Togo, Empêchement du retour de François Boko : La duplicité XXL de Faure Gnassingbé

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Togo, Empêchement du retour de François Boko : La duplicité XXL de Faure Gnassingbé

François Boko devrait retrouver les siens depuis le jeudi 28 mars dernier. Mais il n’a pas pu embarquer dans l’avion Air France à cause de la volte-face du pouvoir de Lomé qui lui avait pourtant donné toutes les garanties. Derrière cet empêchement qui affecte énormément les chances d’avènement de l’alternance à la tête du Togo en 2020, s’illustre le double langage de Faure Gnassingbé.

Les espoirs et les mésaventures de François Boko

« Je suis animé par un sentiment de joie, la joie de retrouver la Terre de nos Aïeux, mon pays natal, la joie de retrouver les miens ». Cette joie, François Boko ne va pas la connaitre dans les faits, comme il en rêvait jusqu’à la veille de son retour au pays. Ce n’est pas de sa volonté. S’il n’en tenait qu’à lui, il serait dans les bras des siens depuis jeudi, aurait pris des pots de tchouk– ça doit lui manquer – et bien d’autres mets locaux. Mais la duplicité légendaire de Faure Gnassingbé est simplement passée par là.

« J’ai été empêché ce matin d’embarquer sur le vol Air France à destination de Lomé. Il m’a été signifié ainsi qu’à mes accompagnateurs que c’est sur ordre des autorités du Togo », a-t-il posté ce jeudi 28 mars dans la soirée sur son compte twitter, déplorant sa mésaventure. « Tôt ce matin, à Roissy, j’ai accueilli mon avocat américain, qui arrivait vers 7h00. Puis nous nous sommes dirigés, en compagnie des quatre autres membres de ma délégation, vers le comptoir d’enregistrement. Une agente d’Air France m’a rattrapé dans la file d’attente et m’a prié de lui montrer mes documents de voyage. « C’est lui, c’est bien lui », a-t-elle glissé à son collègue au vu de mon passeport. Cette dame m’a alors signifié que le pouvoir togolais s’opposait à mon embarquement, précisant que dans le cas où je serais à bord, elles refuseraient l’autorisation d’atterrir. J’ai eu beau argumenter, rien n’y a fait », a-t-il confié plus tard au confrère français lexpress.fr.

Les manœuvres d’empêchement de son retour avaient été enclenchées depuis le début de la semaine par le pouvoir de Lomé, qui a envoyé un émissaire, l’inénarrable Gilbert Bawara, auprès des autorités françaises pour leur signifier le refus d’accueillir François Boko. « Gilbert Bawara avait clairement indiqué au conseiller de Macron que je n’étais pas le bienvenu au pays », a déclaré François Boko. La menace était toute trouvée et assez originale : l’avion n’atterrirait pas à Lomé. Un message codé qui cache beaucoup d’hypothèses : l’autorisation d’atterrissage sera-t-elle refusée à l’avion et l’appareil sera-t-il simplement dérouté vers un autre aéroport ? Allait-on bombarder l’avion en cas de persistance?…Et pourtant Boko avait reçu toutes les assurances de la part de Faure Gnassingbé et du pouvoir de Lomé !

La parole et la duplicité de Faure Gnassingbé

« Bien sûr que oui. La décision que j’ai prise de rentrer dans mon pays après 14 ans d’exil est le fruit d’une longue réflexion qui s’est fondée sur des discussions qui ont eu lieu par émissaires interposés entre le président de la République togolaise et moi-même. Et le chef de l’Etat du Togo, suite à ces discussions, a donné son accord de principe pour un retour en toute sécurité. Cet accord de principe a été réitéré auprès des autorités françaises par son émissaire, puisque vous savez que, depuis 14 ans, les autorités françaises m’ont accordé leur protection. Donc dès lors que cet accord de principe a été confirmé auprès des autorités françaises, il n’y avait pas de raison que je doute de la sincérité de la parole présidentielle, en dépit de quelques hésitations, notamment celles liées à la délivrance de mon passeport togolais et celles liées aux modalités de sécurité ». C’étaient les mots de François Boko dans l’entretien accordé à RFI qui devrait être diffusé le lundi 25 mars, mais fut saboté par une taupe du pouvoir au sein de la Rédaction de la Radio mondiale, à la question du confrère Christophe Boisbouvier : « Après 14 ans d’exil, vous vous préparez à rentrer à Lomé. Est-ce que les autorités togolaises sont prévenues ? ».

En clair, Faure Gnassingbé et son régime avaient donné leur accord à ce retour, et même promis d’assurer la sécurité nécessaire au revenant (sic), à sa suite, à ses proches et à ses activités. Les mêmes informations ont été réitérées par l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Sécurité sur les ondes de TV5 Monde la veille de son retour programmé. A l’en croire, des émissaires lui ont été envoyés à trois reprises par Faure Gnassingbé, de même qu’aux autorités françaises pour lui proposer « un retour sécurisé » et réitérer ces assuranceset lui-même en retour en a envoyé à Lomé par respect et pour exprimer sa gratitude pour ce geste. Par ailleurs, dans le cadre des négociations préalables loin des yeux et des oreilles indiscrets, il a été demandé à François Boko de ne pas revenir au pays avant le 20 décembre 2018, le régime ne voulant pas que son retour perturbe l’organisation des législatives qui lui tenaient tant à cœur. Et l’avocat au Barreau de Paris a rempli sa part de contrat, en respectant cette requête. A en croire les sources, il avait ainsi arrêté les démarches pour son retour pour ne les reprendre qu’en janvier, après ce scrutin. Mais cela n’a pas empêché le « Prince » et le régime de cracher sur leur parole donnée et faire volte-face.

Refus des pièces, de recevoir Boko…

Le double langage du pouvoir ne s’est pas manifesté que dans l’empêchement du retour de François Boko au Togo ce jeudi. Cette mauvaise foi est notoire aussi dans la délivrance de ses pièces d’identité togolaises. C’étaient un peu les signes avant-coureurs de cette volte-face et François Boko devrait peut-être s’y attendre. En effet, l’homme a rencontré un mur dans le processus de renouvellement de son passeport togolais en France. L’ambassade du Togo et ses responsables ont refusé de lui délivrer ce document, le renvoyant à engager des démarches au pays. C’est ainsi qu’il a été contraint d’envoyer constamment des avocats au Togo pour lui faire les démarches nécessaires. Il a fallu plusieurs tentatives pour que le duplicata de l’acte de naissance ne lui soit délivré. Mais c’est au niveau du certificat de nationalité et du passeport que des entraves lui sont encore posées, l’obligeant à effectuer ce retour au Togo avec son passeport français…

Dans le cadre des démarches, ses avocats et autres émissaires ont demandé des audiences au ministre de la Sécurité et de la Protection civile. Mais il nous revient que le Général YarkDamehame s’est employé à les tourner en bourriques. Certaines sources rapportent qu’il les a souvent fait poireauter à plusieurs reprises. L’argument-massue à eux avancé par les responsables de services ou autorités rencontrés, c’est l’absence d’instruction d’en haut pour s’exécuter. En clair, Faure Gnassingbé à qui il revient de donner les consignes, ne s’exécute pas. Une délégation serait récemment envoyée pour sceller les derniers détails de ce retour, dans la suite logique des discussions, équipe conduite, nous revient-on, par un Général français. Mais elle s’est fait narguer et n’a été reçue qu’à quelques heures de son départ pour la France.

Au demeurant, si l’on sait que la responsabilité du non retour avorté de François Boko incombe, non à la compagnie Air France qui, comme tentent de le présenter les médias bleus, lui aurait « refusé d’embarquer à bord de son avion », l’on ne connaitra pas par contre les motivations officielles et exactes de la volte-face du pouvoir. Le Directeur de la communication de la Présidence, au soir de ce jeudi-là, est venu raconter que ce n’est qu’une «simple affaire de respect des règles d’immigration ». «Les services de l’immigration alertés par les informations par médias interposés et réseaux sociaux se sont penchés sur la question et ont agi selon les règles en vigueur », a dardé Toba Tanama, sans jamais dire la raison officielle. Les papiers de François Boko n’étaient-ils pas en règle ? Et même si c’était le cas, fallait-il l’empêcher d’embarquer depuis Paris, sur fond de menaces ?…Et dire que certains voyaient même en ce retour annoncé le fruit d’une compromission avec Faure Gnassingbé, et Françoispeint comme l’objet d’un arrangement à la Kabila, allusion à ce deal secret entre l’ancien Président congolais et Félix Tsisekedi devant faire de ce dernier Président en lieu et place de Martin Fayulu présenté comme le candidat de la France et proprement déshérité de sa victoire !

Tino Kossi

Source : Liberté No.2891 du 1er Avril 2019

27Avril.com

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