Togo, Justice/ Des preuves et non des indices : Yao Bloua Agbo, Balo Komi et Tchamon Abalease se font escroquer à hauteur de 54 millions FCFA ?

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Le lundi 12 avril 2021, s’est déroulée au palais de justice une audience ubuesque devant le président Soumdina Koami. Une affaire d’arnaque mettant en jeu un transitaire, Malika Ougnatela, et des autorités du pays ayant été aux affaires. Nous avons identifié ces personnages comme étant MM. Yao Bloua Agbo, ancien ministre, lequel soutient avoir été escroqué à hauteur de 2 millions environ, Professeur Balo Komi, ophtalmologue qui avance un montant de 9 millions, et Tchamon Abalea, médecin à l’hôpital de Bè qui parle de 40 millions FCFA.

« Lors de la formation du dernier gouvernement, cet individu qui s’est fait passer pour un ami personnel de Faure Gnassingbé prend contact avec ces trois personnalités pour leur faire comprendre que le chef de l’Etat a pensé à eux pour le nouveau gouvernement. Les trois personnalités sans aucune vérification, aucune enquête, prennent au sérieux la démarche de cet individu dont ils ne connaissent même pas le visage. Ils envoient leurs CV à ce dernier qui engage avec eux de longues discussions sur les postes auxquels ils sont pressentis.

« A l’ancien ambassadeur du Togo en Chine (Yao Bloua Agbo), l’escroc lui fait savoir que le chef de l’Etat a promis de faire de lui un ministre. L’ambassadeur fait comprendre à son interlocuteur au bout du fil -donc l’ami personnel de Faure Gnassingbé-, qu’avec son long parcours au sein du système, son expérience, sa loyauté, il se verrait bien au poste de Premier ministre. L’escroc a répondu qu’il rendra fidèlement compte au Chef de l’Etat.

« Au médecin, ancien Directeur du CHU Campus Tchamon Abalea), ancien député sortant, l’escroc lui fait comprendre que le chef de l’Etat ne l’a pas du tout oublié et qu’il sera nommé Directeur de Cabinet au ministère de la Santé. Au troisième, un autre médecin de renom (Dr Balo Komi), l’escroc lui fait comprendre qu’il sera nommé ministre, mais au vu de son CV impressionnant, le poste à lui réservé relève de la discrétion du Président de la République.

« Le marché est alors conclu maintenant et l’escroc fait comprendre à ses trois victimes qu’ils seront reçus à un grand dîner à la présidence et c’est lors de cette rencontre en présence d’autres préposés que leur décret sera signé. Et que selon les pratiques, les futurs ministres doivent participer aux frais de cette collation.

« Ils doivent acheter des cartons d’un champagne rare qu’on utilise à la présidence. 600.000FCFA la bouteille. L’ambassadeur qui connait bien ce champagne demande à l’escroc s’il peut lui même acheter et apporter ses cartons le jour de la collation. L’escroc lui fait comprendre que le Président de la République sera très mécontent. Le marché est donc conclu, les trois personnalités envoient par Flooz au total 54 millions à ce collaborateur fantôme du Président de la République. L’un a même dit à la barre avoir vendu un terrain pour mettre les sous à disposition.

« Le jour indiqué pour la collation à la Présidence de la République, les trois futurs ministres et directeur de cabinet se mettent dans leurs meilleurs vestes et se pointent au portail de la présidence. Ils disent aux responsables de la sécurité présidentielle qu’ils sont invités par le maître des lieux pour un déjeuner. Après vérification, on leur fait comprendre qu’il n’y a aucun déjeuner à la présidence et le chef de l’Etat n’a pas de rendez-vous avec eux. Ils ont été priés de déguerpir. Ils se rendent compte de la grande supercherie. Entre temps, des individus qui se faisaient passer pour des collaborateurs du président de la République, mais qui étaient en fait des arnaqueurs ont été appréhendés par une unité spéciale de la police. Ayant appris cette nouvelle, les trois victimes de rendent au siège de cette unité pour non seulement se plaindre, mais essayer d’identifier l’individu qui leur a joué le sale tour. Un test de voix a été fait à ces six individus et les plaignants ont cru identifier l’un d’eux qui serait la personne qui leur parlait au téléphone ». Ce résumé du confrère du journal L’Alternative relate très bien le déroulé des échanges ce 12 avril 2021.

Trop de zones d’ombre

Malika Ougnatela, transitaire arrêté depuis le 3 juillet 2020 est-il vraiment coupable des faits à lui reprochés ?Le 3ème substitut du procureur, Assiou Koffi avait avancé comme argument pour tenter de confondre le prévenu, que la Police dit avoir fouillé son téléphone et avoir découvert que le prévenu aurait fait un message vocal à quelqu’un lui disant d’appeler une personne pour faire croire à ce dernier que l’appel vient de la présidence et de l’arnaquer. Mais le procureur pourra-t-il brandir le fameux téléphone comme appartenant au prévenu afin de confondre ce dernier, ou bien se contentera-t-il de jouer sur des indices plutôt que des preuves ?

Le prévenu a rappelé aux plaignants que bien qu’il n’ait pas fait les études contrairement à eux, il ne lui arriverait jamais à l’idée de verser 9 millions ou 40 millions FCFA à quelqu’un qu’il n’a jamais vu ni rencontré.

Si, comme le soutiennent les accusateurs, les sommes mentionnées ont été effectivement envoyées via Flooz, il devrait y avoir des traces de ces transferts, puisqu’avec le système d’identification instauré depuis quelques années par les autorités, plus personne ne peut recevoir de telles sommes par transferts sans laisser de trace. A défaut, l’opérateur de téléphonie mobile est toujours là pour que, sur réquisition du juge d’instruction ou du procureur, on procède à la vérification et l’identification du destinataire de ces transferts dans la base de données. A condition que le procureur veuille faire son travail de façon professionnelle.

Justement, l’avocat des plaignants a demandé au procureur Assiou Koffi que le dossier soit retourné en instruction afin que les numéros sur lesquels les transferts ont été effectués soient identifiés. Mais pourquoi le procureur a alors soutenu que le dossier aille au jugement plutôt que de poursuivre les enquêtes pour retrouver les bénéficiaires desdits montants ? La bizarrerie dans cette affaire réside dans ce que le prévenu a déjà dit. De hauts fonctionnaires qui se permettent d’envoyer autant d’argent à un inconnu via Flooz, sans reçu aucun, et qui veulent prétendre à des postes ministériels !

Le délibéré est prévu pour le 17 mai prochain certes, mais il y a trop de zones d’ombre dans cette affaire et il revient au président Soumdina Koami de faire valoir le droit. Dans quelles conditions le prévenu Malika Ougnatela a t-il été arrêté ? La procédure depuis le début de son arrestation a-t-elle respecté les normes d’enquêtes ? Que dit le procès-verbal de la police ? Autant de questions qu’il urge d’explorer afin de déterminer les contours de cette affaire. Et puis, reconnaissons-le, il est trop facile que n’importe quel quidam se pointe pour dire qu’on l’a escroqué à hauteur d’une forte somme sans que les juges en charge du dossier ne cherche pas au moins à vérifier s’il y a eu effectivement transfert ou pas et à qui ces transferts étaient destinés. Ce n’est pas parce qu’on est une autorité dans le pays qu’on doit tout faire faire à la justice.

Godson K.

Source : Liberté No.3367 du 14 avril 2021

Source : 27Avril.com

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