Pégasus, le jouet à 16 milliards entre les mains du prince de Lomé

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L’affaire a bruité au second semestre de l’année 2020. Notamment les journaux Le Monde et The Guardian ont révélé, à travers une enquête, l’espionnage de certains prélats et acteurs de la société civile au Togo.

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Quelques mois après, l’affaire de cyberespionage refait surface, avec l’élargissement de la couche cible à des journalistes. Une approche du Pouvoir de Lomé, à l’analyse, bien curieuse et à bien d’égards.

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Rebondissements

Dans les détails, l’enquête publiée, le dimanche 18 juillet 2021, par un consortium de 17 médias internationaux révèle que le logiciel Pegasus, créé et vendu par une société israélienne a permis à, au moins sept gouvernements africains, d’espionner des journalistes et des activistes.

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Ce consortium de médias internationaux cite nommément l’Algérie, la République démocratique du Congo, l’Égypte, le Maroc, l’Ouganda, le Rwanda et le Togo.

Cette carte publiée par l’ONG Forbidden Stories, basée à Paris, en partenariat avec Amnesty International, loin d’être une exclusivité africaine, indique par ailleurs que le logiciel espion israélien a été utilisé pour cibler, en tout, 50.000 numéros de téléphone à travers le monde. Lesquels appartiennent à des militants de courants dissonants, des journalistes et des leaders politiques.

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Cette liste qui remonte à 2016, informe Bbc, inclut les numéros d’au moins 180 journalistes dont ceux de la VOA. Outre les journalistes, l’espionnage par Pegasus, selon l’Agence France Presse, a aussi ciblé 600 hommes et femmes politiques, 85 militants des droits humains ou encore 65 chefs d’entreprise. Plus poignant, l’enquête indique que dans certains cas, les cibles ont été retrouvées mortes, d’autres contraintes à l’exil.

Cas Togo

Selon cette enquête, trois journalistes togolais sont espionnés par ce logiciel aquis à plus de 15 milliards FCFA par l’État togolais. Il s’agit, d’abord du journaliste d’investigation et Directeur de Publication du Journal «L’ALTERNATIVE», Ferdinand Ayité, ensuite de l’ancien Directeur du Groupe de Presse Sud Media, notamment de la défunte LCF, Luc Abaki dont on connaît la proximité avec l’ancien ministre d’État en charge de l’Administration territoriale et Directeur de Cabinet du Chef de l’État, Pascal Bodjona, tombé entre temps en disgrâce auprès du Prince, puis de Carlos Ketohou, Directeur de Publication du Journal «L’Indépendant Express» dont la justice a récemment ordonné le retrait de récépissé, dans la fameuse affaire de vol de cuillères dorées.

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Avant ces trois journalistes, on se rappelle que les travaux de Citizen Lab, ce laboratoire canadien de recherche, rattaché à l’Université de Toronto, qui étudie le cyber espionnage contre la société civile a révélé que le logiciel israélien Pegasus et sa maison-mère NSO ont aussi espionné plusieurs personnalités togolaises via leur téléphone portable.

Quatre noms ont été révélés, notamment l’opposant Raymond Houndjo, deux religieux, le père Affognon et Mgr Alowonou, président de la conférence des Evêques du Togo. Des personnalités connues pour n’avoir pas toujours été tendre envers le pouvoir de la famille Gnassingbé qui règne d’une main de fer sur le pays depuis plus de 50 ans. Par ailleurs, le nom de l’ancien ministre des affaires étrangères Elliott Ohin a été aussi cité pour avoir été également espionné via Pegasus.

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Si le profil et le choix des cibles ne semblent visiblement pas anodins, pour nombre d’observateurs avisés, l’approche paraît tout de même bien curieuse, sinon indignant. Et pour cause.

La curieuse approche de Faure

En effet, si l’on peut comprendre, sans pour autant le légitimer, le choix de certains pays comme le Rwanda, sorti de la guerre, et qui demeure une zone instable et permanemment sous la hantise de rebellions, donc pour des raisons de sécurité nationale, il paraît bien curieux que le Togo fasse partie des pays ciblés. Puisque ce Logiciel, par essence, est sensé tracer les terroristes.

Donc logiquement utile aux nations menacées par le djihadisme, notamment le Niger, le Burkina, le Mali, le Tchad, le Nigeria ou encore le Cameroun. Surtout que ce logiciel coûte une fortune, son acquisition peut-être excusable ou légitimée dans le contexte d’une lutte régionale, puisqu’il reviendrait à un coup abordable pour les nations menacées.

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Mais alors, l’on sait que le Togo n’est nullement menacé directement par le terrorisme, si ce n’est la politique bling-bling de Lomé et son régime, juste dans le but de taper dans l’œil de Paris. Sinon, aucune raison n’explique fondamentalement l’achat, par le Togo, de ce que nous qualifieront ici de jouet Pegasus qui coûte près de 16 milliards FCFA.

L’on en vient donc à conclure qu’au Togo, on fait tout et rien, pour conserver son pouvoir, voir même aller jusqu’à violer la constitution qui consacre en son article….la sacralité de la vie privée. Au nom de la protection du fauteuil on se permet de farfouiller à volonté dans la vie privée de ses plus proches fidèles et mêmes des ambassadeurs. Sinon, a-t-on réellement d’un tel investissement pour tracer un simple journaliste qui ne dispose que de sa plume pour combattre un régime qu’il juge englué dans la mal gouvernance?

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C’est aux premières heures de la démocratisation que les journalistes exerçaient dans la clandestinité. Mais aujourd’hui, tout se sait et tracé à la minute. Les sièges, domiciles, comptes bancaires sont facilement traçable par les pouvoirs publics. Alors, de quoi a-t-on autant peur, si on sait qu’il existe mille moyens traditionnelles et conventionnellement plus corrects, si réellement le pouvoir de Lomé entend tracer quelqu’un.

Laisser l’ombre pour la proie

Somme toute, c’est encore une mauvaise publicité de plus que le Togo se fait. Mais ce feuilleton paraît tout de même plein d’enjeux quand on sait que même les proches de Faure, y compris des représentants diplomatiques, des securocrates, nombreux d’entre eux sont tracés. A quelle fin concrètement? L’on attend la suite.

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Mais cette méthode de gouvernance qui consiste à débourser des milliards pour l’achat d’un tel logiciel, pendant que ce pactole peut servir à faire mille chantiers dans le social consiste, pour le régime de Faure, de faire du cynisme du simplement.

L’on pense mieux sécuriser son pouvoir en utilisant les deniers publics à acheter des logiciels extra gamme pendant que le contribuable ploie sous le poids de la vie chère. Mais la réelle menace pour le régime de Faure se trouve bien être le chômage et la faim. Ce que semble ignorer le prince de 2005.

Fraternité

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Source : Togoweb.net

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