Secrets de Palais: comment la CEDEAO favorise les putschs en silence

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Moins d’une année après sa réélection contestée, Alpha Condé sort par la plus petite porte. Dans la matinée du dimanche 05 septembre 2021, les éléments du Groupement des Forces Spéciales de l’armée guinéenne le déposent et dissolvent toutes les institutions de la République. Une transition est annoncée.

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Ainsi prend fin un règne qui devenait trop long et de plus en plus harassant pour le peuple guinéen. La CEDEAO a promptement condamné ce coup d’Etat militaire, mais a feint d’ignorer le coup d’Etat constitutionnel qui en est l’élément déclencheur.

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Les réactions suite à l’annonce de cette éviction ont été diverses, selon que l’on soit du peuple ou du syndicat des chefs d’Etat. Et pour cause, beaucoup ont salué le geste des éléments des forces spéciales conduits par le Colonel Mamady Doumbouya, pour la plus simple raison que Professeur Alpha Condé n’avait pas le droit de briguer un 3ème mandat. Dans un communiqué conjoint, le président en exercice de l’Union africaine, Félix Tshisekedi, et le président de la commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, disent condamner toute prise de pouvoir par la force et demandent la libération immédiate du président déchu. « Ils invitent, lit-on dans le communiqué, le Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine à se réunir d’urgence pour examiner la nouvelle situation en Guinée et pour prendre les mesures appropriées aux circonstances ».

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Comme l’UA, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) est, elle aussi, restée dans la logique de la condamnation. « La CEDEAO note avec une grande préoccupation les récents développements politiques survenus à Conakry, République de Guinée. Elle condamne avec la plus grande fermeté cette tentative de coup d’Etat du dimanche 5 septembre 2021 », peut-on lire dans le communiqué aux termes duquel l’organisation communautaire exige « le respect de l’intégrité physique du Président de la République, le Professeur Alpha Condé et sa libération immédiate et inconditionnelle ainsi que celle de toutes les personnalités arrêtées ». Elle fait également planer la menace de sanctions qui vont certainement être connues incessamment.

Deux poids, deux mesures

Ce n’est pas la première fois que la CEDEAO condamne un coup d’Etat militaire. Elle l’a déjà fait en octobre 2014 lors du renversement du dictateur burkinabé, Blaise Compaoré. Avant la Guinée, c’est le régime d’Ibrahim Boubacar Keita qui a été renversé au Mali par l’armée. Là aussi, la CEDEAO a condamné le coup d’Etat orchestré par Assimi Goïta et ses hommes. Dans toutes ces crises, non seulement la CEDEAO a condamné le renversement des chefs d’Etat, mais aussi les mouvements dans les capitales concernées ont donné l’impression qu’elle recherche les moyens pour remettre en selle les présidents déchus.

Le plus illustratif de ce jeu trouble est celui de 2005, à la suite de la mort du Général Eyadéma. Dans un brouhaha indescriptible, la CEDEAO a condamné la succession patrilinéaire ouverte par le coup d’Etat militaire et constitutionnel en faveur de Faure Gnassingbé. Mais très vite, l’organisation communautaire s’est rendue complice de la suite des événements en cautionnant l’élection frauduleuse du fils d’Eyadéma, dans un bain de sang.

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Si la CEDEAO est prompte à condamner les coups d’Etat militaires, elle ferme toujours les yeux sur les coups d’Etat constitutionnels perpétrés par les présidents de la République. Dans l’espace CEDEAO, nombreux sont ceux des présidents qui ont modifié la constitution de leur pays pour pouvoir briguer indéfiniment les mandats présidentiels et s’offrir un pouvoir à vie. Gnassingbé Eyadéma l’a fait et a légué une constitution taillée sur mesure à son fils Faure Gnassingbé.

Ce dernier est à son 4ème mandat, en violation de la Constitution adoptée de manière consensuelle par les Togolais en octobre 1992. Alassane Ouattara et Alpha Condé ont eux aussi modifié la constitution pour jouir d’un 3ème mandat. Dans toutes ces manœuvres anticonstitutionnelles, la CEDEAO s’est cachée derrière le principe de la souveraineté des pays pour ne pas s’y opposer.

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En tant qu’organisation communautaire, la CEDEAO devrait pouvoir condamner aussi bien les prises de pouvoir par la force que les coups d’Etats constitutionnels qui ont le vent en poupe. Si cela ne se réalise pas encore, c’est parce que cette organisation ne représente pas une association des Etats, mais un syndicat des chefs d’Etat.

Chacun ayant envie de demeurer indéfiniment au pouvoir, les condamnations ne peuvent concerner que les coups d’Etats militaires, qu’ils répondent aux aspirations des peuples ou non. Voilà le parti pris de la CEDEAO.

Liberté

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Source : Togoweb.net

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