfectures du Zio et de Vo dans la Région Maritime sont les mieux loties. Vient ensuite la préfecture de la Kozah avec CECO BTP qui extrait la granulite à Lama PoulouTchamdè, ECOBAK pour le gneiss de Lassa Léo-Ahodo, XING FA SARL U pour le gneiss de Sèdina et TGC S.A.qui extrait le gneiss de Lassa-Tchou. Toutes ces sociétés ont un permis d’exploitation d’une durée de trois (03) ans, renouvelable plusieurs fois, chacune pour une durée maximale d’un (01) an.

Sept (07) sociétés détiennent huit (08) permis d’exploitation à petite échelle qui a une durée de cinq (05) ans, renouvelable plusieurs fois, chacune pour une durée de trois (3) ans. La société chinoise JUN HAO MINING, derrière laquelle se cachent des pontes du régime, exploite l’or à Kaoudè dans la préfecture d’Assoli. Quant à Global Merchants, une autre société bizarre qui avait opéré dans le secteur aurifère, elle s’est vu récemment octroyer le permis d’exploitation d’ilménite d’Aloèkoègbé-Bagbé dans les préfectures (Zio-Avé).

Les six (06) autres sociétés sont des exploitants à grande échelle qui ont une durée de vingt (20) ans, renouvelable plusieurs fois, chacune pour une durée de dix (10) ans. Il s’agit de la SNPT et WACEM qui ont chacun deux permis, MM Mining qui a suspendu ses activités depuis 2016, POMAR Togo, SCANTOGO-Mine et ICA Invest le nouveau chouchou de ceux qui sont aux affaires.

En principe, l’existence de ces nombreuses sociétés devrait induire la création des richesses et par ricochet la réduction de la pauvreté. Mais le secteur est tellement gangrené par la corruption et les sociétés écrans qu’on ne voit aucun changement notable dans le pays. « Je voudrais informer une fois de plus nos compatriotes sur le fait que ce petit pays que la Divine Providence nous a donné est suffisamment riche pour que nos populations ne connaissent pas la souffrance qu’elles endurent dont les principaux responsables sont de toute évidence nos gouvernants. Ce qui est malheureux dans tout ceci, c’est que la part de ressources non fiscales qui sont censées être alimentées par l’exploitation de certaines de nos ressources minières, est en baisse dans le budget depuis trois ans. Ce ratio passe de 5,91% en 2015 à 5,71% en 2016 et à 4,59% en 2017», s’est emporté Thomas Dodji Koumou, président de Veille Economique, lors d’une sortie médiatique en mars 2017.

Le dernier rapport de l’ITIE publié en décembre 2019 lui donne raison en révélant que la contribution du secteur minier au budget de l’Etat reste faible. Sur la base des données reportées par l’Etat, après conciliation, les revenus générés par le secteur minier totalisent un montant de 16.261 milliards de FCFA pour l’année 2017, précise le rapport. Ce montant inclut les paiements encaissés directement dans les comptes budgétaires de l’Etat pour un montant de 15.329 millions de FCFA et les paiements sociaux (volontaires et obligatoires) au profit de tierces parties pour un montant de 932 millions de FCFA. Ce qui représentait 3,2 %. De plus, la contribution au PIB (Produit intérieur brut) nominal de l’Etat reste également faible : 2%, la plus grande part venant du phosphate. Des données qui incluent aussi les sociétés d’exploitation des nappes d’eau et celles d’autres sociétés non présentes dans ce répertoire.

Au niveau de l’emploi, la situation n’est guère reluisante. Les données montrent que 0,6% de la population active du Togo travaille dans le secteur extractif. D’après le dernier questionnaire unifié des indicateurs de base du bien-être du Togo réalisé en 2015, rapporte l’ITIE, le pourcentage de la population active travaillant dans le secteur extractif est de 0,6% et occupe la 13ème position dans le classement de l’employabilité des secteurs d’activités au Togo. En revanche, poursuit le rapport, l’absence d’études plus récentes ne nous a pas permis de publier des informations actualisées sur la contribution du secteur extractif dans l’emploi. Toutefois, selon les chiffres collectés dans le cadre du présent rapport, les sociétés incluses dans le périmètre de conciliation ont employé 5.330 personnes en 2017, dont 433 des femmes soit 8,12% et 4.897 des hommes soit 91,88%.

73 permis d’exploitation signifient 73 cas de massacre environnemental et du cadre de vie des populations. Les études d’impact environnemental ne sont commandées qu’au début, dans l’optique d’obtenir le permis d’exploitation. La suite, c’est une catastrophe. Aucune entreprise au Togo ne respecte les obligations environnementales : de la SNPT (société 100% étatique, mais contrôlée par les amis israéliens du chef de l’Etat) à Wacem en passant par MM Mining, Pomar, Scantogo-Mines et les autres sociétés intervenant dans le secteur. La faute au manque de suivi des structures concernées et à la mauvaise foi des sociétés minières qui sont, pour la plupart, des sociétés écrans. « Il a été constaté un déficit de compétences techniques et de ressources financières pour entreprendre des évaluations environnementales et sociales ainsi que le suivi et le contrôle de l’application du Plan des gestion environnementale et sociale (PGES) des entreprises minières. L’ANGE (Agence nationale de gestion de l’environnement souffre également d’une insuffisance accrue en équipements mobiles d’analyses de terrain, véhicules et équipements de protection individuelle pour le contrôle des PGES et le suivi des activités minières artisanales. De plus, la capacité du laboratoire de l’ANGE est très limitée en raison du manque en personnel qualifié et en équipements analytiques nécessaires au suivi et contrôle environnementaux des projets », relève le rapport final de l’évaluation environnementale et sociale stratégique du secteur minier au Togo commandé par la Banque mondiale.

Par ailleurs, les localités où sont exploitées les ressources minières, sont dans un état lamentable. Les infrastructures manquent cruellement et la pauvreté ne cesse d’augmenter. Les engagements sociaux pris à la signature de la convention sont rangés dans les placards une fois que la société commence à amasser des millions.

Dans l’ordre normal des choses, un gisement découvert et exploité dans une localité au Togo, devra constituer un atout pour le développement de celle-ci et en même temps du pays. Mais ce n’est malheureusement pas le cas. Les ressources minières sont source de misère pour les populations pendant que la kyrielle de sociétés et leurs complices se la coulent douce.

Source : Liberté

Source : 27Avril.com

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