Togo, Covid-19 : Témoignage de guérison du ministre Atcha-Dédji, la transparence de façade d’un régime accro à la gestion opaque

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Mercredi dernier, le ministre des Enseignements Primaire et Secondaire, Affoh Atcha-Dédji révèle avoir guéri de la Covid-19. Cette tentative puérile de transparence contraste avec les la franchise des dirigeants d’autres pays qui annonce leur contamination et leur guérison. Ce spectacle ridicule offert par le RPT/UNIR dénote en réalité de sa fausse transparence.

La semaine écoulée a été marquée par la révélation sur l’Etat de santé du ministre des Enseignements Primaire et Secondaire, Affoh Atcha-Dédji. Des journaux ont abondamment repris le témoignage de ce ministre qui dit avoir été atteint par la Covid-19. «J’ai été infecté par le coronavirus. J’ai eu des symptômes. Le virus est là et c’est une réalité», a déclaré le ministre lors de la conférence de presse hebdomadaire de la Coordination nationale en charge de la riposte contre la Covid-19.

Un geste courageux quand on sait que des informations faisant état de la contamination d’autres membres du gouvernement ont été simplement démenties par peur, peut-être, de la stigmatisation. Certains compatriotes ont interprété le récent séjour à Lomé d’une équipe de médecins Cubains comme une mission à l’endroit de certains cadres du régime en place. Qu’à cela ne tienne, Affoh Atcha-Dédji a été guéri de la Covid-19 et il le témoigne. C’est donc la première personnalité à dire publiquement avoir souffert de la maladie.

Si on reconnaît au ministre ou à ceux qui lui ont demandé de faire cette révélation une manière de sensibiliser la population, on estime également que cette méthode ne porterait pas les fruits escomptés. La raison est que l’annonce de la guérison rime finalement à une volonté de l’autorité d’offrir du spectacle à ses compatriotes. On peut se demander pourquoi le ministre n’a pas annoncé sa maladie et c’est lorsqu’il est sorti de l’hôpital qui joue à la star. En réalité, savoir qu’une personne est atteinte de la Covid-19 et apprendre après qu’elle a recouvré la santé impacte mieux la population que quand la maladie d’une personne a été dissimulée et on fait des révélations sur sa guérison. Les Togolais qui doutent jusqu’à présent de la présence de la maladie dans le pays sont malheureusement servis.

Ce qui se passe au Togo avec le cas Affoh Atcha-Dédji, n’est qu’un spectacle ridicule dont le guignol se trouve être un ministre, qui plus est en charge de l’Education. Ce que le ministre aurait du faire, c’est de communiquer sur son état de santé et amener ceux avec qui il a eu des contacts à se faire dépister. Ceci permettra de rompre, éventuellement, la chaîne de transmission de la maladie. Mais faisant preuve d’irresponsabilité, Atcha-Dédji disparaît des radars et nul ne sait combien de personnes ont été contaminées par son geste. D’aucuns trouvent même dans ce manque de communication un acte criminel.

Aussi curieux que cela puisse paraître, cette façon de faire les choses ne se vit qu’au Togo. Sous d’autres cieux, les personnalités ont annoncé être atteintes de la Covid-19. C’est le cas, entre autres, de l’Italie, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et du Brésil. Dans ce dernier pays, le populiste Jair Bolsonaro qui haranguait les foules et se déclarait publiquement contre les mesures restrictives visant à freiner la propagation de la maladie dans son pays, a révélé être atteint de la Covid-19. Son fils atteint lui aussi l’a révélé. Le 18 septembre dernier, le ministre Français de l’Economie, Bruno Le Maire, a annoncé via son compte tweeter avoir été testé positif. « J’ai été testé positif à la COVID-19 ce soir. Je me suis immédiatement mis à l’isolement à mon domicile conformément aux règles sanitaires édictées par le gouvernement. Je ne présente aucun symptôme. Je resterai à l’isolement pendant 7 jours. Je continue à exercer mes fonctions », écrit-il. C’est ce qu’on appelle communication dans un pays où les autorités font l’effort d’être responsables.

Cette tentative de faire croire à une transparence de l’exécutif a simplement échoué. La fausse transparence affichée par le RPT/UNIR révèle plutôt son incapacité à sortir de la gestion opaque du pays. Si Faure Gnassingbé et ses collaborateurs désirent faire preuve de transparence, nous leur suggérons humblement de commencer par le respect de la Constitution qu’ils taillent eux-mêmes à leur convenance. Ils peuvent commencer par la déclaration des biens en se référant à la loi organique N° 2020-003 du 24/01/2020 fixant les conditions de déclaration de biens et avoirs des hautes personnalités, des hauts fonctionnaires et autres agents publics.

Au chapitre 4 relatif aux délais et de la procédure de déclaration des biens et avoirs, l’article 11 stipule : « Le déclarant établit une déclaration initiale de patrimoine dans les quatre-vingt-dix (90) jours de sa prise de fonction. Une nouvelle déclaration initiale est établie, dans les mêmes conditions, à chaque nouveau mandat ou fonction intervenant en cours d’année. La déclaration finale doit intervenir dans les quatre-vingt-dix (90) jours suivant la cessation du mandat ou des fonctions ». Pour avoir prêté serment le 03 mai 2020, Faure Gnassingbé aurait dû faire preuve de transparence et déclarer ses avoirs le 03 août 2020. Grand maître de la gestion opaque, il a refusé de se conformer à la Constitution. C’est pourtant sur ce terrain que les Togolais l’attendent.

G.A.

Source : Liberté N°3236 du Lundi 21 Septembre 2020

Source : 27Avril.com

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