Présidentielle 2020 : Les obstacles sur le chemin de l’alternance

Alternance au pouvoir après une
cinquantaine d’années de régence du clan RPT/UNIR. C’est  ce qu’espéraient nombre de Togolais de
l’élection présidentielle du 22 février prochain. Les dés semblent pipés à
l’avance et le sort du scrutin scellé, mais certains acteurs politiques et de
la société civile continuent de croire à l’alternance et tentent de contaminer
l’opinion. Mais sur le chemin, de trop nombreux écueils…

Après les moments de flottement où
certains ont tenté de dissuader les populations de se rendre aux urnes,
aujourd’hui tous les regards sont tournés vers l’élection du 22 février. Il
n’est plus question de boycotter le scrutin, sous prétexte sans doute légitime
de dés pipés à l’avance. Au niveau des candidats de l’opposition, on est dans
les derniers préparatifs et peaufine les dernières stratégies. Au sein de
l’opinion, la participation au scrutin semble plus que jamais acquise.
Encore  deux semaines et ce sera
l’ouverture de la campagne électorale. Dans le contexte de pessimisme ambiant
sur l’issue du scrutin, certains acteurs croient encore dur comme fer à
l’avènement de l’alternance et essaient de contaminer l’opinion. Mais il faut
avouer que le chemin est semé de tellement d’embuches qu’il est difficile de
croire aisément…

Institutions
électorales acquises

La Commission électorale nationale
indépendante (CENI) est officiellement la structure qui organise et supervise
l’élection. Le bon sens aurait voulu que pour une élection pluraliste, elle
soit vraiment représentative de ce pluralisme et des candidats. Mais la CENI en
place est aux ordres du pouvoir et de son « champion ». Sur les dix-sept (17) membres qui la composent,
quatorze (14) lui sont acquis. Et sur les trois (03) restants prétendument
représenter l’opposition, dans les faits, c’est un seul qui le ferait vraiment.
Il y a donc un problème de représentativité de l’opposition à la CENI, et ce
sera pareil dans les Commission électorale locale indépendante (CELI), les
bureaux de vote et autres démembrements. Il est évident que l’opposition n’aura
pas assez de Francis Pédro, de délégués teigneux pour la défendre et/ou tenir
tête aux représentants du pouvoir au moment opportun. C’est le même schéma à la
Cour constitutionnelle. Faure Gnassingbé et le pouvoir RPT/UNIR ont pris soin
d’y nommer des hommes-liges dont Aboudou Assouma et sa suite qui ont
suffisamment montré leur allégeance au « Prince » et ne feront que pencher la balance de son côté. Pour
caricaturer la chose, on dira que les candidats de l’opposition sont dans la
situation des accusés jugés sans avocats, même commis d’office, leur cause
semble entendue d’office…

Transparence du
processus pas assurée

 C’est le tendon d’Achille du pouvoir qui a
toujours organisé les élections dans l’obscurantisme total. La présidentielle
du 22 février prochain n’échappe pas à la règle. Avec la quasi-absence des
délégués de l’opposition, le processus est conduit à sa guise par Tchambakou
Ayassor, le pion du régime en place. Personne n’est là pour le contester et il
fait les choses selon ses humeurs…La fiabilité du fichier électoral occupe une
place de choix dans l’assurance de la transparence d’un processus. Si
l’opposition a toujours, sollicité l’audit des fichiers, celui qui a été
effectué par la CEDEAO et l’OIF du fichier devant servir pour le scrutin du 22
février prochain et dont les résultats ont été rendus publics il y a quelques
jours, l’a été presqu’en catimini. C’est par surprise que l’opinion a appris
qu’un audit requis par le gouvernement a été effectué du 13 décembre 2019 au 14
janvier 2020.  « Le ficher est apuré et présente une tendance inclusive à travers
notamment un caractère non discriminatoire des dispositions légales encadrant
l’inscription sur les listes électorales ; l’inscription de 86,6% des citoyens
en âge de voter, c’est-à-dire ayant 18 ans et plus ; une progression dans la
réalisation des recommandations de 2018, soit 21 recommandations réalisées sur
29 ; les 8 recommandations restantes n’ayant pas d’impact direct sur le fichier
électoral »
, a dardé le Président de la CENI Tchambakou Ayassor, indiquant
que le fichier définitif s’établit à 3 614 056 électeurs. Dieu seul sait si cet
audit aura vraiment servi à apurer le fichier…

(Non) vote de
la diaspora

 Cela faisait partie des revendications des
manifestations d’août 2017 à février 2018, avec le retour à la Constitution de
1992. Même si c’est un droit bien concédé par la Constitution, le pouvoir a
toujours refusé d’en faire jouir les Togolais de l’extérieur. Mais il a fini
par lâcher prise, dans le cadre de la présidentielle du 22 février prochain. Au
niveau de l’opposition et du peuple acquis à la cause de l’alternance, on
croyait pouvoir compter sur la masse de ces Togolais vivant à l’étranger et
leurs récriminations contre le pouvoir cinquantenaire en place pour arracher
leurs votes. Malheureusement le régime en place a biaisé le processus
d’enrôlement initié au forceps. Ce sont seulement trois cent quarante-huit
(348) compatriotes qui ont été enregistrés et voteront, sur une masse estimée à
au moins deux millions de compatriotes vivant à l’extérieur, et donc autant de
voix potentielles, sinon le maximum pour l’opposition. Cela revient en fait au
non enrôlement de ces compatriotes.  Tout
a été savamment fait pour bien empêcher ces concitoyens de se faire enregistrer
en masse et participer nombreux à l’élection du 22 février prochain très
capitale à l’avènement de l’alternance au Togo. Ce sera comme si le vote de la
diaspora n’a jamais été concédé…

Observation électorale
nulle

 L’observation électorale constitue une
sorte de veille sur la transparence d’un scrutin. Ce rôle était bien assuré par
l’Union Européenne qui déployait des missions d’observation au Togo pour suivre
les processus en avant pendant et après les élections. Ces observations se
soldent souvent par des recommandations pertinentes qui se fondent sur les
anomalies et autres irrégularités constatées au cours du processus. Mais l’observation
étant vécues comme un marquage à la culotte, le pouvoir a décidé, depuis
plusieurs élections, de s’affranchir de l’UE qui finance souvent les scrutins,
et facto de son observation électorale. Avec le financement sur fonds propres,
il n’y a plus de mission d’observation de l’institution européenne, les seules
sont celles d’associations nationales bleues, de même que des organisations
africaines acquises à sa cause. Le scrutin du 22 février prochain ne devrait
pas déroger à la règle. Bien plus, dans son obscurantisme légendaire, le régime
refuse de donner l’accréditation aux organisations de la société civile
identifiées comme proches de l’opposition ou ne devant pas faire ses (le
régime, Ndlr) affaires. C’est ainsi que la Commission épiscopale Justice et
Paix (CEJP) de l’église catholique s’était vu opposer une fin de non recevoir à
sa requête d’accréditation pour observer les dernières élections locales, sous
prétexte de flou sur son financement…Le pouvoir, par le biais du ministre de
l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités
locales Payadowa Boukpessi, vient encore de lui refuser son accréditation pour
l’observation de la présidentielle du 22 février prochain. Avec les conditions
drastiques et partiales récemment fixées par la CENI pour ce faire on s’y
attendait. C’est donc le pouvoir cinquantenaire donc qui contrôlera tout…

Tino Kossi

source : Liberté

Source : TogoActu24.com

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