Succession à Lomé II: le choix de Faure contesté par les lobbies kabyè d’UNIR

Une rencontre a été envisagée avant d’être vite annulée début
septembre. Le président togolais au pouvoir depuis 15 ans est le seul
chef d’Etat ouest-africain et ne pas être reçu par Macron. Bien que le
président français et son homologue se soient retrouvés sur un même
forum consacré à l’environnement, l’Elysée ne veut pas en faire un hôte.
Si Dussey a réussi à embobiner l’Allemagne, la Belgique et dans la moindre mesure les États-Unis,
Londres et Paris traînent les pas malgré les 4 visites de Franck Paris,
« Monsieur Afrique » de Macron à Lomé. Et à la veille de la
présidentielle, Paris tient Lomé à l’œil, de près.

Lire aussi:Candidature 2020: Faure Gnassingbé prêt à tout pour rencontrer Macron

Paris. Après un long séjour à Yokohama au Japon (près d’une semaine
contre 3 jours en moyenne pour ses homologues), le président togolais
est arrivé à Lomé un mardi soir. Pour une courte durée. Vendredi après
midi, il est de nouveaux reparti pour arriver samedi matin à Paris.
Accueilli discrètement au Bourget par quelques protocoles du Quai
d’Orsay, longtemps hostile aux autorités togolaises, Faure Gnassingbé a
eu quelques rencontres. Puis, l’audience envisagée avec Macron ne devant
pas avoir lieu, le président togolais s’envole pour la Chine (Shanghai)
et Sri-Lanka. Une habitude pour ce chef d’État qui passe plus de temps
en l’air que nulle part. Reçu en amont en juillet dernier par son
homologue français, le ministre togolais des affaires étrangères voulait
d’une visite officielle. Avant d’annoncer la candidature prochaine de
Faure Gnassingbé sur les ondes de Radio France Internationale (RFI).
Depuis, la réticence a repris la loi à l’Elysée. Sous la pression des
fonctionnaires du Quai d’Orsay. « Les diplomates français du Quai
d’Orsay ne m’ont jamais été favorables, avec l’Elysée, je n’ai aucun
problème » avait confié Faure Gnassingbé à l’auteur de ces ligne, lors
d’un bref échange. Plusieurs années après, la situation ne semble pas
avoir évolué.

Lire aussi:Crise au Togo : le double jeu d’Emmanuel Macron avec le gouvernement de Lomé

4e mandat sur table

C’est la principale préoccupation de la France. Fin septembre 2017,
en pleine géantes manifestations au Togo, Franck Paris était venu, par
vol commercial à Lomé négocier une porte de sortie qui « réponde aux
attentes du peuple togolais« . Il a reçu une fin de non recevoir de la
part du président togolais qui a rechigné contre « une maladroite
ingérence». Depuis, les temps ont changé. Le responsable Afrique de
l’Elysée est arrivé pas moins de 4 fois à Lomé et entretient avec Faure
Gnassingbé des relations « amicales » et à la limite, suspectes. Sur la
question du 4e mandat, Faure Gnassingbé a été clair, « je respecterai la
constitution » laisse-t-il entendre subtilement à Franck paris, sachant
bien qu’un récent passage en force constitutionnel lui permet de
briguer encore deux mandats. Une possibilité devenue une sacrée rengaine
pour Gilbert Bawara, son porte-parole qui n’a pas effectué le déplacement de Paris. Trop chargé à d’autres « missions à Lomé» .

A titre personnel, point de doute, aussi bien pour la Guinée que pour
le Togo, Macron veut une alternance. A 40 ans, le président français
est né sous le régime des Gnassingbé. Sauf que le président togolais
tient son pouvoir et entend le renforcer en vue de la présidentielle de
2020. Avant de quitter Lomé, le président togolais s’est assuré de pas
moins de 85 communes pour l’Union pour la République (Unir). La majorité
présidentielle devrait, par tous les moyens, l’argent en premier, raflé
partout où il sera possible dans le sud du pays alors que le nord lui
est largement acquis. Et c’est ce qui arriva. Une prochaine visite de
Franck Paris est prévu novembre-décembre à Lomé alors que lors de la
rencontre annuelle avec les ambassadeurs de France dans le monde, Macron
a insisté sur l’urgence de voir la situation avancer au Togo,
promettant utiliser la même stratégie qu’en République démocratique du
Congo (RDC)
.

Lire aussi:Togo: Macron favorable à un départ de Faure Gnassingbé en 2020 [Jeune Afrique]

Le « dauphinat » est aussi d’actualité

Le président togolais est allé à Paris puis en Asie avec Kodjo Adédzé.
Le ministre du commerce et vice-président du parti présidentiel a
toujours été ressenti comme un potentiel dauphin de Faure Gnassingbé. Si
le président togolais qui entend, quoiqu’il arrive, briguer un 4e
mandat ne songe pas à se trouver un remplaçant, il n’en écarte pas
totalement l’idée. Un mois plus tôt, le même Macron recevait Alassane Ouattara. Le président ivoirien était allé présenter, subtilement, Amadou Gon Coulibaly
dont presse et réseaux de lobbying disent qu’il est le prochain
candidat de la majorité présidentielle. S’il faut attendre la convention
du rassemblement des houphouêtiste pour le développement et la paix
(Rhdp) début mai 2020 pour que le candidat soit officiellement désigné,
des signes annonciateurs se multiplient en faveur de l’actuel Premier
ministre ivoirien. Dans la même lignée, le président togolais qui
s’obstine à enchaîner des mandats veut ainsi faire bonne mine. Est-il
allé avec celui qui pourrait être son dauphin, comme pour dire, « je ne
suis pas aussi attaché au pouvoir que ça», un trompe-œil qui n’a pas
fait mouche puis que la rencontre avec Emmanuel Macron n’a pas eu lieu
et ne devrait pas intervenir avant la présidentielle. « Est-ce que je l’ai reçu ? Non, je ne l’ai pas reçu »
avait insisté le président français pris à partie par un Togolais de la
diaspora, parlant de Faure Gnassingbé, lors d’un voyage au canada.
Contesté par les lobbies kabyè, ethnie du chef de l’État et une large
partie de l’armée, Kodjo Adédjé souffre aussi d’une calamiteuse gestion de l’
dont il a crucifié toutes les ambitions par ses compétences limitées
mais aussi son obsession pour les pasteurs impudiques et son naturel
penchant pour le népotisme et les petites malversations. Lesquelles
malversations sont malicieusement classées, en musée de dérives, dans
une nébuleuse rubrique de « Urgences d’Etat » qu’il traîne comme pour
dire « quand je vole, j’utilise pour nous« .

Lire aussi:Présidentielle 2020: Faure Gnassingbé sur les traces de son père

Un mauvais signal pour l’Afrique

Il y a en Afrique une légère régression de la démocratie ces
dernières années. Une visite de Faure Gnassingbé à l’Elysée serait un
mauvais signal pour l’Afrique dont la jeunesse avait mis tout espoir
dans la politique africaine de la France. En se démarquant, lors de ses
divers séjours en Afrique, de la politique à l’ancienne et surtout, en
tenant un langage « jeune » Macron a marqué la jeunesse africaine de
Ouagadougou à Accra en passant par Rabat. Mais depuis, l’assouplissement
de ses prises de positions indispose les sociétés civiles africaines
qui y voient un retour à l’ancienne. L’Elysée n’a, à aucun moment,
exprimé sa désapprobation de la politique récente de Patrice Talon au Bénin.
Le chef de l’État béninois a, non seulement éclaté et dispersé toute
son opposition, mais il a aussi aboli la démocratie et mis en débâcle
les institutions (Cour constitutionnelle, cour suprême, Haute autorité
de l’audiovisuel et de la communication etc.…) sans le moindre rappel
public à l’ordre de l’Elysée qui s’est contenté d’ajourner une visite
d’Etat de Talon en préparation. Idem au Sénégal où Macky Sall
s’est choisi les candidats de ses humeurs pour la présidentielle de
février dernier. Sans que Macron n’élève le petit doigt. Le retour en
force de Denis Sassou Nguesso, Idriss Déby ou encore Paul Biya
qui ont été tous, à tour de rôle reçu à l’Elysée a de quoi inquiéter
d’autant que le responsable Afrique de l’Elysée multiplie des séjours de
courtoisie dans les palais africain, entre Lomé, Libreville, Abidjan,
Dakar ou encore N’djamena au point, selon des récriminations de certains
de ses collaborateurs, « de se faire l’ami des dictateurs« .

Lire aussi:Présidentielle 2020: la nouvelle doléance de Mgr Kpodzro à Faure Gnassingbé

Malgré la «force» de la «démocratie» togolaise ces dernières années,
le grand réseautage de Robert Dussey, le remarquable arsenal de lobbying
de Reckya Madougou, ancienne ministre béninoise devenue conseillère
spéciale avec rang de ministre au Togo, l’institut Tony Blair et tous
les sorciers blancs, Macron ne lâche pas l’affaire. A 40, il quittera le
pouvoir avant ses 50 ans tout au plus, comment pourra-t-il comprendre
qu’il faille soutenir Faure Gnassingbé au-delà des 55 ans qu’il cumule
avec son feu père ?

MAX-SAVI Carmel, Envoyé spécial à Lomé

Source : Afrika Stratégies France

Source : Togoweb.net

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