Togo, Révision des listes électorales / Grand amusement de petit niveau : Quel sens donner aux élections locales ?

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president de la ceni Ayassor Tchambago

En matière de démocratie, le Togo reste un très mauvais élève. Après 59 ans d’indépendance, c’est une curiosité de bande de terre qui interpelle toute conscience humaine normale.

59 ans après son indépendance dont 52 ans de gestion de Eyadèma et fils, on annonce les véritables élections locales au Togo pour le 30 juin prochain. Une occasion rêvée pour au moins tester la démocratie à la base. Mais rien que l’organisation à la hussarde de l’opération de révision des listes électorales en dit long sur le manque criard de volonté politique du pouvoir de faire de bonnes élections.

Partout, que de la pagaille républicaine

Le recensement pour les législatives du 20 décembre 2018 avait été largement boycotté en raison du mot d’ordre de la coalition des 14 partis politiques de l’opposition. Il s’agissait d’une organisation unilatérale qui ne saurait susciter l’adhésion populaire. Et pour une révision des listes sept mois plus tard, il faut suffisamment du temps. Mais là, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) n’a décidé que de trois jours en zone unique. A l’arrivée que de dysfonctionnements.

Quelques séquences « 8h35 arrivé, 9e dans la file. 11h44 accès à la salle. 11h47 formulaire en main. 12h13 machine plantée. 12h57, 1 agent me fait passer dans une autre salle, honteusement, je passe devant des gens en attente. 13h15, on me ramène dans la première salle. 13h43, j’ai ma carte. Ici c’est vraiment #Togo », a tweeté le Premier Porte-Parole du Front Citoyen Togo Debout, Professeur David Dosseh samedi 18 mai relatant son parcours de combattant avant d’obtenir sa carte. A Bafilo, c’est aussi enrôlement difficile. « Beaucoup d’anomalies dans ce recensement électoral. A l’Epp Agoudadè, il y a une affluence écrasante et l’on doit passer plus de 2 heures d’attente avant de pouvoir se faire enrôler. Malgré tout, les machines tombent régulièrement en panne.

Au centre islamique de CIFA, les empruntes des hommes sont toujours rejetées. Seules les femmes sont recensées.

Au CEG Bafilo-Ville, les photos refusent d’apparaître. Conséquence, la population est dans la désolation accusant le régime d’avoir sciemment programmé les machines pour créer ces incidents», témoigne une source.

Dans plusieurs localités du Togo, c’est le même constat. Pour le Mouvement Patriotique pour la Démocratie et le Développement (MPDD) « Nonobstant la grande affluence dans les centres de recensement ouverts à cet effet, des dysfonctionnements factuels ont été relevés : des démarrages tardifs des opérations dans plusieurs centres le premier jour de la révision ; une lenteur des appareils et du système de transmission des données ; des difficultés d’impression des cartes d’électeurs ; le refus d’enrôlement sur la base des cartes d’électeur antérieures à 2018 ; et la suppression de certains CRV par manque de kits avec pour conséquence, le parcours de plusieurs kilomètres pour se faire recenser, surtout dans les zones rurales ».

Dans les Plateaux, on peut noter cette pagaille à plusieurs niveaux où les populations sont obligées de parcourir jusqu’à 18km pour se faire enrôler. A titre d’exemple Gobé Vakpo :11km de ADOMI Plateau Gobé Egbo :13km de Agbo Plateau Botokou :14km de Agbo plateau Avegame :18km de Agbo plateau Itodou Haut :10km de Agbo plateau Itodou Bas :14km de Agbo plateau Kemedisso :11km de Agbo plateau Ikpini :7km de Tomegbe Djigbodi Ouvloube :8km de Agbo Kope Litime Alossounou Kope :9km de Bena Plateau Tikem :18km de Kougnohou Esseleke :13km de Kougnohou Kpalave Gboyeye:8km de Wodagni.

Par endroits, on exige des certificats de mariage aux femmes mariées avant d’avoir leur carte d’électeur. Pis, certains représentants de chefs traditionnels dans les centres de recensement exigent de l’argent avant de témoigner pour ceux qui n’ont aucune pièce d’identité. Plusieurs autres formations politiques en l’occurrence l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) et les 7 partis membres de la Coalition de l’opposition ont saisi le ministre de l’Administration Territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités Locales pour d’abord corriger ces manquements et proroger conséquemment le délai d’enrôlement. Pour toute réponse, le Président de la CENI Tchambakou Ayassor n’a ajouté que 24 heures de plus.

Conséquence, plusieurs milliers de Togolais étaient dans les centres d’enrôlement hier dimanche 19 mai sans pouvoir obtenir leur carte d’électeur.

Or, les élections locales sont le soubassement de la gouvernance locale. Lorsque des concitoyens sont empêchés d’être enregistrés pour exercer leur droit de vote, c’est une source de frustration. Et comme le disait dans notre dernière parution le Professeur Wolou Komi « ce sera encore une occasion ratée si le régime organise des élections qui ne sont pas dignes de ce nom. Les élus seront en contact direct tous les jours avec les électeurs. Des conseillers mal élus seront inefficaces et très exposés en raison de ce contact direct et permanent. Ce qui n’est pas le cas des députés. Le régime doit donc bien réfléchir et éviter des tensions locales sur l’ensemble du territoire. Il ne peut tirer profit durablement des élections qui manqueraient de transparence ou qui seraient bâclées. J’espère qu’ils vont comprendre », a-t-il indiqué.

Avant même que d’aller en campagne pour parler des locales du 30 juin, le décor est planté pour de gros risques de désagrégation du tissu social au Togo.

Kokou Agbemebio

Source : Le Correcteur

27Avril.com

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