Ministères de la Santé et de l’Education : Mijiyawa et Kokoroko, deux Profs à la tête de deux départements clés avec les mêmes méthodes pour des résultats mitigés

Lorsque plus rien ne va dans la société, les citoyens pensent évidement que leur salut viendrait des dirigeants ou d’un Gouvernement de technocrates. Faure Gnassingbé a bien compris cette règle en intégrant un grand nombre d’universitaires dans le gouvernement Victoire Tomegah-Dogbé. En dehors des porte-paroles du gouvernement, on retrouve les universitaires à la tête des Affaires étrangères, à l’Enseignement supérieur, mais également à la Santé et à l’Enseignement primaire et secondaire.

Les deux derniers, Moustafa Mijiyawa et Dodzi Kokoroko ont en commun leur précocité en ce qu’ils ont été reçus tous deux au prestigieux concours d’agrégation avant 40 ans d’âge. En plus, ils sont tous deux de beaux parleurs. Le premier, médecin rhumatologue, est un fin manipulateur de la langue de Molière avec un style poétique cumulé à une parfaite maîtrise de l’histoire et de la science politique française. Le second, juriste publiciste, a l’art oratoire. Il a à la fois l’arme de séduction et de persuasion. Il n’est donc par exagéré de dire qu’ils sont de grands professeurs. Pour le moins qu’on puisse dire, ils sont aimés dans les facultés de médecine et de droit. Mais l’amour des étudiants équivaut-il à l’amour du peuple ? Un grand professeur est-il un grand politique ?

Le dictionnaire Larousse définit un professeur comme une personne qui enseigne, qui dispense les connaissances relatives à une matière, à une discipline en général dans le cadre d’une activité. C’est pour cela que généralement, les membres du personnel enseignant du second degré porte ce titre. On parlera de professeur d’enseignement général par exemple. Mais à l’université, c’est un titre réservé au personnel enseignant de haut niveau. Pour porter le titre de ce grade universitaire, il faut être soit maître de conférences ou agrégé avant d’y postuler. Les deux ministres de la Santé et de l’Enseignement primaire et secondaire ont franchi toutes ces étapes. Ils sont des professeurs titulaires. Après 7 ans à la tête du département de la Santé et près de 2 ans à l’Education, on est en droit de se demander quel est l’apport du titre de Professeur à la gouvernance de ces deux secteurs vitaux pour le pays.

Ministère chargé de la Santé

Si le Professeur Mijiyawa est le successeur de son collègue Professeur Charles Kondi Agba à la tête du ministère de la Santé, il n’est pas son remplaçant. En effet, suite à certaines difficultés du secteur de la santé, le gouvernement Ahommey-Zunu II n’avait pas prévu le poste du ministre de la Santé. Une première au Togo. Le poste était rattaché à la primature. Ce qui fait que lorsqu’il a été nommé ministre de la Santé dans le Gouvernement Klassou I en juin 2015, le Professeur Mijiyawa a dû faire passation de service avec le Premier ministre sortant.

La joie était palpable partout. Le personnel de la santé était heureux d’avoir un des leurs censé mieux comprendre leurs préoccupations et les résoudre avec efficacité. Les premiers discours du Professeur rassuraient. Il n’hésitait pas à crever l’abcès. Devant les députés réunis à l’hémicycle, il déclara que le problème du système de santé togolais reste la mauvaise gestion du peu dont on dispose. Dans l’opinion, tout le monde a cru trouver la solution aux maux qui gangrènent le système de santé togolais aux dires mêmes des dirigeants. Comme remède, il propose une formule très séduisante : la contractualisation des hôpitaux. Chose intéressante, il ne s’agissait pas d’une privatisation des hôpitaux. Il s’agit plutôt de confier la gestion des hôpitaux à des organismes privés qui ont l’expérience de la gestion hospitalière. Ceux-ci devraient se baser sur le personnel de l’Etat pour assainir la gestion. L’autre volet consistait à équiper les hôpitaux. Tout ce discours était traduit dans un langage professoral auquel personne n’était indifférent.

Le centre hospitalier régional d’Atakpamé et l’hôpital préfectoral de Blitta devraient servir de ballons d’essai. Les premiers résultats spectaculaires qu’affichaient les centres pilotes ont séduit plus d’un. Dans la foulée, Faure Gnassingbé lança officiellement la contractualisation au CHU Sylvanus. Sept (07) ans après le beau discours suivi de la mise en œuvre de la contractualisation, qu’est-ce qui a véritablement changé dans nos hôpitaux ? Nous y reviendrons. Pour l’heure, retenons qu’il n’y a jamais d’audit sur cette gestion qui a plus enrichi les organismes chargés de la contractualisation au détriment des pauvres populations.

« Ayant vite compris que la mayonnaise de contractualisation ne prend pas, le doux et gentil ministre s’est transformé en ministre autoritaire. Comme dans un amphi, il cherche désormais à mettre tous les agents aux pas. Il n’est pas rare d’entendre des hauts cadres dire « Excellence Monsieur le Ministre, nous soutenons le projet de la contractualisation…», raconte un médecin.

Des discours qui rappellent l’époque de Feu président Eyadéma. Les cadres du ministère qui tentent de redresser le navire chancelant de la contractualisation et qui n’ont pas compris que la contractualisation est un tabou intouchable, sont soit au mieux mutés ou virés du système, fusent–ils des hauts cadres.

« Pour passer en force, l’ampliation des actes décisionnaires fut retirée au secrétaire général du ministère et transférée au Directeur de cabinet, au mépris des textes qui régissent l’administration. Les directeurs ou directeurs généraux qui sont soupçonnés de non coopération sont remplacés par arrêté alors même qu’ils sont nommés par décret. La raison du plus fort est toujours la meilleure. L’atmosphère est devenue intenable », confie une source. Qui soutient que dans l’entourage immédiat du ministre, on peut noter trois types de collaborateurs : Ceux qui osent parler et sont soit mutés ou virés, ceux qui profitent de cette situation chaotique, généralement les anciens du système, ramenés pour une retraite dorée avec le renforcement de leurs privilèges auprès du prince de la santé, et enfin ceux qui ne veulent pas parler et qui quittent d’eux-mêmes la boîte.

Prof Moustafa Mijiyawa, ministre de la Santé

« Depuis plus d’un an, poursuit notre source, secrétaires généraux, directeurs généraux ou directeurs centraux ont quitté le navire de gré ou de force. Bref, tout est bon, tout est permis dans l’impunité totale, pourvu que le wagon de la contractualisation ne s’arrête pas même si les résultats tardent à voir le jour ».

Ainsi le climat de terreur instauré par l’apprenti-dictateur s’est exacerbé avec la Covid-19. « Le ministère de la santé a été transformé en ministère de la Covid-19. Tout directeur qui fait autre chose que les activités concourant à ce que les Togolais soient vaccinés est accusé de faire de l’atelier, un mot prohibé au ministère de la santé ».

On n’aurait pu penser que la méthode forte utilisée en douce dans le système de la santé est rendue possible par la longévité du maître des lieux au ministère qui a survécu à deux remaniements depuis juin 2015. Il incarne avec son collègue Dodzi Kokoroko la méthode forte en douce. Ils ont la confiance de Faure Gnassingbé qui leur confie de multiples tâches. Le ministre de la Santé a conservé depuis 7 ans son poste de Directeur de l’Ecole des Auxiliaires Médicaux de Lomé, et celui des Enseignements primaire et secondaire, le poste de président de l’Université de Lomé.

Ministère des Enseignements primaire et secondaire

Le ministre Dodzi Kokoroko fait partie des jeunes intellectuels qui ont bénéficié de la confiance de Faure Gnassingbé pendant son mandat social. Arrivé à la présidence de l’Université de Lomé avec beaucoup d’engagement qui le caractérise, il a su, non sans difficulté, assurer le calme et faire avancer le monde universitaire. Beaucoup de réformes et de chantiers ont été lancés en peu de temps. Le succès de ses réformes et les changements structurels qu’il eut à l’université ont sans doute poussé Faure Gnassingbé à lui confier cumulativement le ministère chargé des Enseignements primaire et secondaire. Le nouveau maître du ministère a séduit à ses débuts aussi bien par ses idées innovateurs que les réformes entamées. La volonté de mettre de l’ordre dans la maison a été frappante. Elèves, enseignants et parents d’élèves pensaient à juste titre qu’enfin le Togo a trouvé un digne fils pour régler à jamais les grands problèmes du système éducatif.

Mais très tôt, on note une confusion terrible des enseignants avec les étudiants. La méthode forte appliquée en douce qui a permis de contenir les étudiants ne marche pas avec le corps enseignant. Le langage séduisant du Professeur qui fait rire les étudiants dans les amphis, fait pleurer les enseignants dans leurs salles de classe. Une incompréhension totale s’est installée. Alors que les enseignants veulent l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, le ministre estime que le gouvernement a assez fait pour eux.

Dodzi Kokoroko va plus loin en exhortant les enseignants qui veulent gagner plus à changer de métier. Est-ce donc à dire que les enseignants sont condamnés à vivre pauvres ? En tout cas, pour le ministre, ils ont plus d’avantages que leurs collègues de même diplôme qui sont dans l’administration publique. Devant tout problème, le professeur de droit, toujours imperturbable, ne veut qu’appliquer le droit, rien que le droit.

« J’ai les mains tremblantes mais fermes », dit-il souvent. La question est de savoir si les mains fermes ont toujours les résultats escomptés. Ici aussi comme au ministère de la Santé, le climat de défiance s’est instauré. Tolérance zéro pour les adeptes de la politique de non alignement. Le Professeur qui n’hésite pas à rappeler à ses interlocuteurs syndicalistes qui ne peuvent pas lui parler de droit, viole curieusement les principes élémentaires qui régissent le fonctionnement de l’administration.

« Comme tout bon dictateur, il retire le pouvoir de signature de l’ampliation de ses actes au secrétaire général du ministère au profit de son directeur de cabinet. Ceci pour mettre les collaborateurs au pas. Au ministère des enseignements primaire et secondaire, de grands cadres à l’instar du secrétaire général ont dû quitter de gré ou de force, le navire de la fermeté à tout égard. Pendant ce temps, ceux qui jouaient le jeu comme le directeur des ressources humaines ou celui des affaires financières sont restés des mois en fonction même après leur retraite », confie un agent.

Ainsi va le droit au Togo enseigné par les professeurs, qu’ils soient juristes ou médecins et avec la bénédiction du premier Togolais.

La méthode forte qui a détourné les objectifs assignés au ministère de la Santé produit visiblement les mêmes effets au niveau du ministère des Enseignements primaire et secondaire. « Mais nous voulons seulement que nos dirigeants sachent une chose :Pour la santé, les populations veulent avoir accès aux soins de santé de bonne qualité et aux faibles coûts. Que les dirigeants cessent de nous monter chaque jour que les hôpitaux font des millions de recette par jour. Le but de l’hôpital ce ne sont pas les chiffres d’affaires. L’hôpital c’est pour soigner », exhorte le médecin cité plus haut.

Pour l’éducation, « nos enfants, nos frères et sœurs veulent avoir une formation de qualité. Mais ceci n’est possible que si les acteurs sont à l’aise. Traitons-les comme des pères de familles et non comme des irresponsables. Anatole France ne disait-il pas que « les neuf dixièmes de l’éducation est encouragement? », recommande un enseignant

Vivement que le professorat soit cette bougie qui se consume pour éclairer la vie des populations et que les grands professeurs qui bénéficient de la confiance de Faure Gnassingbé suivent les mots sages de William Arthur Ward : « Un professeur médiocre parle. Un bon enseignant explique, un excellent enseignant démontre. Un très grand enseignant inspire ».

G.A

Source : Libertétogo.info

Source : icilome.com

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