Togo-Le pouvoir pour le pouvoir, le pouvoir pour toujours

« L’exercice du pouvoir grossit les caractères des êtres comme la loupe ceux de l’imprimerie. Il est une drogue qui rend fou quiconque s’y complait. Aveuglées par les phares de la renommée, les chenilles dévouées ont tôt fait de se métamorphoser en vaniteux papillons» (Jacques Attali)

En 2005, le fils du père a fait effraction dans la vie des Togolais dans le sang, les pleurs et la désolation et s’y impose depuis lors en instaurant une dynastisation de la République. Bien assis dans son fauteuil présidentiel et foncièrement hostile aux principes de démocratie et d’alternance, sa seule ambition semble de demeurer au pouvoir et de se ménager la présidence à vie.

Son régime est aujourd’hui une curiosité sur le continent qui rame à contre-courant du vaste mouvement démocratique. En 2015, Faure avait fait tomber les masques devant le monde entier, lors du sommet de la CEDEAO à Accra, en s’opposant de toutes ses forces à la volonté de la Commission de la CEDEAO d’imposer l’alternance démocratique dans les quinze (15) Etats membres.

Il était soutenu dans sa démarche par l’autre calamité démocratique, la Gambie de Yaya Jammeh. Solidaires dans le mal, les deux satrapes avaient fait bloc et réussi à faire échec au projet communautaire, l’intégration démocratique dans l’espace CEDEAO. Un acte qui avait terni à l’époque l’image de ce syndicat vieillot en complet « déphasage avec les aspirations des peuples dont elle est supposée construire le développement et le bien-être ».

Entre-temps, le despote Yahya Jammeh a été défait par les urnes et contraint à céder le pouvoir. Pendant longtemps, Faure Gnassingbé demeurera le seul chef d’Etat à violer allègrement les dispositions pertinentes du protocole de la CEDEAO sur la Démocratie et la bonne gouvernance, en multipliant les mandats présidentiels. Il sera rejoint en 2020 par ses compères Alassane Dramane Ouattara et Alpha Condé pour former le « club du troisième mandat ».

Le goût immodéré pour le pouvoir aura conduit certains aux pires excès et dérives. Pour son troisième mandat, Alpha Condé, lui, n’aura fait que 12 mois au pouvoir avant d’être balayé par un coup d’Etat. C’est l’attelage Faure Gnassingbé – Alassane Ouattara qui incarne désormais le syndrome du troisième mandat. Mais un troisième larron aurait fait son entrée dans le club : Macky Sall. C’est ce que croit savoir le confrère « L’Alternative ».

Le journal rapporte dans son édition du vendredi 10 décembre que « le Togo, le Sénégal et la Côte d’Ivoire se sont vigoureusement opposés à un projet de limitation du mandat présidentiel dans l’espace CEDEAO lors des travaux de la 47ème session du Conseil de Médiation et de Sécurité de la CEDEAO qui s’est tenue le 8 décembre dernier à Abuja au Nigéria ».

Rencontre au cours de laquelle l’institution régionale a soumis un amendement du protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance notamment sur la limitation des mandats à la suite des coups d’Etat auxquels est en proie l’espace communautaire. Faure Gnassingbé fait tomber une nouvelle fois le masque en s’opposant à la limitation du mandat présidentiel dans l’espace ouest-africain. C’est d’autant plus curieux, qu’en 2019, les députés godillots avaient adopté une révision de la Constitution en limitant le mandat présidentiel à deux, après avoir remis le compteur à zéro au profit de Faure Gnassingbé.

Cette limitation de mandat était donc de la poudre de perlimpinpin.Le refus de la délégation togolaise de signer l’amendement du protocole de la CEDEAO pour la limitation des mandats présidentiels éclaire le fonctionnement du régime de fait actuel. Faure Gnassingbé est un vrai chef d’État africain : le pouvoir, tout le pouvoir, le pouvoir par tous les moyens, le pouvoir pour le pouvoir, le pouvoir pour toujours.

Médard AMETEPE

Liberté

Source : icilome.com