Togo / Présumé vol de 500 millions à la pharmacie « Le Bon Samaritain BJV » : La Directrice, Dr Kpodar Kayi, Défie les Syndicats, l’Ordre des Pharmaciens et Même la Justice !

Le Code du Travail du Togo reconnait aux employés certains droits élémentaires que tout employeur se doit de respecter pour le bon fonctionnement de toute entreprise. Au Togo, force est de constater que dans certaines entreprises, les employeurs, malgré le contrat et ses clauses, se prennent pour des seigneurs. Ils gèrent leurs entreprises de façon anarchique en violation des lois. Le secteur de la pharmacie ne fait pas exception.

Il est souvent reproché à plusieurs pharmacies de vendre des produits de mauvaise qualité ou parfois à des prix qui dépassent largement le prix normal sur le marché, mais pour ce qui est de la gestion au sein de ces structures, personne n’en parle. Les employés même n’osent pas sous peine de se voir licenciés par les propriétaires, malgré les droits à eux légués par la convention collective interprofessionnelle et le code du travail au Togo. C’est le cas à la Pharmacie Le Bon Samaritain BJV située à Bè Pa de Souza où la Directrice, Dr Kpodar Kayi Julienne, est accusée de faire des misères aux employés.

Dr Kpodar Kayi Julienne a licencié le 28 octobre 2020, quatorze (14) de ses employés au motif qu’ils auraient volé une somme de 510.493.199 FCFA sur la période 2019-2020. Toutes les démarches des employés pour rentrer dans leurs droits, selon le contrat qui les lie, sont restées vaines. Dame Kpodar est catégorique: elle ne veut leur verser aucun franc.

Selon les informations recueillies, l’acharnement de la Directrice a commencé depuis 2010. En ce temps, les employés avaient été engagés sur la base de contrats verbaux et sous ce prétexte, l’employeur imposait sa loi dans la pharmacie, au mépris des lois qui régissent le secteur. « Depuis 2010, lors de l’inventaire de fin d’année, la Directrice nous avait dit qu’elle avait une perte de 10 millions FCFA. Nous les employés d’alors, nous lui avons dit de prendre un auditeur pour identifier les causes, mais elle n’avait pas accepté et a préféré nous prélever les sous à raison de 35.000 FCFA/mois alors que nos salaires étaient de 42.000 FCFA. En 2014, la même scène s’est reproduite avec une somme de 40.000.000 FCFA. Nous lui avons fait la même proposition, mais elle avait dit qu’elle n’a pas d’argent pour engager un auditeur et qu’elle trouvera les fautifs par ses propres moyens. Elle continua la même méthode de prélèvement. En 2016, elle annonce encore une perte de 80.000.000. En 2019, c’est la sœur de dame Kpodar qui nous a annoncé une perte de 100.000.000 FCFA. 100 millions qu’elle dit avoir empruntés à la banque pour le redressement de la pharmacie. Elle a alors changé de logiciels, nommé des contrôleurs pour tout vérifier et mis en place un nouveau système qui permettait qu’il n’y ait plus de perte », explique l’un des employés licenciés.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est lorsque la Directrice fait convoquer les 14 employés à la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) pour vol d’une somme titanesque de 510.493.199 FCFA courant 2019-2020. Une somme dont les employés disent ne rien savoir. Après audition, la DCPJ a conclu au relèvement partiel d’une insuffisance de preuves pouvant entrainer la perte d’une telle somme en une année.

Insatisfaite, la Directrice multiplie les manœuvres pour contraindre les employés à la démission. Selon ceux-ci, sa sœur qui est devenue subitement leur cheffe personnelle se livre à des dérives et abus de façon à les inciter à l’insubordination. « Elle ne cesse de donner des mises à pied de 3 jours à une semaine et des lettres d’explication ne cessent de pleuvoir. Elle nous oblige à signer des notifications sans donner l’opportunité aux employés de lire et de comprendre les sujets avant d’apposer leurs signatures », relatent les employés. Ces manœuvres n’ayant pas donné le résultat escompté, le 28 octobre 2020, en l’absence de toute preuve et sans entretien préalable, les employés ont reçu une notification de licenciement.

Pourtant, martèlent-ils, Dr Kpodar contrôle tout ce qui se passe dans la pharmacie depuis son bureau ou sa maison. « La Directrice est là tous les jours, regardant dans ses caméras de surveillance. Même à la maison ou en voyage, elle ne cesse de surveiller le personnel et leur travail. Le surveillant est là tous les jours. C’est lui qui ouvre le portail avant que tout le monde n’entre. Il y a également 4 contrôleurs. L’entrée et les sorties, les fouilles des sacs et des poches, des factures, la caisse en rendant compte à la cheffe personnelle et la directrice. Même, notre argent de poche est déclaré à chaque entrée et sortie », explique un employé.

Dans le contrat signé avec l’employeur dont nous avons copie, en son article 6, il est notifié ce qui suit : « Le contrat est résiliable par l’une ou l’autre des parties, sous réserve d’un délai de préavis de trois (3) mois. Cette disposition ne s’appliquera pas si le contrat prend fin en raison de faute lourde, grave de l’une des parties ou la survenance d’un cas de force majeur ».

Étant donné que Dr Kpodar Kayi Julienne n’a montré aucune preuve d’une quelconque malversation financière, les employés considèrent qu’ils ont été abusivement licenciés, donc ayant droit à des indemnités de licenciement comme le prévoit le code du travail en ses articles 64 et 67, et la convention collective interprofessionnelle en son article 17.

Toutes les démarches effectuées par les employés pour entrer dans leurs droits, notamment auprès du Syndicat des Agents des Pharmacies Privées et Grossistes du Togo (SYNAPHAPRIG-Togo) et auprès de l’Ordre National des Pharmaciens du Togo sont restées vaines. « Au niveau du Syndicat, la Directrice n’a pas répondu à la convocation à elle adressée. Pour l’Ordre National des Pharmaciens du Togo, elle y est allée, mais a refusé catégoriquement de prendre en compte la recommandation à elle faite, notamment celle de nous payer nos indemnités de licenciement », a confié un autre employé.

Suite à ce refus, les employés ont saisi l’Inspection du travail et ensuite le juge du travail qui, eux non plus, n’ont pas réussi à amener l’employeur à la raison. L’affaire est actuellement au niveau de la conciliation. Après plusieurs convocations non répondues par Dr Kpodar Kayi, elle s’est enfin rendue avec son avocat, mais l’audience a été reportée sur le 15 juin dernier. Mais ce jour-là, Dr Kpodar et son avocat ont encore brillé par leur absence. Quant au procès, il est encore reporté sur le 28 octobre prochain.

Par ailleurs, les employés dénoncent des injustices qu’ils ont subies. « En 2019, suite aux pressions des syndicats, la Directrice a fait signer des contrats de travail à durée déterminée pour certains et indéterminée pour d’autres. Elle a exigé, dans un but obscur, que nous signions ces contrats antidatés pour la plupart et sans autre forme de procès. En plus, lorsque quelqu’un vient visiter la Directrice et qu’elle donne de l’argent à ce dernier en guise de cadeau, après le départ du visiteur, l’employé qui a annoncé la visite doit rembourser la somme donnée au visiteur. Lors de la facturation, si tu as omis la TVA sur un produit, elle te vend la TVA, peu importe la somme. Si tu fais une erreur sur une facture, par exemple tu saisis Efferalgan 500 comprimé sur Efferalgan Sirop, elle te vend toutes les boites d’Efferalgan 500 comprimés mal saisies », dénoncent les employés.

Pour des besoins de recoupements, nous avons contacté la Directrice, le 13 mai 2021. Elle nous a donné rendez-vous à la pharmacie le lendemain. Nous nous y sommes rendus. Pour toute réponse, dame Kpodar Kayi a allégué qu’elle ne pouvait rien nous dire au sujet de cette affaire tant que l’affaire est pendante devant la justice. Elle a néanmoins confirmé qu’il y a une affaire de la sorte et que la somme dont parle ntles employés ne concerne pas la seule période de 2019-2020, mais celle de 2010-2020. Alors que sur la notification de licenciement adressée aux employés le 28 octobre 2020, il est bien précisé que c’est sur la période 2019-2020 qu’il y a eu une perte titanesque de 510.493.199 FCFA.

« Nous faisons suite aux différentes interventions et recherches de notre part après le constat de la continuance des écarts manquants relevés à notre encontre sur la période de 2019-2020 où des montants à hauteurs de 510.493.199 FCFA ont été relevés par les services d’audit pour toute l’entreprise. Après ces évènements, nous avons eu recours au service de la police où nous n’avons pas pu retracer la méthode que vous utilisez, mais force est de constater que la pharmacie va à la perte, vos manquants ne cessent pas de croitre. Nous ne pourrons pas continuer à collaborer avec vous dans cette situation. Nous vous signifions votre licenciement pour faute lourde à compter de la réception de ce courrier, pour manquants trop élevés entrainant une perte de confiance », lit-on sur la notification de licenciement adressée à un des employés.

Combien d’entrées fait une pharmacie en une année au Togo pour qu’il y ait une perte de plus de 500 millions de FCFA courant l’année 2019-2020 ? Même si on considère qu’il y ait effectivement cette perte en une année, comment est-ce possible quand on sait que la Directrice contrôle tout jusque dans les moindres détails ? Des questions légitimes qui méritent réponse.

Les employés, eux, n’exigent qu’une chose : rentrer dans leurs droits prévus par le code du travail et la convention collective interprofessionnelle.

Joël D.

Source : Liberté / libertetogo.info

Source : 27Avril.com

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