Togo, Processus Électoral : A quel jeu se livre le braillard Gilbert Bawara ?

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Togo, Processus Électoral : A quel jeu se livre le braillard Gilbert Bawara ?

A l’antipode des voix qui s’élèvent en faveur de la suspension du recensement électoral démarré lundi dernier, le ministre Gilbert Bawara, lui, croit à un processus irréversible. Chez nos confrères de Radio Pyramide dimanche dernier, celui qui fait office de porte-parole du gouvernement togolais a déclaré les facilitateurs « non qualifiés » pour surseoir au processus électoral en cours et tant décrié. Une énième sortie qui amène à se questionner sur la réelle ambition de ce collaborateur de Faure Gnassingbé, au travers de ses sorties.

Décidément, le train de la Commission Électorale Nationale Indépendante (Ceni) semble n’obtempérer dans sa course effrénée vers la tenue des élections législatives, le 20 décembre prochain. Malgré le récent compromis des protagonistes sur l’entrée des représentants de la Coalition des 14 formations politiques (C14) au sein de cette commission, ceux-ci n’auront finalement pas le temps de bien s’impregner des réalités avant de se jeter à l’eau. Et pour cause, les opérations dont la coalition appelle, de tout souhait au boycott, ont commencé à pied boiteux dans toute la zone 1.

Et pour défendre ce forcing qu’opère depuis un moment le régime de Lomé, Gilbert Bawara y est allé à nouveau de ses provocations, au point même de s’essayer à la dévaluation de la facilitation. Pour le ministre de la Fonction publique et cadre du parti présidentiel, «ni le comité de suivi, ni les facilitateurs, ni le pouvoir de Lomé n’ont la capacité de modifier la date du 20 décembre prévue pour les élections législatives. Encore moins, les représentants des facilitateurs». Et de s’expliquer en affirmant que c’est une décision prise par la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement et donc, cela ne peut être modifiée, en retour, que dans les mêmes formes.

A bien analyser cette dernière sortie au ton provocateur de Gilbert Bawara, il saute clairement aux yeux, une réponse à peine voilée au ministre d’Etat Tibou Camara, conseiller et représentant du président guinéen qui disait, le 23 septembre dernier, aux termes de la 2ème réunion du comité de suivi de la mise en œuvre de la feuille de route de la CEDEAO, qu’on ne doit pas faire dans le fétichisme de date sur ces élections. «Il ne faut pas faire du fétichisme sur le chronogramme. Il faut travailler pour organiser des élections crédibles et équitables», a-t-il affirmé en substance.

Au-delà du peu de considération affiché à l’endroit des facilitateurs dont les représentants agissent avec la bénédiction de ceux-ci et celle des chefs d’Etat et de gouvernement de la sous-région, Gilbert Bawara envoie une menace à tous les esprits libres et mécontents de la démarche cavalière avec laquelle le gouvernement conduit le processus électoral auquel la C14 ne prend pas encore part pour toutes les observations qu’elle a émises. Si Bawara relève que certaines choses peuvent être réaménagées sur le chronogramme, il nuance néanmoins, en estimant qu’elles ne peuvent vraiment l’être à condition de respecter un double impératif, celui des délais légaux fixés par le code électoral et celui de la date du 20 décembre.

Et c’est le même Bawara qui avant le dimanche déclarait déjà le vendredi à la faveur d’une petite rencontre qu’il a organisé avec certains journaux qu’il n’y aura aucun cession de rattrapage pour le recensement » même si l’opposition appelle au boycott. Il ressort que dans sa posture vuvuzela et défiance à tout va, Bawara va jusqu’à s’arroger le rôle de Président de la Ceni, à qui il revient légalement de se prononcer sur le rallonge ou pas du délai du recensement.

Jusqu’à preuve du contraire Bawara n’a aucune prérogative de technicien de l’organe de gestion électorale. Il va de soi qu’effectivement comme il se dit, tout le monde peut afficher son camarade comme une marionnette dans ce milieu et cela ne dérangera personne.

Pour autant, on se demande si en agissant avec fracas et autant d’assurance, le ministre n’est vraiment pas dans une dynamique qu’on ne pourrait imaginer, celle de pousser dehors son patron. La réflexion s’invite.

Source : Fraternité No.287 du 03 octobre 2018

27Avril.com

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