Opération Turquoise au Rwanda: des ONG tentent de relancer l’enquête

26

Du 27 au 30 juin 1994, des centaines de Tutsis sont massacrés dans les collines de Bisesero. Malgré la présence dans la zone de soldats français de la force Turquoise. En 2005, une information judiciaire est ouverte en France après une plainte contre X déposée par six rescapés. L’association Survie, la FIDH et la LDH, parties civiles dans ce dossier, accusent l’armée française d’avoir laissé les génocidaires perpétrer les tueries sans intervenir. Aujourd’hui, pour éviter un non-lieu, ces organisations tentent de relancer l’enquête.

Elles demandent plusieurs choses aux juges français.

Premièrement : l’organisation de nouvelles confrontations. L’association Survie, la FIDH et la Ligue des droits de l’homme souhaitent lever le voile sur certaines déclarations contradictoires d’officiers français.

Deuxièmement : la réalisation de nouvelles auditions de militaires, de journalistes présents sur place à l’époque, mais également des personnalités qui étaient alors à la manoeuvre politique depuis Paris. Les trois organisations soulignent qu’aucun membre de l’état-major des armées ou des autorités politiques – pouvant éclairer sur ce qu’il s’est passé à Bisesero – n’a été interrogé.

Troisièmement : elles demandent qu’un certain nombre de documents soient versés à la procédure. Des documents militaires pour la plupart, comme des ordres, des comptes rendus ou des notes de synthèse.

Toutes ces demandes ont été adressées hier aux juges français, en réponse à l’annonce, il y a trois mois, de la fermeture de l’instruction.

Pour Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH, la justice française a encore du mal à juger et condamner des militaires français. « C’est vrai que dans cette affaire qui vise les agissements des militaires français au Rwanda, on retrouve hélas une tendance naturelle, pas seulement française sans doute, à avoir du mal à regarder et à assumer son passé.

Donc, je crois que dans ce dossier rwandais, c’est peut-être le problème principal et sans mettre du tout en cause l’indépendance des magistrats et leur approche, je pense qu’ils rencontrent intrinsèquement une sorte de difficulté à aller jusqu’au bout parce que – et c’est terrible à dire – ce n’est pas dans les habitudes françaises d’aller jusqu’au bout d’une instruction, de mettre en examen, voire juger et condamner des militaires français. La justice doit lever cette ambiguité, c’est son intérêt, c’est l’intérêt de la recherche de la vérité, c’est l’intérêt de la France d’avoir le courage de pousser jusqu’au bout l’éclairage sur ce qui s’est exactement passé entre le 27 et le 30 juin 1994. »

Source : www.cameroonweb.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here