Togo : La quadrature du cercle : Rencontre de la présidente du HCRRUN avec le CAR

Depuis quelques temps, la présidente du HCRRUN, Mme Awa NANA-DABOYA, a pris son bâton de pèlerin pour rencontrer les partis de l’opposition dans le cadre d’une consultation initiée et entreprise par la commission de réflexion créée le 03 janvier 2017 au sujet des réformes institutionnelles et constitutionnelles.

C’est dans cette optique que la délégation du HCRRUN a rencontré le 10/02/2017 une délégation du CAR conduite par son Président, Me Yawovi AGBOYIBO.

A l’issue de cette séance de travail, le CAR a rendu public un communiqué de presse dont voici l’essentiel. « La délégation du CAR, se référant à la position exprimée par le parti lors de son congrès extraordinaire des 13 et 14 janvier 2017, a fait savoir à la délégation reçue que la commission dite de réflexion est viciée à la source pour avoir été créée sans concertation avec l’opposition, violant ainsi les dispositions et l’esprit de l’Accord Politique Global (APG) de 2006 ».

Nous avons lu ce communiqué avec un sentiment critique et de désapprobation. C’est pourquoi nous avons décidé de rendre publics nos analyses, explications et commentaires.

Etant donné que l’Accord Politique Global n’a pas été rédigé en chinois, nous nous permettons de le revisiter.

Cet exercice est très instructif parce qu’il lève l’équivoque.

1°/ L’APG a été signé le 20/08/2006. Cet accord était l’aboutissement des travaux du dialogue intertogolais placé sous l’égide de Me Yawovi AGBOYIBO qui a signé pour le bureau du Dialogue.

Il a été convenu noir sur blanc dans les dispositions finales 5.8 ce qui suit : « En cas de différend sur l’interprétation de tout ou partie du présent Accord, y compris les modalités de l’organisation et du déroulement des opérations électorales, les parties signataires conviennent de s’en remettre à l’arbitrage du facilitateur ».

Cet facilitateur était, à l’époque, M. Blaise Compaoré, Président du Burkina Faso qui n’est plus aux affaires »

De même, cet accord signé pour le CAR par Me Gahoun HEGBOR, la CDPA par Léopold GNININVI, le RPT par Fambaré Ouattara NATCHABA, le PDR par K. Lardja Henri KOLANI, la CPP par M. Jean-Lucien SAVI de TOVE, l’UFC par M. Eric ARMERDING, est aujourd’hui en souffrance parce que les signataires sont inscrits aux abonnés absents.

Nous sommes sur un terrain politique. Il faut que les Togolais fassent preuve de pragmatisme. L’Accord Politique Global ne peut plus s’imposer, pour plusieurs raisons, notamment l’absence du Facilitateur censé en assurer la mise en œuvre.

En outre, fait frappant, celui-là même qui a signé pour le bureau du dialogue a été nommé par la suite Premier Ministre de transition donc chargé de facto de sa mise en œuvre. Il a échoué dans cette mission.

Il a été prévu dans l’accord la formation d’un Gouvernement d’Union nationale.

Que dit l’Accord à ce sujet ?

« IV – La formation d’un gouvernement d’Union nationale

4.1 – Toutes les parties prenantes au Dialogue acceptent le principe de la formation d’un gouvernement d’Union nationale.

Elles proposent au Président de la République de former un gouvernement d’Union nationale ouvert aux partis politiques et à la société civile, dans un esprit de réconciliation nationale et de confiance mutuelle pour la consolidation du processus d’apaisement.

4.2 – L’action du gouvernement d’Union nationale se mènera dans le cadre d’une feuille de route dont les points fondamentaux sont définis dans l’annexe II.

Annexe II

De la feuille de route du gouvernement d’Union nationale

Outre ses attributions constitutionnelles classiques, le gouvernement aura pour tâches prioritaires :

de mettre en œuvre les décisions prises par le Dialogue »

Comme on le voit, Me AGBOYIBO a joué plusieurs rôles dans ce dialogue. Aujourd’hui, il est très mal placé pour critiquer toute initiative émanant du Gouvernement pour concrétiser les réformes.

Si échec il y a, il en assume la plus grande responsabilité.

D’ailleurs, il ne devrait pas accepter la nomination au poste de Premier Ministre dès lors que l’UFC avait fait défection et avait refusé d’entrer au Gouvernement. Car la défection de l’UFC à l’époque était pour le Premier Ministre de transition un handicap majeur. C’est pourquoi la mission du Premier Ministre du Gouvernement d’Union Nationale a été accomplie de façon parcellaire et bancale. Tout compte fait, Me AGBOYIBO a essuyé son plus grand échec politique lorsqu’il occupait le fauteuil de Premier Ministre.

Il se trouve, à l’époque, que Me AGBOYIBO redoutait la reconduite de M. Edem KODJO, sa bête noire, au poste de Premier Ministre. Il était donc prêt à tout sacrifier.

L’obsession de Me AGBOYIBO de déboulonner Edem KODJO, son souffre-douleur, et de le remplacer était devenu la priorité de ses priorités à cause des événements de 1994 qu’il n’a jamais digérés. Ce sentiment de vengeance a pris le pas sur tout le reste et le pays a été négligé et passé par le compte perte et profit.

Pour Me AGBOYIBO, il voulait, coûte que coûte organiser les élections législatives, pour obtenir un paquet de Députés et se faire reconduire pour poursuivre la mise en œuvre de l’APG. C’était un calcul politicien. Mais l’électorat n’avait pas suivi et Me AGBOYIBO a mordu la poussière. En réalité, l’APG a été enterré depuis cette époque. Tous ceux qui reviennent là-dessus sont en déphasage avec le fond et la forme. Il appartient au Président Faure GNASSINGBE de faire les réformes pour débloquer la situation. Le Togo ne peut pas passer des décennies à négocier en marge d’un accord déjà signé et non exhaustivement appliqué. Somme toute, Me AGBOYIBO est très mal placé pour critiquer les initiatives prises aujourd’hui par le Gouvernement. Il était l’acteur principal de cette mise en œuvre. C’est pourquoi nous sommes fondés de dire qu’il est ondoyant et divers.

Lorsqu’il accédait à la Primature, il était tout simplement un politicien qui n’avait pas l’étoffe d’un homme d’Etat. Il avait préféré le flou parce qu’il aimait et aime troubler l’eau pour pêcher en eau trouble. Me AGBOYIBO doit savoir que le passé est une prédiction de l’avenir. S’accrocher aux futilités et à la haine lorsqu’on est au pouvoir conduit toujours à l’échec. L’Accord Politique Global n’est pas rédigé en chinois. Nous avons à notre disposition la quintessence. Nulle part, il n’est prévu qu’il faut se livrer à l’exercice auquel nous assistons. Tout le scénario que nous vivons aujourd’hui relève des turpitudes de Me AGBOYIBO. La politique est un choix qu’il faut savoir assumer.

Quant à nous, nous sommes optimistes, nous sommes sûrs que le futur va être meilleur. Il faut donc éviter la réitération des erreurs passées et aller de l’avant.

Rodrigue
Le Combat du peuple

Togosite.com